mardi, juillet 31, 2007
Carte postale #1

Ainsi le jour se levait sur la campagne pluvieuse, j'étais au volant de ma voiture et je pensais à Dean Moriarty. Je pensais au vieux Dean Moriarty, à Neal Cassady plutôt. Le vrai Dean Moriarty. Je me disais que je n'aimais plus conduire. J'aimais ça jeune. J'aimais faire la route au volant. Il y a longtemps. Un "roule toujours" à très petite échelle. Et puis au fil des années... conduire longtemps m'ennuie...
Après Rennes, le soleil est apparu. L'air était clair et limpide. Comme lavé de toutes saletés. La route presque déserte. Un de ces instants où un tiers (ou un quart)(ou la moitié qu'en sais-je d'ailleurs) du cerveau s'occupe seul de la route et ou l'autre partie divague. Je me disais
- Pourquoi tu écris?
- Pour me dessiner

Ainsi divaguait mon esprit avant d'arriver à Vannes. Après avoir pensé à Neal Cassady, qui aura, bien après Kerouac et Sur la route, conduit le bus des Merry Pranksters de Ken Kesey l'auteur de Vol au dessus d'un nid de coucou, lors de ses virées acid test (voir le bouquin de Tom Wolfe du même nom).

Dans l'appartement que j'ai loué, le propriétaire, un ancien marin, a accroché au mur du salon une grande carte du monde. Il a indiqué à l'aide d'épingles à tête verte, tous les ports où il a accosté. Il y a une myriade de points verts sur la carte. Ma fille m'a dit il est allé à Shangaï comme Tintin.

J'ai cherché où était Valparaiso. Dans mon esprit, ou plutôt dans un vague souvenir de chanson de marins on parle de Valparaiso comme but ultime du marin. Mais il n'y est pas allé, comme sur toute la cote ouest de l'Amérique du sud d'ailleurs. Il n'a pas passé le Cap Horn, ni même le canal de Panama, je suis sûr que ça reste un regret pour cet homme. Mais de Bahia Blanca en Argentine, à Tokyo, en passant par Melbourne, Le Cap, la mer rouge, jusqu'à Lulea au nord de la Suède, ce monsieur aura fait des milliers et des milliers et des milliers de kilomètres.
Au cap de bonne espérance, il accroché une petite bouée à l'épingle qui marque le cap. Peut être pour indiquer qu'il l'avait franchi. Il y a sûrement des tas d'histoires cachées sous les pointes vertes de ces épingles et sur les lignes invisibles qui les relient.

Il y a une seule épingle différente. Noire. Plantée sur Moroni, aux Comores, ces îles entre la Tanzanie et Madagascar. J'aimerai bien savoir pourquoi celle-ci est noire au lieu d'être verte. Est-ce pour marquer un début ou une fin? Ou quels évènements sombres laissent présager la pointe noire de l'épingle? Si je l'ai au téléphone je lui poserai la question. Je suis certain qu'il sera content que l'on ait remarqué qu'une épingle soit de couleur différente. Je suis certain que ce n'est pas un détail insignifiant.
Il doit être difficile de s'arrêter, lorsque toute sa vie, on a été en mouvement de la sorte. Un peu comme Neal Cassady peut être d'ailleurs, qui s'est juste arrêté au bord d'une voie ferrée... mort...
vendredi, juillet 27, 2007
236 Get it while you can : Sex Pistols : Holidays In The Sun (Album : Nevermind the bollocks, here's the Sex Pistols 1977)



Ok. Let's go to Tahiti la Bretagne. Content d'aller voir la mer. Content d'aller voir la lumière du golfe du Morbihan (la semaine prochaine)(La Baule en (t')attendant). Content d'aller respirer un air plus pur.
Des piles de livres à lire. Des kilos de chansons à écouter. La guitare dans la housse. Le principal est prêt.

Sur Killing Me Softly, une dernière chanson de circonstance. Je laisserai la page en état. J'aime bien les maisons abandonnées. Je ne recommencerai pas à la rentrée. Une chanson par jour ça n'a l'air de rien mais c'est contraignant. Aussi parce que je ne les choisissais pas au hasard.
Du nouveau à la rentrée avec de la musique aussi, je ne sais pas sous quelle forme encore, mais de la musique de toute manière. Depuis le 14 Janvier, j'aurais proposé 162 chansons à l'écoute. C'est beaucoup et peu. Qui aura écouté quoi peu importe finalement. Si chacun a pu au moins conserver une (1) seule chanson. Le choix de la dernière, par contre, était certainement le plus simple.

Des cartes postales de temps en temps comme d'hab'. Bientôt.
Et je rentre juste à temps pour filer à Londres voir l'expo d'Anthony Gormley.

En prime, je vous laisse le futur nouvel album de Radiohead (ou presque)(j'aime bien Nude)(Arpeggi aussi).

mercredi, juillet 25, 2007
235 Silencio : Tindersticks : Raindrops (Album : Bbc Sessions 2007)



"L'eau qui gouttait toujours dans la piscine - Dieu, avec quelle mortelle lenteur - comblait entre eux le silence... Il y avait autre chose: le Consul s'imaginait ouïr encore la musique du bal, qui devait depuis longtemps s'être tue, en sorte que le silence était comme pénétré de la sourde batterie des tambours évanouis. Paria cela voulait dire tambours aussi. Pariàn. C'était sans aucun doute l'absence presque palpable de la musique, toutefois, qui rendait tellement singulier qu'à son rythme parussent s'agiter les arbres, illusion qui vêtait non seulement le jardin mais les plaines au-delà, la scène tout entière sous ses yeux, d'horreur, l'horreur d'une intolérable irréalité. Ce devait être assez, se dit-il, comme ce que souffre quelque dément en ces moments où benoîtement assis dans le parc de l'asile, la folie brusquement cesse d'être un refuge et s'incarne dans les cieux fracassés et tous les alentours en la présence desquels la raison, déjà frappée de mutisme, ne peut que courber la tête. Trouve-t-il un soulagement, le fou, à de pareils instants où en boulets de canon ses pensées lui tonnent au travers du cerveau, dans la beauté exquise du jardin de l'asile ou des proches collines, au-delà de la terrifiante cheminée?"
Malcolm Lowry : Au-dessous du volcan

Je me demanse, si, Stuart Staples ne s'est pas inspiré de ce passage, pour cette chanson.
Peu importe. Ces bbc sessions sont merveilleuses et me rappellent à quel point la musique de Tindersticks m'écrase parfois comme des mots trop douloureux.
Et les vacances tardent à arriver...


Nota : Sur Killing Me softly, une chanson collector, toujours inédite (du moins de manière officielle) 35 ans après son enregistrement. De même que le film de Robert Frank auquel elle donne son nom. Trop tard...
lundi, juillet 23, 2007
234 Colt rain(*) : John Coltrane : Afro blue (Album : Live at birdland 1963)



Le ciel était comme un couvercle de cercueil ce matin. Un octobre précoce. Il pleuvait, Les blessés s'abritaient dans le ventre des chevaux morts...
La pluie à la mer heureusement n'a pas la même saveur. Elle dessine des petits cratères dans le sable. Encore quelques jours. Je sature au bureau. Il est temps de partir.
John Coltrane on the radio, du moins la mienne. La lancinante mélopée doucereuse du sax soprano se faufilant au travers des notes du piano de McCoy Tyner tombant en pluie. J'a eu l'espace d'un instant, l'impression que les gouttes d'eau dehors tombaient au rythme de la musique. La danse de la pluie.
Elle a une odeur différente aussi la pluie, en bord de mer. Ici elle ne sent rien, ou le sale, ou l'oxyde de carbone des gaz d'échappement. Et le sax qui continuait à se glisser entre les gouttes. Il a plu encore, à en faire nuit. Coltrane a laissé le Birdland pour des cuivres africains. Il soufflait plus fort, comme pour chasser les nuages. Vainement.
Dehors, la pluie glissait sur les pavés. J'ai pensé à un roman de Chandler. J'ai joué à faire défiler les images en noir et blanc pendant quelques instants puis la réalité m'a rattrapé. J'ai regardé couler les notes de musiques comme on regarde tomber la pluie. Et puis tout s'est arrêté.

(*) : Oui je sais je sais... (il semblerait que les fichiers musicaux bloblotent comme s'ils avaient pris l'eau)(cette page et son contenu commencent à moisir...)(du violon et de la batterie sur Killing me doucement)(on brade)
dimanche, juillet 22, 2007
233 Sunday fraise(*) : David Karsten Daniels : Beast (Album : Sharp teeth 2007)



(*) : Oui je sais je sais... je suis fatigué... c'est juste un prétexte pour écouter David Karsten Daniels.
En prime, une chanson pleine d'entrain sur Killing Me Softly pour débuter la semaine (on liquide avant la fermeture).
jeudi, juillet 19, 2007
232 Hot summer nights : The Rolling Stones : Torn and frayed (Album : Exile on main street 1972)



Je ne sais pas mais il fait chaud, lourd cet après-midi dans le bureau je trouve, malgré le store descendu au trois quarts; je sentais mes pieds gonfler dans mes chaussures. Peut être que c'est plus le besoin d'être ailleurs, l'envie de vacances qui gonfle et enfle.

J'ai l'esprit comme des dominos alignés. Lorsque j'en fais tomber un, il entraîne les autres dans sa chute, provocant des réactions en chaîne. Je ne sais plus à quoi je pensais pour finir par en arriver à cet été 77, l'année où j'ai passé le bac français. Et à ces vieux souvenirs déchirés et usés comme une vieille photo, comme cette chanson...

Ce mois de juillet était chaud. La nuit, je m'en souviens, j'écoutais Exile on main street au casque sur mon lit, la fenêtre ouverte. Et je me masturbais en même temps. Le regard dans les étoiles, j'envoyais des longs jets nacrés vers le ciel.
La deuxième face, l'acoustique, était ma préférée. La musique de ce disque est moite, elle pousse au sexe. Du moins je pensais ça, du haut de mes seize ans, la main agitée sur mon sexe dressé. J'approchais le lit de la fenêtre pour mieux voir le ciel et ne pas tendre le fil du casque. Je ne sais plus précisément l'objet de mes fantasmes de l'époque, mais je me souviens d'un n° de Fluide Glacial, où il y avait une planche racontant l'histoire d'une jeune fille se masturbant dans sa chambre, l'été, avec les volets à demi fermés. La chambre me faisait penser à celle d'une fille avec qui j'étais en première, Dominique, une petite aux cheveux courts et chatains. On rentrait souvent ensemble, par le 181, on habitait pas très loin l'un de l'autre. J'étais monté dans sa chambre une fois ou deux pour écouter Ziggy Stardust. Il ne s'était jamais rien passé. Même pas embrassés. Rien. J'étais un crétin.

Je crois que je l'avais imaginée se masturbant dans la pénombre de sa chambre, comme dans cette bande dessinée. Cette idée m'excitait terriblement. Alors je faisais pareil. La nuit. En regardant les étoiles, et en écoutant Exile on main street au casque; je trouvais que ça donnait une sophistication agréable au geste. Avec Mick Jagger parlant de smelly bordellos comme dans cette chanson. Ca allait bien avec l'idée que je me faisais de cette musique. Les smelly bordellos. Et je jouissais avec toute la violence de mes seize ans dans des spasmes m'atteignant parfois en pleine figure...
mardi, juillet 17, 2007
231 Réaction épidermique : Bob Dylan : Maggie's farm (AlbumBootleg : From Newport to the Ancient Empty Streets in LA 1965)



"Voilà ce que nous ont dit les Français : ils ne veulent pas plus de loisirs, mais plus de travail. Ils ne veulent pas de rentes aléatoires, mais un salaire mérité (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP) ! Ils ne veulent pas du pain et des jeux, mais les fruits de leur labeur (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, radical et citoyen) ! Ils en ont assez de voir leurs efforts quotidiens méprisés par quelques bobos à la mode ! M. Sarkozy les a entendus et a gagné leur confiance.
[…]Oui, le travail est une chose naturelle, essentielle à l’homme, et non un pis-aller destiné à subvenir aux nécessités quotidiennes."


Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi.
Discours à l'Assemblée Nationale le 10 juillet 2007
.

Connasse.
Désolé mais ça m'est venu comme un réflexe. Connasse.
Il n'y a pas d'autres mots qui me soient venus à l'esprit. Juste connasse.
Et je vous passe la suite du discours (ah ah ah l'histoire des droits de succession pour les gens possédant une maison de plus de 800 000€)
(allez lire son intervention à Lagarde, au début de la page, c'est édifiant)
Foutage de gueule total. Le summum de l'hypocrisie.

J'ai souligné à dessein ils ne veulent pas plus de loisirs. Connasse.
A se demander pourquoi les gens prennent encore des vacances, des week-ends, des RTT. Revenons donc à l'esclavage ça sera plus simple. Un esclavage déguisé. D'ailleurs bientôt tu ne pourras même plus faire grève.

Ils ne veulent pas du pain et des jeux dit-elle également. Connasse. Et le concert de Polnareff offert par Sarko c'est quoi?
C'est pourtant bien ce qu'on leur sert aux gens. Des jeux surtout. Payants de préférence. De quoi remplir leur caddie au supermarché et s'acheter l'écran plasma grand modèle pour épater le beau-frère et regarder les conneries sur TF1, celles qui t'abrutissent et t'empêchent de penser à ta situation d'esclave moderne.
J'exagère? Je m'en tape.
Travaille plus connard, pour plus de profit pour les actionnaires, pour récupérer trois miettes et crever plus vite, pour les fonds de pension de ces putains de retraités de Miami. Ces vieilles peaux fripées qui se flinguent les artères au viagra pour avoir la sensation d'exister encore.
Je caricature? Je m'en tape.

Je suis surpris de voir également comment quelques (ça veut dire pas beaucoup) supposés bobos (si quelqu'un sait ce qui sont ces gens là vraiment) peuvent influencer la politique d'un gouvernement. C'est de leur faute aux bobos si le pauvre est pauvre, ils le méprisent (c'est que dit la ministre), à cause d'eux, leurs patrons n'osent même pas les augmenter. Ils ne sont pas beaucoup mais ils ont du pouvoir visiblement les "bobos". Connasse.
C'est de la faute aux bobos, si influents, si tu crèves la dalle avec un salaire de merde. Il y en a vraiment pour croire ça? IL Y EN A VRAIMENT POUR CROIRE CA?

Ils ne veulent pas plus de loisirs. Connasse.
C'est pas mon truc la politique. Pas mon truc. Je n'ai pas les arguments. Je n'ai pas la rhétorique. Je ne suis peut être qu'un "bobo" responsable de tous les maux de la société Française. Mais des phrases pareilles, je ne peux pas les accepter. Je ne peux pas accepter qu'on me prenne pour un con à ce point là. Comme on dit en Suisse, on peut me pisser dessus, mais faut pas me dire que c'est de la pluie.
Connasse !!!

No, I ain't gonna work on Maggie's farm no more.
Well, I try my best
To be just like I am,
But everybody wants you
To be just like them.
They say "sing while you slave," and I just get bored.
I ain't gonna work on Maggie's farm no more.



Nota : Cette version de Maggie's farm est historique puisque enregistrée lors du Newport folk festival de 1965 où Dylan a joué de manière électrique pour la première fois avec le succès que l'on sait puisqu'il a été copieusement hué par les intégristes du folk. Même si cet enregistrement figure de manière officielle sur la B.O de No directions home (bootleg series n°7), j'ai préféré la version de mon pirate qui a un meilleur son, ce qui est un comble vous en conviendrez bien volontiers (ou pas).
lundi, juillet 16, 2007
230 Half asleep : Animal Collective : Penny dreadfuls (Album : Spirit They're Gone, Spirit They've Vanished 2003)



Je ne sais pas, je dors à moitié.
J'ai mis cet album peu connu d'Animal Collective dont la musique flotte autour de moi comme des insectes portés par le vent.
Et puis j'ai mis Gimel de John Zorn et c'est peut être bien mon préféré.
J'alterne les disques comme l'on passe de l'ombre au soleil.
Et l'été de ce week-end est en train de redevenir automne.
Je dors à moitié.
Je m'enveloppe dans la musique comme dans des draps.
J'ai les mots qui rampent lamentablement comme des vers desséchés.
Je dors à moitié.
C'est peut être pour ça.
Il pleut.
J'ai ouvert la fenêtre pour sentir l'odeur de la poussière mouillée.
Elle n'avait pas dû sécher assez durant ces deux jours.
Je dors à moitié.
En équilibre.
Prêt à sombrer.
vendredi, juillet 13, 2007
229 Yellow drums : Charlie Haden : Song for Che' (Album : Liberation music orchestra 1969)



C'est marrant j'ai mis le disque de Battles ce matin au bureau. Je ne l'aime pas trop pourtant, il a des cotés néo-prog désagréables qui m'ennuient. Mais j'adore la photo de la pochette, avec leur matériel. C'est la batterie qui me fascine. Je ne sais pas pourquoi. Sa couleur peut être. Je finirai par acheter ce disque uniquement pour la pochette. Je l'ai mis parce que ce matin, avant de me décider enfin à travailler, je lisais un peu le blog d'Etat de marche. Les notes que Laurence et Jean-Michel laissaient au cours de leur marche lente de Bruxelles à Paris et qui servent de matière à leur beau spectacle dont j'essaierai de parler plus tard. Sur scène avec eux, il y a deux musiciens dont un batteur avec une batterie jaune. Pas le même jaune que la batterie sur la pochette du disque. Mais une batterie jaune quand même.

J'y ai pensé tout de suite dès que j'ai vu le flyer et les photos dans la petite allée du théâtre des Doms. Une batterie jaune comme sur la pochette du disque de Battles. C'est idiot mes associations de pensées, mes obsessions douces. Robert Wyatt avait une grosse batterie jaune aussi, avec une grosse grosse caisse, je me souviens de la grosse grosse caisse. Ca sonne mal en français. En Anglais on dit big bass drum c'est mieux (my heart is beating louder than a big bass drum chantaient les Stones il y a si longtemps). Il avait des cheveux plein la figure sur cette photo, ses baguettes à la main, tenant le micro pendant qu'il chantait.

C'est étrange ces photos, ces images qui restent comme ça après des années et des années. La photo de Robert Wyatt c'était dans un vieux Rock & Folk, un numéro spécial batteur. En 75 ou 76 un truc comme ça. 75 plutôt. Parce qu'on était en Touraine alors qu'en 76 on était dans le Var. J'ai le souvenir de la batterie jaune (une Gretsch?) de Robert Wyatt sur un parking à Loches en sortant de la voiture de mon père. Robert Wyatt n'est probablement jamais venu à Loches. Je lisais juste le magazine dans la voiture. Peut être même que la photo était en noir et blanc mais le texte parlait de Robert Wyatt derrière sa grosse batterie jaune. Le cerveau fait le reste et construit les souvenirs comme ça.
En cherchant je pourrai peut même retrouver la photo. J'ai arrêté Battles qui m'énerve et mis Fennesz dont je n'arrive pas à sortir en ce moment. Encore une de ces obsessions douces à la temporalité limitée qui emplissent mes suites de jours. A défaut de marcher lentement sur les routes, sur les chemins, j'ai laissé mon esprit divaguer sur les peaux des batteries jaunes de ma mémoire.

Quand je serai grand, je m'achèterai une batterie, une batterie jaune. Et une contrebasse. C'est gros la contrebasse. Comme ça je me cacherai derrière en faisant bom bom.
Et puisque l'été va peut être enfin arriver, je vais en profiter pour aller une fois au bureau à pied. Pour voir. Je serai sûrement en retard mais tant pis. Peut être aussi parce que souvent lorsque je marche, j'entends un solo de contrebasse imaginaire. C'est sûrement pour cela qu'en jazz on parle de walking bass. Tout se tient., tout se tient... Bobom bom bom bom bom bom bom bom bobom bom bi bi bii bibi bi bi bu bum bom bom boboboooom ba ba bam bam bo bobom bom bom bom...


Nota : J'ai retrouvé l'article. La photo est bien en noir et blanc (par contre c'est une Ludwig, une Ludwig jaune, pas une Gretsch). A noter également que Robert Wyatt a fait une reprise de Song for Che' mais il y a moins de contrebasse sur sa version.
(Je sais bien que peu de gens écoutent, mais le morceau 150 sur Killing Me Softly vous changera des chansons habituelles).
mercredi, juillet 11, 2007
228 Sur le pont : Faust : Psalter (Album : 71 minutes 1996)



C'est dans la petite ruelle au pied du palais des glaces, celle où l'on se sent écrasé par la hauteur et la puissance du bâtiment, avec l'arche qui surplombe le passage, juste après la niche taillée dans le rocher où parfois se positionnent des musiciens, que cet homme au téléphone a demandé à son interlocuteur (trice?) s'il était quelque part. Tu es quelque part là?. J'imaginais l'autre répondre non, je suis nulle part. Mais là, ce matin ensoleillé, la personne était quelque part visiblement. J'imaginais que cela puisse être hypothétique. Qu'elle pouvait parfois être quelque part, parfois nulle part, fondu dans l'éther, sans jamais savoir à l'avance. Le type devait téléphoner à un elfe feu-follet protéiforme. Ou quelque chose d'approchant.
Avignon intra-muros, durant le festival, on se sent ailleurs en tout cas. Pas nulle part. Juste autre part. Des gens partout. De la bonne humeur. Des chants. De la musique. La facilité de parler avec les gens autour. On se demande si le temps ne s'est pas un peu envolé dans le vent qui souffle dans les rues étroites. Il existe mais il est plus léger. On boit des coups en terrasse au soleil, d'ailleurs des terrasses il y en a plein, parfois des cachées au détour d'une rue, des qu'on aurait pas soupçonnées à ces endroits. Il y a des gens qui viennent chanter, d'autres parler. Sur les murs, les grilles, partout, il y a des centaines d'affiches tissant des patchworks étonnants.

On prend le temps même s'il est rythmé par les horaires des pièces que l'on veut voir et puis de toute manière on change souvent de destination. On y rencontre des gens adorables qui jouent de belles pièces où ils sont beaux à fleur de peau même dans la douleur surtout dans la douleur, et d'autres dans la douceur surtout dans la douceur sur fond de batterie et violon trafiqué. Comme celle de la nuit, sous les arbres, sur ces places entourées de vieilles pierres. Et puis la lumière et puis le ciel et puis le soleil et puis toi.
Il n'y a plus trop de réalité dans les rues d'Avignon durant le festival et c'est peut être ça qui me plait. Comme si le rêve devenait la normalité, le quotidien.
Allongé sur le lit dans la chambre de l'hôtel l'autre soir en rentrant, j'ai pris le ventilateur en rafale. Il tourne, il tourne. J'ai des idées de musique en boucle. Son sur son. J'ai des idées qui tournent comme les pales du ventilateur et je sème des grains de pavot sur les pavés d'Avignon...
Entre les pavés il y a des mots aussi. Il y en a partout en fait, partout même dans l'air. Des mots qui font des phrases ou pas. Des mots qui en évoquent d'autres ou pas. Comme un jeu de piste vers un autre part.
Je pensais à tout ça aujourd'hui en écoutant John Zorn, ce que je fais rarement, sans raisons apparentes, pendant que dehors il faisait gris.
J'aime bien les endroits où on se sent ailleurs, où on a la sensation d'être quelque part, où je n'ai plus peur de perdre mon temps...
mardi, juillet 10, 2007
227 Light on : The sea and cake : Lightning (Album : Everybody 2007)



C'est la lumière.
Celle qui manquait.
Durant ces semaines de grisaille.
Presque oubliée.
A peine descendu du TGV.
La lumière qu'on se prend en pleine figure.
Pas la chaleur.
La lumière.
Le ciel aussi.
Et hier soir, sur le Palais des Papes.
La lumière, la lumière...
Le reste on verra plus tard.
vendredi, juillet 06, 2007
226 KMS 112th dream : Fennesz : Endless Summer (Album : Endless Summer 2001)



Rêve étrange et hivernal aux parquets grinçants. Peut être parce qu'il y faisait froid.
Des traînées comme des traces de sperme frais sur une plaque de verre.
Des berges gelées. Des disques français bien rangés.
Un traîneau, des courses de chevaux, un avion raté.
Des gens indifférents mais compréhensifs. Des murs marron. J'étais au centre.
Sans oser. Mais l'envie pourtant. Sur moquette orange.
Peut être même la neige, mais je pouvais m'en sortir, leurs sourires semblaient le dire. Et pourtant.

Et puis je me suis réveillé. Toujours trop tôt.
Si l'on ne se réveillait pas est-ce que le rêve durerait éternellement?
Un rêve d'hiver pour cet été qui ressemble à l'automne. Un rêve voilé comme si son sens restait caché par pudeur. Presque un rêve humide par son climat. Je cherche encore.
La pluie encore hier soir. Presque tous les soirs toujours. J'ai fini par mettre Fennesz hier soir tu dormais presque. J'essaye parfois, de coller aux climats, musicaux ou non.
Avec du temps, je classerai mes disques comme sur le Glass engine (cliquez sur Launch). Je ferai ensuite glisser le curseur sur le bouquet d'humeurs du soir pour choisir ainsi la musique.
La pluie ça porte à l'intériorité je pensais tout à l'heure. La pluie ça fait glisser vers des rêves étranges. La pluie. Et malgré cette humidité je me sens bien sec.

(Sur le pont D'avignon, on y danse, on y... triple dose pour le week-end sur Killing Me Softly. Enjoy)
mercredi, juillet 04, 2007
225 Back to Berlin : Lou Reed : Caroline says II + The Bed (AlbumBootleg : St Ann's warehouse Brooklyn 14 dec 2006 )

   


I know Lucifer so well I call him by his first name.
I say Hey Lou !!!

Lou.
Lewis Alan. Dit Lou.
Lou Reed. 65 ans.
Un des plus belles têtes de con du rock.
Et Berlin. Cette tranche de rancoeur aux asticots comme disait Lester Bangs.
Caroline disait : "C'est vrai cette histoire sur les enfants qui pleurent?".
Forcément tout est vrai.
On ne juge sévèrement que ce qui nous touche, que ce que l'on aime. Pour le reste l'indifférence suffira bien.
D'où la phrase laconique avec laquelle je résumais le concert Parisien du Berlin tour. Et les commentaires sur lesquels d'autres ont rebondit pour évoquer ses albums live.
Par curiosité j'ai cherché l'enregistrement d'un concert de ce Berlin tour. Pour voir. Pour entendre surtout. Si Paris était un faux pas.
Celui du mois de décembre à la St Ann's Warehouse de Brooklyn (concert à charger), le premier donné, est bien différent de ce que j'ai pu entendre au palais des congrès.
Déjà, même si elle est là, au coté d'Anthony Hegarty, on n'entend pas la choriste horrible que je tiens pour responsable d'au moins un tiers du naufrage. Les choeurs des enfants restent beaucoup plus discrets et n'interviennent qu'à bon escient. Le mini orchestre joue de manière plus subtile. Même Steve le Chasseur se la joue moins rock'n roll animal
Là on entend un Lou posé, concerné par le sujet ce qui n'était pas le cas à Paris. Un Berlin plus retenu, plus émouvant. Sur le fil, en équilibre précaire.
Malgré le son un peu boueux, ou peut être à cause, on entend un beau Berlin, touchant, émouvant, pas dénaturé par tout ce que je reprochais au concert Parisien.
On retrouve même dans certaines chansons, la beauté vénéneuse du Berlin d'origine.

J'aurais aimé entendre un tel Berlin. Pas un Berlin de bal du samedi soir. Un Berlin un peu usé certes, un peu fatigué, un Berlin qui a pris plus de trente ans de rides dans la gueule mais un Berlin qui fait vibrer. Pas un Berlin clinquant comme des guirlandes de noël. J'aurais juste aimé qu'il le joue comme ce soir de décembre. Comme le dit si bien Lou lui même à la fin de Street hassle : you know it's called bad luck.

(et il chante Sweet Jane en rappel tout seul)(sans le pont heavenly wine and roses cela dit ce qui est un scandale)(il laisse juste Candy Says à Anthony mais c'est logique)
(Peinture sur pochettes de David Scrima)
lundi, juillet 02, 2007
224 Silencio : Calla : Monument (Album : Televise 2003)








Anselm Kiefer : Monumenta (Au grand Palais jusqu'au 08/07)
(Cliquez sur les photos pour les voir en grand)

(Personnellement j'aime bien celle en bas à droite. La photo comme l'oeuvre (née de la lumière...).
Ainsi que Le voyage au bout de la nuit que mes piètres photos ne mettent vraiment pas en valeur)