mercredi, février 28, 2007
168 On my island : Nick Cave : As I sat sadly by her side (Album : No more shall we part 2001)


J'ai mal aux jambes, derrière les genoux.
Signe de fatigue.
Je rêve d'une île.
D'une maison sur une île.
Pas loin. Pour quelques temps.
Ré, Belle île, Île aux moines, quelque chose comme ça.
De la fenêtre on verrait le ciel, la mer, des rochers un peu.
Plus bas il y aurait une petite plage.
Un jardin aussi avec un peu d'herbe jaunie et quelques légumes qui voudraient bien pousser là sans trop d'effort.
On regarderait les nuages danser dans le ciel.
On irait marcher sous la pluie aussi.
Je rêve d'une île.
D'une maison sur une île.
Et ça serait bien.

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lundi, février 26, 2007
167 Fear of music : Scott Walker : Cossacks Are (Album : The Drift 2006)



Peut être qu'après on devrait s'excuser. C'est comme d'écouter Mahler au crépuscule et ses chants angoissés. Des paysages charismatiques aux effluves délétères montant vers le ciel comme ces feuilles géantes indomptées d'arbres tropicaux luxuriants. Tracer des noms avec un morceau de bois, sur le sable d'une crique entourée de rochers sombres, avec les vagues à l'écume acérée, menaçantes sous le ciel en extinction. Tracer des noms éphémères qu'on voudrait parfois éternels. Des noms déjà morts comme ces étoiles, lucioles de l'espace.
Le frissonnement des violoncelles comme des lames sous la peau.
On a oublié tout ça.
La lune dans les rochers comme les craquements des coquillages sous les pieds. La nuit. Simplement.
On savait peut être qu'au loin là bas, la vague lueur c'était comme du temps arrêté. Le silence en mouvement. Trop loin. Ca faisait peur. Comme des cris de goules annonçant des menace plus précises avec leurs guenilles moisies.
On errait la pupille dilatée à la recherche de vagues souffles de lumière évanouie. Pour voir arriver le vent sauvage, chargé comme les mules des contrebandiers sur la crête, près de la frontière là-bas derrière, trop loin pour l'oublier.
C'est là qu'on a cru voir danser les nuages, dans un sabbat grondant et que les vagues ont effacé les mots péniblement tracés. C'était comme d'ouvrir les yeux dans un cauchemar. Dans le silence assourdissant de la musique.
samedi, février 24, 2007
166 Nothing : Peter Hammill : In the end (Album : Chameleon in the shadow of night 1973)



Un samedi de transition. Seul à la maison. Avant les vacances. Ou déjà. Goûter le plaisir de ne rien faire. A part aller changer le disque ou le retourner pour écouter l'autre face. Dans ces instants de douce torpeur envahissante, je vais parfois ressortir de vieux disques au fond des piles. Des disques pas écoutés depuis longtemps.
J'ai toujours eu une tendresse particulière pour ceux de Peter Hammill. Jusqu'à Over. Lorsque j'étais en première, je recopiais les paroles d'In the black room sur les pages de garde de mes cahiers. Paroles auxquelles je ne comprenais pas grand chose d'ailleurs. Mais je me souviens que la chanson débutait par I was thinking about thinking but it really didn't get me very far. Il y avait aussi ces mots, vers la fin, In my room, the secret tomb... Mon monde bien souvent ne dépassait pas les quatres murs de ma chambre... mais plus vraissemblablement je copiais ces paroles pour essayer de me faire passer auprès des filles, sans grand succès, pour une sorte de poète sombre et mystique... hum... Peter Hammill... J'ai eu la nostalgie de ses belles chansons en ce samedi après-midi à ne rien faire. A part écouter des disques et charger des pirates de Bob Dylan. Ou tomber par hasard sur cet article où les candidats à la présidentielle s'expriment sur la culture... Déprimant et effrayant...
Alors j'ai repris un morceau de clafouti aux cerises, mis un autre disque de Peter Hammill, pris mon livre. Dans la douce torpeur d'un samedi après-midi à ne rien faire. Rien? Non. Rien.
mercredi, février 21, 2007
165 Amalgame en spirale : Arab Strap : Fucking Little Bastards (Album : Monday at the Hug & Pint 2003)



C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures.

10h17. Un peu fatigué. Pas motivé surtout. Je mets le nouvel album de Blonde Redhead. Ma petite obsession musicale depuis hier. 23 est le disque parfait du moment gommant les murs et les plafonds. Isolateur à particules non élémentaires. Je voyage dans le temps avec un disque de science-fiction. Il sortira le 23 avril. Juste avant les élections.
En lisant Americana hier soir je me suis rendu compte que Don DeLillo est un écrivain immense. Ou bien était-ce l'état de fatigue, celui qui abaisse les défenses et accroît les perceptions. Mais non. Bruit de fond, Cosmopolis ou Joueurs m'avaient déjà alerté. Surtout Joueurs. Americana enfonce le clou. Fort. Il faut que je trouve le temps de m'attaquer à Outremonde. Le temps toujours.

10h41. C'est en voyant la une de Libé lundi avec la lippe haineuse de j*an m*rie l* p*n que je me suis rendu compte que ces élections indiquaient en premier lieu que cinq années venaient de s'écouler. Je repensais à la une de Libé du 22 avril 2002 avec cette même tronche et ce NON en grosses lettres. Je l'avais affichée sur le mur de mon bureau. Cinq années. Je l'avais mise sur le blog aussi, le premier. Cinq années. Peut être le quinquennat le plus dense de mon existence. Tant de choses et de bouleversements. J'ai gardé la une dans mon placard pour ne pas oublier que ce type est toujours aussi dangereux si ce n'est plus.
11h18. Je devrais faire un panneau de photo à la maison. Un panneau en liège où j'épinglerai des photos pour voir où le temps passe parfois. Je pensais à ça, après avoir posé le Don DeLillo hier soir, avant de m'endormir.

Au-dehors, même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde paraissait froid. Dans la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en spirale la poussière et le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le ciel fût d’un bleu dur, tout semblait décoloré, hormis les affiches collées partout. De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston.

11h32. J'ai mis Lundi au Hug & Pint d'Arab Strap après 23. Dehors tout semble ralenti, les vacances peut être. Dans les couloirs aussi. La petite torpeur doucereuse (douce heureuse?) de l'instant semble pouvoir voler en éclat au moindre soubresaut. Je m'efforce de ne rien brusquer, de glisser sur les parois lisses pour ne rien déranger. J'ai rêvé d'une maison, de la petite fenêtre du bureau je voyais le jardin tortueux où serpentait de l'eau légèrement verdâtre et des plantes étranges aux feuilles psychédéliques grimpaient le long des troncs des arbres. Un jardin extraordinaire un peu sombre.
Parfois, à l'écoute de la musique, je voudrais me liquéfier, atteindre l'état liquide et m'écouler par les interstices pour m'enfuir. Laisser juste une petite flaque comme une signature en bas de page.
14h17. J'ai mis The Birthday Party. Il faut que je relise 1984 avant qu'il ne soit trop tard. Je l'ai lu il y a trop longtemps. Trouver le temps. Le temps. Toujours. Inexorablement. Le temps. 14h24.

Le ministère de la Vérité – Miniver, en novlangue1 – frappait par sa différence avec les objets environnants. […] De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du Parti :
LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE


15h16. Il faudrait ne plus dormir avant la fin du monde. C'est raté. Le soir on sirote des bières Belges aux noms étranges en attendant. J'ai remis 23. Hors du temps.
lundi, février 19, 2007
164 Week-end à Zuydcoote (ou presque) : Marvin Gaye : Inner city blues (Album : What's going on 1971)



J'ai voulu voir Ostende et on a vu Ostende (air connu).
En fait, on ne s'est même pas arrêté. Je crois que j'espérais croiser dans les rues d'Ostende le fantôme de Marvin Gaye ou quelque chose d'approchant. J'ai parfois le tourisme musical. Oui mais voilà. On ne s'est même pas arrêté. Il faut dire qu'arriver à Ostende par la route de la côte, en venant de Nieuwpoort est un spectacle quelque peu hallucinant. Il y a d'abord cette route totalement rectiligne, parallèle à la mer, coincée à droite entre les grillages protégeant les dunes et les bunkers de la dernière guerre aux canons toujours pointés vers la mer, et à gauche, les caténaires de la ligne de tram allant jusqu'à Knokke Le Zout (Même si un jour à Knokke-le-Zoute, Je deviens comme je le redoute, Chanteur pour femmes finissantes... chantait Brel), avec au loin, envahissant petit à petit l'horizon, d'énormes barres monolithiques de logements face à la mer.

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En longeant par l'arrière ces barres bétonnées inhumaines, j'ai eu l'impression d'arriver dans une de ces stations balnéaires de la mer noire ou baltique réservées aux apparatchiks Brejneviens. Terrifiant. Sans parler de la vision de l'hippodrome et du casino Kursaal en style néo-classique. A Ostende Tout me navre chante Bashung. On le comprend. J'ai eu l'impression de me retrouver dans l'ancienne Union Soviétique trente ans plus tôt, avec l'oppressante sensation d'écrasement de tous ces bâtiments. Je me suis dit qu'il devait vraiment être perdu pour s'échouer ici Marvin Gaye. Ou bien avait-il trouvé un havre de paix vers le centre ville, d'autres quartiers peut être plus accueillants. Mais quand on a vu le panneau Bruges 36km au rond-point on n'a pas hésité.
Tant pis pour le fantôme de Marvin Gaye. Bruges est tellement belle avec ses canaux miroirs, ses vieilles rues sinueuses et pavées, ses maisons de couleur aux façades en escalier. L'impression d'avoir une nouvelle fois changé de monde sauf que celui-ci est apaisant. Je me serais bien vu dans une de ces maisons, avec mon bureau dans une pièce en avancée sur un des canaux intérieurs, avec la vue sur un des ponts. Quelque chose comme ça. A regarder à la nuit les lumières se refléter dans l'eau en écoutant des disques de Marvin Gaye...
jeudi, février 15, 2007
163 Parenthèses désenchantées : Nina Simone : Strange fruit (Album : Pastel blues 1965)



< mode café du commerce = on >
(L'annulation de la dette de Balkany (230 000 €)(une paille)(abus de biens sociaux quand même)(pas grave il est de droite n'est il pas) sans que personne ne hurle au scandale, à peine si l'information est reprise.)
(A ma grande surprise, pas un seul journaliste n'a seulement envisagé de demander à Nicolo Sarkozy le coût de son programme électoral avant que tous ne se mettent à pousser des cris d'orfraies à la lecture du programme de Ségolène alors que celui de Sarko n'est qu'incohérences populistes (quand même un type qui annonce vouloir drainer les voix de l'extrême droite tout en se réclamant de Jaurès et des travailleurs tout en prônant un libéralisme économique Médèfien ça ne choque personne?) et est tout aussi coûteux et irréalisable dans son ensemble (même son propre camp est obligé revoir ses promesses à la baisse). Tous ces journalistes asservis seraient-ils tellement certains de l'éventuelle victoire de Sarkozo pour lui faire les pompes de la sorte?)
(Je ne crois que je ne supporte plus l'arrogance méprisante de tous ces zélés zélotes de Nicolu Sarkozescu et de la droite uhempienne en général. L'avenir promis par ce type me fait peur... finalement il a raison Johnny de vouloir devenir Belge...)

< mode café du commerce = off >

Et puis à quoi bon... La lassitude finit par l'emporter. Les années à venir risquent d'être d'une tristesse sans fond. Hier matin, bloqué sur l'autoroute, je regardais les feux rouges des voitures dessinant une longue ligne sinueuse sous la pluie, comme des poulets sur un tapis roulant les emmenant à l'abattoir. Je me disais il faut quitter la ville, il faut partir, quitter ce gris, cette asphyxie. Comment peux t'on continuer à vivre comme ça. Il faut quitter la ville. Se mettre au vert.
Est-ce ainsi que les hommes vivent écrivait Aragon, tout est affaire de décor.
On va aller voir la mer...
lundi, février 12, 2007
162 Swan song : Chet Baker : My funny Valentine (Album : The last great concert 1988)



J'ai parfois de drôles de rebonds... En lisant ce texte évoquant indirectement Robert Wyatt, j'ai repensé à Shipbuilding, qu'Elvis Costello lui avait donné il y a maintenant bien longtemps. Et par ricochet, j'ai pensé à Chet Baker, dont on entend la trompette sur la propre version de Costello de cette chanson. Le même avait d'ailleurs envoyé une autre chanson à Chet Baker, mais je raconterai l'histoire de celle-ci une autre fois. C'est une belle histoire.
Par paresse, j'ai ressorti opportunément des archives et légèrement dépoussiéré ce texte un peu pompeux du 13 mai 2003. Et puis j'ai eu envie d'écouter à nouveau cette version de My funny Valentine, loin d'être la meilleure, mais tellement touchante et fragile. Presque le dernier souffle de Chet...

Il y a 15 ans aujourd'hui, Chet Baker tombait de la fenêtre de la chambre 201 du Prins Hendrik hotel à Amsterdam et se tuait sur le coup. On n'a jamais su comment c'était arrivé. S'il avait sauté lui même, s'il était tombé par accident, ou autre. Peu importe d'ailleurs. Depuis 15 ans il s'est tu, c'est tout.

Chet Baker a eu une carrière plus que chaotique. Sa belle gueule à la James Dean de ses débuts et son penchant pour le courant "jazz cool" avait su susciter l'admiration de la jeunesse malgré son addiction pour les substances opiacées. Pour cette jeunesse Américaine, qui jugeait plus ses jazzmen sur la couleur de leur peau que sur leur musique, à la différence de Miles Davis ou d'autres, Chet avait l'avantage d'être blanc. Mais Chet s'en foutait un peu. Il voulait jouer, jouer, jouer. Et puis il voulait des filles et de la dope pour voyager. On peut voir tout ça dans un beau film de Bruce Weber, Let's get lost, sorti en 1988.

Chet n'a jamais été un "grand" trompettiste dans le sens virtuose du terme, mais il était un de ces artistes qui mettent leurs plaies à vif dans la moindre de leur note. Il avait un style spécifique, une coloration inimitable où ses faiblesses, la douleur et la tristesse de sa vie chancelante s'exprimaient dans chaque inflexion. Il chantait comme il jouait de la trompette. Ou inversement. Avec parcimonie, avec un souffle émotionnel qui étirait souvent les notes comme la flamme d'une bougie lorsque la mèche est trop longue. Sa musique ressemblait d'ailleurs étrangement à cette flamme, toujours vacillante dans le vent, d'une beauté éphémère. Le flot émotionnel qui passait dans son souffle faisait trembler la justesse de ses notes comme un funambule sur un fil.

Les dernières années de sa vie, Chet Baker avait pris l'apparence d'un clochard céleste aux traits marqués par une existence trop lourde à porter. Ses notes, sa voix devenaient encore plus fragiles, construisant des architectures de cristal d'une finesse extrême. Le son de sa trompette, de sa voix, comme deux soeurs siamoises indissociables, étaient remplis de tendresse et chargées de toutes les souffrances de son existence. Dès qu'il embouchait sa trompette, toute sa roublardise de vieux junkie disparaissait.

Sur The last great concert, son chant du cygne discographique, il y a une version extraordinaire de My funny Valentine. Après deux accords de guitare, Chet entame le thème dans un souffle mélancolique d'une rare douceur. Plus loin, lorsqu'il commence à chanter, juste accompagné par la contrebasse qui résonne, sa voix sonne comme un vent chaud dans la nuit. Tout l'art de Chet Baker est dans ces moments d'une indicible émotion. Deux semaines plus tard, il passait par la fenêtre de la chambre 201 du Prins Hendrik hotel.

Je me souviens qu'en décembre 2001 j'étais à Amsterdam. Au gré de mes pérégrinations dans les rues froides bordées de canaux, l'esprit allégé par les substances fumigènes du coffee-shop où je m'étais arrêté auparavant, mon regard a été attiré par une plaque de bronze fixée sur le mur d'un hôtel. Le hasard avait mené mes pas devant cet hôtel où il était venu mourir, sur ce trottoir même où son corps décharné était venu s'écraser. Je me suis arrêté devant cette plaque, j'ai regardé le trottoir. Je me souviens de la vague de mélancolie qui m'avait envahie à cet instant précis. L'écho de sa voix est venu résonner dans mon esprit, pas sa trompette, non, juste sa voix, murmurant My funny Valentine comme un dernier adieu. Je suis resté un moment sur ce trottoir, devant cet hôtel, sans pouvoir dire grand chose.
La rumeur dit que lorsque l'on est venu ramasser son corps, celui-ci n'avait pas de plaies. Mais ses os étaient brisés. Comme du cristal...







My funny valentine
Sweet, comic valentine
You make me smile with my heart.


samedi, février 10, 2007
161 Presque rien : Au revoir Simone : And sleep al mar (Album : Verses of comfort, assurance & salvation 2006)



J'aime bien ces petites mélodies de rien, un peu feignasses, tout en indolence, en nonchalance. Un peu mélancoliques aussi. Parfaites pour un samedi après-midi. Des mélodies sans responsabilités, des mélodies de ces samedis où l'on voudrait retrouver juste un peu de l'insouciance de l'enfance. Quelque chose de léger.
Et puis voir chanter dans les rues de New-York sous le soleil d'août les trois filles d'Au revoir Simone m'a fait penser au printemps, à la lumière, aux voyages, à des instants rares. Trop rares. Ce n'est pourtant qu'une chanson de rien. Juste un peu de pas grand chose...
jeudi, février 08, 2007
160 Plop : Caetano Veloso : Help (Album : Joia 1975)



J'ai le sommeil qui s'évapore. Depuis déjà quelques jours. On va même pouvoir compter en semaines bientôt. Ca commence à (bien) faire. Le matin, il s'évapore d'un seul coup. Plop. Dans une bande dessinée on mettrait cette onomatopée pour illustrer l'action. Plop. 5h40. 6h10. 4h50. 5h30. Plop. Jamais la même heure. Sans être vraiment réveillé. Mais sans se rendormir vraiment non plus. Plop. Le sommeil qui s'évapore. Comme on s'évapore chaque matin un peu plus derrière nos masques du quotidien. Un peu moins de soi. Tous les jours. Plop.
Plop. Et je reste dans mon rêve, comme s'il fallait que je résolve son énigme. Les images persistent. Plop. Parfois je me rendors et je repars dans mon rêve à la recherche de je ne sais quelle solution. Plop. 5h20. 4h40. C'est plus tard qu'il revient. le sommeil. Toujours trop tard.

Plop. Je rêvais de musique cette nuit quand plop le sommeil a fait plop. De musique, d'instruments, de gens qui en jouaient. J'essayais de jouer avec eux mais comme je suis plutôt mauvais je me contentais d'une petite note de temps en temps. C'était mon rêve quand plop, le sommeil, plop, il était quoi? 5h40. Je ne me suis pas rendormi avant quelle heure, je ne sais même pas, trop occupé que j'étais à courir derrière mon rêve. La nuit c'est comme la vraie vie finalement, on court derrière ses rêves.
Plop, mon sommeil fait plop et ça fait maintenant quelques jours non pas que je me mette à penser, que je sois tracassé non juste plop, le sommeil fait plop et je cours derrière mon rêve. Ca me fatigue. De courir comme ça.
Je vais faire plus de musique oui et à écouter ce type l'autre jour sous les arches de pierre du parc Guell, ses jolies chansons et sa belle voix que je suis bien bête de ne pas lui avoir acheté un cd, j'ai eu envie d'une guitare Espagnole avec ses cordes de nylon souples. Il est plus facile de collectionner les instruments que les talents. Une guitare Espagnole avec des cordes en nylon molles et retrouver les foutus accords de Corcovado. Des trucs comme ça. Un peu bossa. Des trucs comme ça. Des chansons molles. Enfin voilà, plus de musique, juste un peu, juste pour moi, ça peut être ça. Des plonk à la place des plop.
Et puis je suis rentré entre chiens et loups. Après le pont il s'est mis à pleuvoir. J'ai laissé la pluie brouiller le pare-brise, pendant que j'étais arrêté et que le ciel s'éteignait. J'ai écouté les gouttes de pluie sur le pare-brise. Elles faisaient plop plop plop...


INFO : Puisque l'on parle de sommeil, allez écouter et/ou charger librement la remarquable compilation de chansons/berceuses Have a good night Star/Moon réalisée par Blogup avec plein d'artistes intéressants, connus ou moins connus.
(et toujours une chanson par jour sur Killing Me Softly)(oui c'est de l'auto-promo)
lundi, février 05, 2007
159 Postcards : I'm from Barcelona : Barcelona Loves You (Album : Let me introduce my friends 2006)







(Il faut cliquer sur les photos)(enfin si on veut)
jeudi, février 01, 2007
158 Insécurité sociale : Tom Waits : I don't wanna grow up (Album : Bone Machine 1992)



J'ai écrit à la sécurité sociale. Je crois bien que c'est la première fois. Je me suis dit, tiens t'écris à la sécu, tu deviens quelqu'un comme tout le monde mais l'idée m'a fait peur. D'un seul coup j'ai cru que ça y était, j'étais adulte enfin, puisque j'écrivais à la sécu. Mais je crois que je ne veux pas. Etre adulte. Ni écrire à la sécu. Comme de se dire tiens on va passer la journée de dimanche à l'Hay Les Roses. Comme tous les dimanches...

Il existe je crois, des gens qui vont passer leurs dimanches dans ces villes improbables. Avec des S. Des S partout. Ils doivent écrire régulièrement à la sécu ces gens là. En connaître tous les rouages, les détours, les travers. Peut être même qu'ils pourraient écrire un livre sur les pièges de la sécu.
Je crois que j'ai trop attendu pour leur écrire à la sécu, ils ne vont rien me rembourser pour mes lunettes de l'année dernière. Deux jours de suite j'ai écrit à la sécu. Obligé de m'y prendre à deux fois pour envoyer une ordonnance réclamée depuis 6 mois et totalement oubliée. Un handicapé de l'administration.

C'est quelque chose que je ne fais plus. Passer des dimanches à l'Hay Les Roses. Enfin je ne l'ai jamais fait. Mais j'en ai passé ailleurs. Dans d'autres villes de banlieue, petite ou grande, la banlieue. De toute manière les villes le dimanche, si ce n'est pas la capitale, ce ne sont que des villes de banlieue non? Je crois que la grande c'est la pire. La grande banlieue c'est de la province qui ne s'assume pas. Ou alors ce sont les dimanches. Des dimanches d'ennui, repas dominical et rôts discrets devant la télé vautré dans le canapé cuir center paiement en trois fois sans frais, avec les grands, les adultes, les vieux, parlant de la sécu ou de l'actualité et tu as vu cette honte tous des fainéants, tous des fainéants. De mon temps… ah de mon temps… moi de mon temps on allait passer des dimanches à L'Hay Les Roses, ou à Melun par là, et même pire et je m'ennuyais fort.

Il y a des temps qui ne se conjuguent qu'au passé. Ou au futur lointain. Quand je serais grand, adulte, vieux, tout à la fois et plus rien en même temps, quand sera venue l'heure où il ne me restera plus qu'à aller passer des dimanches à L'Hay Les Roses ou peut être même à Sceaux ou Bourg La Reine qui n'est pas loin. On viendra me chercher en voiture et je leur parlerai de la sécu comme un bon petit vieux. Il sera temps de m'achever.
Je crois que c'est ça. J'ai eu l'impression de devenir adulte parce que j'écrivais à la sécu, on ne devrait jamais écrire à la sécu. C'est le syndrome de Peter Pan. Il n'écrivait pas à la Sécu Peter Pan. Ca se tient tout ça. Ecrire à la sécu c'est un coup à finir à L'Hay Les Roses le dimanche, ou même à Sceaux ou Bourg La Reine qui n'est pas loin. Ne plus échapper à la promenade post repas dominical parce que quand même avec ce beau soleil on ne va pas rester enfermé, et puis on traîne les vieux sur des bancs dans des squares qui suintent l'ennui, et les vieux attendent on ne sait trop quoi ou on n'ose pas le dire il y a des mots comme ça on n'ose pas les dire. Ils pensent à Michel Drucker et à leurs feuilles de sécu peut être. Suintant l'ennui. Ils auraient préféré regarder Michel Drucker dans le canapé cuir center paiement en trois fois sans frais plutôt que de traîner leurs rhumatismes sur ces bancs. Michel Drucker on a l'impression qu'il est immortel, qu'il est là depuis 200 ans. Toujours vert Michel Drucker. Comme ces statues en bronze, au milieu des squares de L'Hay Les Roses, Sceaux ou Bourg La Reine qui n'est pas loin. Ou ailleurs. Partout où les gens écrivent à la sécu. Partout quoi. C'est pour ça.

Oui voilà. Le syndrome Peter Pan. Mais pourtant je ne sais pas voler j'aurais bien aimé, j'aimerais bien. On aurait tous aimé, avant de commencer à écrire à la sécu et de grandir. Je te jure je ne le ferai plus. Ecrire à la sécu. Je ne le ferais plus. Peter Pan. Avec la fée clochette et les princesses de la lagune. Quand j'étais au collège, en 4ème, il y avait une fille un peu empotée, mollassonne, les autres filles l'appelaient la comtesse de la lagune. J'ai jamais compris pourquoi. Elle passe ses dimanches à L'Hay Les Roses tu crois maintenant? Peut être qu'ils se retrouvent tous, les dimanches après-midi, en famille, en train d'errer dans les rues de L'Hay Les Roses quand même avec ce beau soleil on ne va pas rester enfermé. Ou Bourg la Reine qui n'est pas loin. Il y a des noms comme ça. On disait tu Choisy Le Roi ou tu Bourg La Reine ça nous faisait rire tu penses. Parce que le bus, le 103, celui qui nous laissait devant le collège au bout de la ville pas loin des gazomètres et du cimetière, il allait jusqu'à Choisy le Roi.

Tu vois ce qu'on devient avec le temps. On finit par écrire à la sécu. On est foutu. Y a pas d'autres mots. On est foutu. On a écrit à la sécu. Deux fois en deux jours. On est bon pour les dimanches à L'Hay Les Roses. Ou Fontenay Aux Roses. Ou Mandre Les Roses. Pourquoi toutes ces roses? Elles doivent être fanées depuis le temps je crois bien. Ca doit être pour ça. Parce que j'ai écrit à la sécurité sociale.
Tu vois ça. Ca me réussit pas. Je raconte n'importe quoi...