mercredi, janvier 31, 2007
157 X rays : Sufjan Stevens : The dress looks nice on you (Album : Seven Swans 2004)



J'ai passé la journée le désir perdu dans tes mutines transparences.
lundi, janvier 29, 2007
156 Sun time : Nusrat Fateh Ali Khan : Ali Maula Ali Maula Ali Dam Dam (Album : Devotional songs 1992)



"A ceux qui pensent que mes peintures sont sereines, [je dois dire] que j'ai enfermé la violence la plus extrême dans chaque centimètre carré de leur surface. Bien que je ne me sois pas servi des moyens physiques d'émotion et de mouvement... Car c'était ainsi l'unique chemin par lequel je pouvais atteindre la plus grande intensité: le tragique irréconciliable de la violence qui gît à la base de l'existence humaine et de la vie de tous les jours, qui a affaire avec elle."
Mark Rothko in Rothko. Une absence d’image : lumière de la couleur de Youssef Ishaghpour.

"Et tu laisses ton regard se perdre dans la lutte de ce jaune violent qui gronde derrière, impatient de crever ce rouge, cet orange, comme une force tellurique. Comme une lumière trop longtemps assoupie, déchirant l'horizon de sa clarté..."
KMS 04/2005

Je m'autocite. Mauvais signe. C'est peut être juste le besoin de lumière. Ou le comble de la vanité. J'ai repensé à ce tableau aujourd'hui. Je voulais mettre cette chanson fabuleuse de Nusrat Fateh Ali Khan sur Killing Me Softly et puis je n'ai pas eu envie qu'elle disparaisse dès demain. Comment se fait l'association entre l'image et le son, cela me fascinera toujours, mais j'ai entendue cette musique en regardant ce tableau. Peut être parce que la musique Qawwalî est une musique jaune. Les musiques sont colorées, irisées ou monochromes parfois.
Les couleurs des musiques sont étranges. Elles flottent entre les notes, suivant l'angle d'écoute elles peuvent varier. C'est ce qui fait leur charme. Mais cette musique est jaune, jaune safran. Ca explique tout. C'est peut être aussi parce que cela fait bien longtemps que je n'ai pas vu le soleil se lever, avec cette explosion de lumière dans le ciel clair, comme le jaune déchire l'horizon sur cette toile.
vendredi, janvier 26, 2007
155 Le vieux sur le pont : Mendelson : Le brouillard (Album : Live 2001)



Il y avait un vieux sur le pont au-dessus de la Marne ce matin qui donnait du pain aux oiseaux. Il déposait sur la rambarde en béton de grosses poignées de pain sec que des dizaines et des dizaines de mouettes se disputaient avec les corbeaux. Il faisait froid, -2° ou -3°. Des températures qui balayent l'atmosphère de la poisse habituellement en suspension. Les mouettes tournoyaient nerveusement au-dessus du pont, frôlant les toits des voitures. Le vieux avec son grand sac avait l'air content.
Je me demande si on ne marche pas sur la tête. Probablement. Quand j'entends Nicalos S. (je l'ai tapé avec les voyelles inversées comme ça, je ne corrige pas, tant pis ou tant mieux) se réclamer de Jaurès et de Léon Blum qui doivent tous les deux se retourner dans leur tombe. La campagne Présidentielle ressemble de plus en plus à la Pop Star Ac'. Juste du spectacle. Peu importe les idées, seule l'image compte, des candidats de façade, lançant leurs hameçons tous horizons. Ca a dû plaire aux vieux réacs de droite, cette filiation de gauche dont se réclame l'autre nain. Ce n'est pas mieux de l'autre coté. A ma grande tristesse. J'ai peut être eu, une nouvelle fois, la faiblesse et/ou la naïveté de croire que l'intelligence sauverait la gauche du marasme populiste ambiant. J'espère toujours trop en l'intelligence en général. Je forge dans ces espoirs trop souvent vains, mes dépits désabusés d'une humanité que je finis par détester de plus en plus.

Alors j'ai mis McCoy Tyner au bureau ce matin. Parce que la densité de son jeu fait comme un rempart à ce monde extérieur. Je ne connais pas beaucoup de pianistes qui laissent aussi peu d'espace et de silence dans leur jeu. L'opposé d'un Bill Evans ou d'un Keith Jarrett par exemple. J'avais besoin de ça. D'une musique étanche. Et puis derrière la fenêtre je sentais le soleil impuissant contre l'air froid et immobile frappant le béton environnant.

Le vieux du pont avec son pain devait être rentré chez lui sûrement lorsque le disque s'est terminé. J'avais mis Song for my lady parce que rien que le titre, rien que le titre c'est beau, même si ce n'est pas son plus grand disque. Tout ça n'est certainement pas le fruit du hasard qui n'existe pas. Il en penserait quoi de tout ce cirque, le vieux de ce matin, avec son grand sac de pain rassis sur le pont dans le froid. Et c'était beau toutes ces mouettes qui volaient dans tous les sens. J'aurais bien voulu savoir.
Et puis j'ai mis Le Brouillard de Mendelson, sur ce live qu'on peut charger sur leur site parce que je crois bien que le groupe, il n'existe plus vraiment. Ou il attend de pouvoir sortir son disque et c'est dommage parce que c'est vraiment bien. Il faut écouter Le brouillard. C'est ce vieux sur le pont qui m'a fait penser à cette chanson. Ce vieux sur le pont qui donnait du pain sec aux mouettes. Je me suis dit, tous ces candidats, les importants, ceux qui peuvent gagner, ça fait combien de temps qu'ils n'ont pas donné à manger aux oiseaux, seuls, un matin ou un après-midi, en fait l'instant importe peu. Juste le geste. Donner à manger aux oiseaux. Combien de temps... Depuis combien de temps surtout, ils sont détachés de la vie, de la vraie, celle qui n'a rien à voir avec le pouvoir. Ah. Voilà. Je crois que c'est ça. Je redeviens naïf encore.

Peut être que j'ai besoin d'un peu de campagne, la vraie, pas la gesticulation médiatique des assoiffés du pouvoir. La vraie, celle avec la terre qui colle aux chaussures, aux flaques d'eau gelées sur lesquelles on peut marcher pour les faire craquer.
La campagne d'hiver, avec ses arbres dénudés, avec le brouillard du petit matin et son ennui aussi mais à deux, à deux, l'ennui, c'est pas pareil... Juste un peu. Pas longtemps. Juste le temps d'aller donner à manger aux oiseaux et aux canards et de faire le plein de brouillard et de silence.
mercredi, janvier 24, 2007
154 Au quotidien : Yo La Tengo : Everyday (Album : And then nothing turned itself inside-out 2000)



Tous les jours.
Une chanson tous les jours. Ce n'est pas si évident de choisir correctement une chanson tous les jours.
Je me pose sûrement trop de questions comme toujours. Mais je veux que tout ça s'articule à peu près convenablement. Comme si, n'ayant finalement plus grand chose à dire, je tentais de raconter une histoire, chapitre après chapitre, chanson après chanson.
Tous les jours.
Ca va rentrer dans mes petites habitudes le choix de cette chanson. Ces petites habitudes auxquelles on ne fait plus attention. Ces gestes quotidien, surtout ceux du matin dans la salle de bains. Je suis content de me rendre compte qu'en bientôt quatre ans, ces gestes ne sont plus les mêmes. Des petits détails de rien. Peut être juste le signe que l'on est encore vivant. Le choix de la chanson devient un rituel du soir. Pourtant la veille j'ai toujours une idée de la chanson du lendemain. Mais je change toujours au dernier moment. Pour des raisons qu'il est probablement très difficile d'expliquer. De l'irrationnel total. Mais je crois que c'est aussi cela qui me plait. L'irrationnel. Dans ce rituel du soir.
Tous les jours.
On n'aurait pas ces habitudes mécaniques et matinales s'il ne fallait se lever pour aller travailler. C'est l'urgence, l'obligation qui les impose. Je rêve de prendre ma retraite dès maintenant. Jusqu'à 70 ans. Je recommencerai à travailler à cet âge là. Tout content alors de pouvoir régir mon existence par des petits gestes matinaux habituels. Voilà comment cela devrait fonctionner. On devrait travailler en viager. Prendre sa retraite de 40 à 70 ans. Et recommencer à travailler sur la fin de sa vie. Le seul moyen pour en profiter vraiment. Sauf pour ceux qui tiennent REELLEMENT à travailler, il y en a sûrement.
Tous les jours.
Je rêve utopique. Je rêve paresse. Je rêve. Pour oublier un bout du quotidien.
Tous les jours.

I want summer's sad songs behind me.
I want a laugh a minute, without fail
dimanche, janvier 21, 2007
153 Oboe's Lullaby (*) : Tindersticks : The not knowing (Album : Tindersticks 1993)



Je ne sais pas. Il y aurait certainement quelque chose à dire. Mais à quoi bon. Parfois.
Et puis j'ai mis ce disque. Et cette chanson au hautbois entêtant parce que le hautbois est entêtant, presque autant parfois que le sax soprano de Coltrane. Comme un pungi de charmeur de serpent. Peut être parce que j'avais des serpents à charmer ce soir.
J'ai eu un choc en voyant la date inscrite sur la pochette de ce disque. 1993. Quatorze ans. Je me revois sur l'autoroute du sud, seul dans la voiture, et ce disque, quasiment en boucle, moi qui fais ça si rarement. Quatorze ans. Je ne pensais pas autant. Et la beauté de cette chanson. Quintet. Sextuor. Octuor. Je ne sais. La sérénité du basson. Et le hautbois, tout en ondulation, s'insinuant par tous les interstices. Je suis toujours content de pouvoir encore m'émerveiller devant une chanson entendue pourtant un grand nombre de fois. Peut être parce que parfois le cerveau oublie, ou range trop bien les souvenirs et les émotions.
Il y avait certainement quelque chose à dire. Ca ne devait pas être important. J'ai préféré me laisser charmer par le hautbois.

(*) : Jeu de mot pitoyable entre oboe (hautbois en anglais) et hobo, nom donné aux Etats-Unis aux vagabonds se déplaçant clandestinement en train, devenus célèbres par leur nombre grandissant lors de la dépression de 1929, et représentant un mouvement de contre-culture dont la figure la plus célèbre restera le chanteur Woody Guthrie (héros et modèle de Bob Dylan), qui aura dans son répertoire une chanson appelée Hobo's lullaby.
vendredi, janvier 19, 2007
152 Encore : Akron/Family : Before and again (Album : Akron/Family 2005)



Tu es entrée ce matin sans faire de bruit. Tu t'es déshabillée et tu es venue te glisser sous la couette. J'ai senti ton corps frais se coller contre le mien. Doux comme cette chanson...
Tu dors encore. Tous ces gens qui nous disent que les 35h, les RTT, c'est mauvais pour les entreprises, pour l'économie, il ne doivent pas souvent être réveillés comme ça. Un matin de RTT. Pour faire de telles déclarations. Je ne peux y croire. Ou ils ne sont plus humains. Ce qui est bien possible cela dit. Quelque chose me dit qu'ils ne doivent pas écouter Akron/Family non plus...
Qu'est-ce que j'en ai à foutre moi de l'économie et des entreprises. Contre ton corps frais qui vient se glisser sous la couette. Un matin de RTT.
Je ne sais pas pourquoi, mais cela me fait penser à la déclaration de Thurston Moore sur le téléchargement : Télécharger, c'est tuer l'industrie de la musique, pas la musique. Tuez-les tous !
Tu dors encore. J'ai pris un grand plaisir à saborder l'économie Française ce matin.

(On n'oublie pas, une chanson par jour sur Killing Me Softly)
mercredi, janvier 17, 2007
151 En vrac : The Evens : Everybody knows (Album : Get Evens 2006)


Janvier ne ressemble à rien si tant est qu'il doive ressembler à quelque chose. Je ne sais si c'est parce qu'on a lâché un peu les repères temporels, mais j'ai l'impression de vouloir m'appuyer contre un mur en béton et passer ma main au travers lorsque j'essaye de savoir quel jour nous sommes.
Alice est repartie de l'autre coté du miroir, j'apprends la nouvelle alors que j'écoutais McCoy Tyner. Les coïncidences parfois... en même temps un poisson-chien sort du bois et je vous conseille de l'attraper.
Je suis content de mon idée de Killing me Softly. J'ai failli ne pas le faire pourtant, c'est tellement difficile d'y croire un peu parfois... Surtout pour un mois de janvier. Comme si quelque chose couvait, là, sous la cendre des bûchers mal éteints de nos illusions. Alors on se rapproche, on se serre un peu plus l'un contre l'autre, ta peau contre la mienne, comme pour se protéger.
J'ai passé, il me semble un cran supplémentaire dans le dégoût du travail salarié, je crains d'en avoir encore pour vingt ans à subir ce carcan quotidien mais j'ai plein de nouveaux amis, sur monspace.
Je ne savais pas pourquoi j'allais là, à part pour retrouver de vrais amis, alors je demande aux gens qui passent de me laisser trois voeux. Comme Nica.
J'aime bien cette idée. Un mois de janvier à idées. Comme quoi quelque chose change... alors je m'en vais vers ces jours étranges...
dimanche, janvier 14, 2007
150 New life : Ali Farka Toure : Yer bounda fara (Album : Savane 2006)



J'ai piqué l'idée au vol chez Philippe de Jonckheere (lisez son bloc-notes, ça secoue souvent l'intérieur)(perdez vous dans son admirable Désordre)(et ne ratez pas sa vidéo de Noël)(surtout).
Je ne suis pas un créateur. J'emprunte. Je copie. Je transforme. J'adapte. Peut être que l'idée était dans les limbes, mais rien de précis. Il y avait néanmoins l'idée déjà présente de partager plus de musique. Je n'écris plus assez ici pour cela. Alors ça m'est venu d'un seul coup, vendredi midi, au bureau, en lisant sa liste d'idées. Peut être également que l'idée de l'éphémère me séduit d'une certaine manière et aura permis de lier le tout. L'envie aussi de susciter de la curiosité, des réactions, de tenter de provoquer des émotions.
J'ai donc créé un nouveau satellite dans ma galaxie dérisoire. Je mettrai sur Killing Me Softly (with his songs) une chanson par jour. Sans titre ni interprète, sans texte ni explication. Juste la musique. Rien d'autre.
Une chanson écoutable, une chanson en mp3 chargeable sur son disque dur. Sans savoir (à moins de la reconnaître)(ce qui sera certainement souvent le cas quand même) ce que c'est. Surtout sans savoir ce que l'on va écouter avant de le faire.
La chanson, choisie dans ma discothèque, ne sera disponible qu'une journée, ou, tout du moins, jusqu'à ce qu'une nouvelle vienne la remplacer. Des chansons, ou tous morceaux de musique quels qu'ils soient. Connus ou plus rares. Chef d'oeuvre ou chanson mineure à laquelle je suis attaché. Il y aura de tout. Sans archive. Des chansons éphémères. Mais si vous les gardez, toutes ou certaines, elles pourront constituer une sorte de compilation infinie. Je donnerai les titres et les interprètes si on me le demande (par mail ou ici dans les commentaires).
Je ne me fais guère d'illusion sur la fréquentation de Killing Me Softly (le plus simple est peut être de s'abonner au RSS). Encore moins sur le nombre de personnes écoutant les chansons en entier. Je sais que ce n'est pas facile, pour tout un tas de raison. Peu importe. Peut être que dans le temps quelque chose s'installera. Peut être qu'au final j'aurais pu procurer un peu de plaisir à quelques personnes, fais partager quelques émotions, avec ces musiques. J'aurais au moins essayé.
Le nom Killing Me Softly (with his songs) n'est bien entendu pas le fruit du hasard. C'est une très belle chanson de Roberta Flack (même en version Karaoké), on retrouve dans le titre les initiales KMS, et le titre exprime bien l'objectif de ce modeste projet : vous "tuer" avec mes chansons.
J'ai parfois l'impression que les chansons, la musique, sont comme des vies. Souvent trop courtes. Toujours éphémères. Pleines d'émotions. Certains insectes ne vivent qu'une journée. Mes chansons feront de même. Je vous offrirai une nouvelle vie tous les jours...
jeudi, janvier 11, 2007
149 Lazy day : Esbjörn Svensson trio : Serenade For The Renegade (Album : Strange place for snow 2002)



On est le 11 janvier. On a volé l'hiver. Ou il s'est enfui. Loin. Comme dégoûté.
J'ai regardé. L'année dernière il y avait du brouillard le 11 janvier. J'ai souri en relisant ça. Ces frôlements presque imperceptibles, voilés, du bout des doigts...
C'est une journée volée aujourd'hui. J'ai eu cette impression. Les RTT en milieu de semaine ont cette saveur spéciale au parfum d'usurpation. Une paresse doublement appréciée. J'ai laissé mes doigts traîner sur le piano, sur la guitare, des fausses notes en dilettante. Au premier sens du terme. Mis des disques (plein), écouté un pianiste Suédois (décidemment), réussi à trouver (enfin je l'espère) Les musiciens de jazz et leurs trois voeux. Mis Monk, choix logique. Une envie de piano jazz, comme ça, depuis quelques jours déjà. Langueurs appuyées ou tensions saccadées. Lu. Remis des disques. Laissé le temps courir dans le vide. Varsovie . Pour rien. La journée est passée comme ça, dans un claquement de doigts. Ca prend du temps de ne rien faire.
On est le 11 janvier. Je crois qu'on a volé l'hiver.
mercredi, janvier 10, 2007
148 Dusk : Audrey : Views (Album : Visible forms 2006)



"Nous n'avons ici, dit-elle, qu'un soleil par mois, et pour peu de temps. On se frotte les yeux des jours à l'avance. Mais en vain. Temps inexorable. Soleil n'arrive qu'à son heure.
Ensuite on a un monde de choses à faire, tant qu'il y a de la clarté, si bien qu'on a à peine le temps de se regarder un peu."

Henri Michaux : Je vous écris d'un pays lointain (in Lointain intérieur)

Les ondes sinueuses du violoncelle de ces Suédoises.
Je regardais le ciel s'assombrir, entre les deux barres de béton masquant mon horizon professionnel.
Des notes qui me donnaient envie de photographier la ville.
Les gens.
En silhouettes floues, en mouvements insaisissables.
En noir et blanc crépusculaires.
J'ai pensé à Michaux en poussant la porte d'entrée...

Henri Michaux : Sans titre 1965
lundi, janvier 08, 2007
147 No more : Blonde Redhead : Futurism Vs. Passeism Part 2 (Album : In an expression of the inexpressible 1998)


J'ai parfois l'impression que la lenteur, le temps, sont devenu l'apanage d'un passé disparu.
Vestiges d'un temps où la respiration pouvait encore être considérée comme essentielle.
Loin de ce monde du "toujours plus" inexorable.
Dans cette quête déraisonnée du profit et du pouvoir.
Des toujours plus qui ne laissent que des moins.
Moins de temps.
Moins de plaisir.
Moins de rêve.
Moins d'air.
Moins de vie.
Je revendique le droit à la paresse.
Je revendique le droit au rêve.
Avant qu'il ne soit trop tard...
dimanche, janvier 07, 2007
146 Bob's boots : Bob Dylan : Obviously 5 Believers (Album : Blonde on blonde 1966)


Il y a dans les photos de Jerry Schatzberg (à la gallerie Bellier (20 rue de l'Elysée, jusqu'au 26 janvier)), quelque chose d'indéfinissable chez Dylan; le regard, la pose, un magnétisme incroyable, une écrasante présence fascinante, accentuée par la grande taille des tirages.
Même sans savoir qui il est, sans connaître son oeuvre, ses chansons, on perçoit immédiatement en posant le regard sur ces photos, une sorte de magie intérieure puissante et prête à jaillir. On s'attend même parfois à voir un violent rai de lumière blanche aveuglante sortir de sa bouche dans une aura quasi messianique, drapée dans l'insolente beauté de ses vingt-quatre ou vingt-cinq ans.

Il y a également sur un pan de mur près de la porte de la salle, une photo saisissante devant laquelle je suis resté assez longtemps, le regard capté par la force de l'instant capturé. On y voit Dylan en studio en 1965, planté sur ses boots de daim noir, stratocaster en main, ses mythiques lunettes de soleil sur les yeux, soufflant dans son harmonica, en train d'enregistrer une chanson de Highway 61 revisited. Face à ce grand cliché, je pouvais presque sentir la puissance de sa guitare, le souffle comme une gifle cinglante du thin wild mercury sound même si on ne l'entendra que sur l'album suivant, ce Blonde on blonde dont on croise la pochette grandeur nature à l'entrée. Cette photo floue, la seule floue de toute la série, celle que Dylan aura choisie...



(on clique pour voir en grand)
vendredi, janvier 05, 2007
145 Fa aigu et nicotine : Tom Waits : Eggs and Sausages (In A Cadillac With Susan Michelson) (Album : Nighthawks at the diner 1975)



Tu vois c'est ça, exactement ça... je me rappelle un vieux piano, je ne sais plus où, un coin de bar, mal éclairé, enfumé. Paris, Amsterdam ou ailleurs j'ai oublié depuis. Il y avait une touche, complètement à droite du clavier, dans les aigus les plus aigus, ceux qu'on joue rarement et c'était un piano droit marron je ne l'ai pas dit je crois, sur une des touches, toute jaunie par la nicotine, il y avait un creux, la bakélite de la touche avait fini par fondre à force de cigarettes oubliées là parce que le pianiste était trop à sa musique. Il posait systématiquement sa cigarette là, sur ces touches, parce que sinon la fumée dans les yeux quand on joue ça perturbe et il devait jouer avec la tête inclinée vers le clavier, ça lui remontait dans les yeux. Alors il posait sa cigarette là. Sur un fa ou un sol hyper aigu, sur les dernières touches à droite du clavier. Celles qu'on peut sacrifier pour poser son mégot parce qu'on ne les joue jamais ces notes là.
Quand j'ai vu le piano, je me suis dit on dirait le piano de Tom Waits. Ou alors dans mes rêves le piano de Tom Waits ressemblait à ça. Et puis je me suis souvenu qu'on entrapercevait Tom Waits dans un vieux film du début des années 80, 1980 ou 81, Wolfen, un truc dans le genre. Il jouait sur un piano droit posé contre un mur dans un bar mal famé situé sous le brooklyn bridge à New York ou un autre pont peu importe l'endroit finalement. Un bar crasseux à l'enseigne au néon rouge, forcément au néon rouge. On le voyait quoi, 20s, une minute maxi. De dos. Mais on l'entendait surtout, impossible de se tromper, avec une voix pareille ça ne pouvait être que lui. La voix de Tom Waits était déjà à cette époque là une brouette rouillée pleine de graviers roulant sur un chemin de terre défoncé. Pour un peu je me serais levé de mon siège au cinéma de Créteil et pourquoi je me souviens que c'était dans ce cinéma alors que parfois je cherche le titre d'un album pendant un quart d'heure. C'est Tom Waits j'ai braillé à Marc et Christine. Ah? Ils ont répondu Ah? Tous les deux. Putain c'était Tom Waits et ils disaient ah? comme ça.
Alors quand j'ai vu ce piano avec son fa aigu complètement jauni et brûlé à force de cigarettes oubliées, j'ai pensé que c'était le piano de Tom Waits, celui sur lequel il devait jouer dans ce film ou chez lui ou dans son bar préféré parce que Tom Waits a un bar préféré, je ne peux pas imaginer le monde sans que Tom Waits ait son bar préféré. Le même que Hank sûrement. Une touche jaunie, sur un piano sûrement minable et déglingué...
Je devrais peut être jouer sur le mien de piano droit, tout désaccordé, à moitié déglingué, avec ses chandeliers en façade et une ou deux touches cassées. Plutôt que sur l'électrique trop propre.
Une touche creusée à force de cigarettes consumées dans le vide sur un fa aigu. J'avais trouvé ça fascinant.
J'ai pensé à ça. A ce piano. En lisant cette histoire de vieille cendre chaude qui finit par tomber sur le clavier. A ce vieux piano jauni qui m'avait fait pensé à Tom Waits.
Ouais. Je crois que je vais faire ça. Essayer d'accorder ce foutu piano déglingué.
mercredi, janvier 03, 2007
144 Various positions : Leonard Cohen : Famous blue raincoat (Album : Songs of love and hate 1971)



Je jouais les arpèges d'Hallelujah hier soir sur le piano, dans le désespoir de ne pas avoir de voix correcte à poser sur ces notes. Je me contentais de chantouiller à voix basse, rendant inaudible la moitié des paroles. J'avais pris, en janvier 2006, la bonne résolution vite oubliée de jouer 30mn de piano par jour, pour que le combat entre mes 10 doigts et les 88 touches soit légèrement plus équitable. Au bout d'une ou deux semaines tout ceci s'est envolé en fumée comme mes espoirs de jouer un jour à peu près correctement du piano. Les bonnes résolutions sont des plaisirs vains et éphémères, n'existant que pour l'illusion fugace de déculpabilisation qu'ils procurent.
J'ai la musique laborieuse. Quel que soit l'instrument. Une déperdition d'information trop grande sur le chemin entre mon cerveau et mes doigts certainement. J'étais heureux néanmoins, d'arpéger les accords simples de cette chanson de Cohen. Même si massacrer Hallelujah, juste pour mon plaisir, relève finalement d'un acte assez proche de la masturbation. Agréable et frustrant à la fois...
Du coup j'ai mis des disques de Cohen toute la soirée, pendant que l'on mangeait un foie gras mi-cuit avec un Bonnezeaux très agréable. Il n'y a que le vinyle pour restituer le grain de la voix de Cohen sur les trois ou quatre premiers albums. Cette chaleur, cette vibration, cette présence, tout ce qui a disparu avec le son étriqué de la minable édition cd. Malgré les crachouillis typiques du vinyle usagé de mes exemplaires. Je me suis levé pour soulever le bras de la platine et mettre à nouveau Famous blue raincoat. Une des plus belles chansons du monde. Ou la plus belle de Cohen. Avec trois ou quatre autres.
Il faudrait peut être pouvoir sauvegarder d'une manière ou d'une autre, des instants comme celui là, comme hier soir. Toi, la saveur du foie gras (mi-cuit)(le détail a de l'importance)(les détails ont souvent de l'importance), les parfums jaune d'or du Bonnezeaux, la voix de Cohen... comme du rêve que l'on enfermerait dans un flacon de verre.

You're living for nothing now, I hope you're keeping some kind of record.
mardi, janvier 02, 2007
143 Terre - Ciel : Sonic Youth : Teenage Riot (Album : Live Paradiso Amsterdam 2004 (tout le concert est disponible))



All is quiet on... (air connu). 2007. Son cortège de voiture brûlées. Il fut un temps où je pensais qu'on ne dépasserait pas 1984. Hier soir, on buvait un thé en écoutant Dondestan. Il y a bien un jour où la planète nous crachera à la gueule. On s'est promené sur les quais hier, le long des bouquinistes. Un jour il faudra quitter les villes. I hope it works out my way, 'Cause it's getting kind of quiet in my city's head.
Quand le disque fut fini, j'ai commencé Marelle de Cortazar. On peut lire ce livre de deux manières. Soit linéaire, en lisant les chapitres 1 à 56, et en oubliant les chapitres dont on peut se passer comme il est écrit; soit en commençant au chapitre 73, puis le 1, le 2, le 116, le 3, le 84... Je préfère les chemins qui serpentent, j'ai débuté le livre au n° 73. Je crois que j'ai bien fait.

"Tout est écriture, c'est-à-dire fable. Mais à quoi nous sert la vérité qui rassure l'honnête propriétaire ? Notre seule vérité possible doit être invention, c'est-à-dire écriture, littérature, peinture, sculpture, agriculture, pisciculture, toutes les "tures" de ce monde. Les valeurs, des tures, la sainteté, une ture, la société, une ture, l'amour, une pure ture, la beauté, la ture des tures.
[...] C'est ainsi que Paris nous détruit lentement, délicieusement, nous broie avec les fleurs fanées et les nappes en papier tachées de vin, avec son feu sans couleur qui court à la nuit tombante, sortant des portails vermoulus. Nous sommes embrasés d'un feu inventé, d'une incandescente ture, d'un artifice de l'espèce, d'une cité qui est la Grande vis, horrible aiguille avec son chas nocturne par où passe le fil de la Seine."