samedi, décembre 30, 2006
142 One more year : Mojave 3 : Most Days (Album : Puzzles like you 2006)



142 chansons pour une année mouvementée. Un bon mouvement.
Dans quelques semaines cela fera cinq ans que j'écris en ligne sur un blogue. Il y en aura eu trois au total. Le premier s'est dissous dans l'espace. Le 2ème, une statue de sel.
Cinq années. Et moi qui n'écrivait pas. Avant.
Avant quoi?
Avant d'écrire.
Et maintenant?
Maintenant quoi?
Tu vas faire quoi maintenant? En 2007.
Je ne sais pas. Ecrire. Essayer.
Et trouver le temps de.
De quoi?
De plein de choses. Lire, écrire, chanter, voir, jouer, peindre, voyager. Pas seulement...
T'aimer aussi. Surtout.
Pour ne pas perdre le mouvement...

And some days I'm better than most
Most days I'm tied to the posts
Was so bad at being bad
mercredi, décembre 27, 2006
141 Aftermath : TV on the radio : I was a lover (Album : Return to cookie mountain 2006)



Je suis passé au centre commercial tout à l'heure avec ma fille, besoin d'encre pour l"imprimante. Un monde fou. Je hais les centres commerciaux. Je les hais encore plus lorsqu'ils sont bondés. J'ai dû faire un effort pour ne pas faire demi tour. Je me suis dit que ça ressemblait à un champ de bataille après un carnage. Avec tous ces blessés de noël venant échanger leurs cadeaux à la Fnuck, en rang serrés. Et tous ceux, frustrés du réveillon, venus acheter le présent qu'ils n'auront pas reçu. Quand j'étais ado, il y avait ce long morceau de ce groupe devenu ensuite inavouable, j'adorais ce disque à l'époque, les paroles disaient quelque part vers le milieu, wandering in the chaos the battle has left. Je me souviens toujours de ces paroles malgré toutes les années. C'était ça. Exactement ça tout à l'heure, en me dépêchant pour fuir cet endroit au plus vite. Je déteste les centres commerciaux, même hantés par les estropiés du réveillon, ils seront les sanctuaires de l'humanité occidentale, américanisée et ventripotente.
Tu es rentrée tout à l'heure. Enfin. Depuis deux ou trois jours je faisais des rêves désagréable, peut être juste parce que tu étais loin.
J'ai détesté ceux de la nuit dernière...
J'adore cette chanson.

I was a lover, before this war
held up in a luxury suite, behind a barricaded door
lundi, décembre 25, 2006
140 Headache memory : Smog : Whistling teapot (rag) (Album : The doctor came at dawn 1996)



Tout l'après-midi j'avais soigné ma migraine prémonitoire de l'ennui du réveillon à coup de disques de Smog. Derrière la fenêtre, le monde était en noir et blanc, comme une photo usée. Déjà.
Depuis maintenant trois ou quatre ans je redoute ce réveillon. Tous les ans je trouve ma mère et son compagnon un peu plus éloignés de tout en général et de la vie en particulier, comme enveloppés dans une sorte de boule de ouate transparente filtrant le monde extérieur. Comme si chaque année, un cran de plus dans l'engrenage de la vieillesse avait été franchi, avec cet irrémédiable cliquet empêchant tout retour en arrière.
Cette année j'en ai néanmoins profité pour récupérer deux grosses boites de photos anciennes. J'ai envie de faire le tri dans toute cette mémoire photographique, retrouver des personnes, des lieux, des souvenirs, des instantanés d'une banlieue disparue. Une part aussi de mon histoire, de ma vie. J'ai découvert ce matin qu'une seule des deux boites contient ce que je recherche mais il me restera néanmoins à examiner tous les négatifs noir et blanc qui remplissent une autre boite, ainsi que la myriade de petites boites en plastique jaune et blanc renfermant quelques années de diapositives. En fouillant ce matin, j'ai été un peu déçu de ne pas trouver plus de photos du quartier où j'ai grandi, du café de mes grands-parents. Mais il y a quand même un fond photographique intéressant que je vais devoir trier pour en faire quelque chose sans savoir encore vraiment quoi. Un grand nombre de photos datent du service militaire de mon père. Il devait s'ennuyer sévèrement en Allemagne durant dix-huit mois, en 1951 et 1952.
Il y a parfois au dos, les mots que ma mère et mon père s'échangeaient à distance. Des mots d'amour qu'il est toujours troublant de découvrir lorsque l'on sait que ce sont ceux de nos parents. Il était d'ailleurs peut être en train d'écrire à ma mère, sur cette photo magnifique datant de cette époque. Il a alors vingt ou vingt et un ans. Au dos il est inscrit Photo Sauer,Villingen, la ville Allemande où il était caserné et le nom du photographe ayant développé la pellicule.
Et puis il y a aussi tous ces clichés témoins des évènements familiaux, mariages, communions, baptêmes, ces congés payés des années cinquante ou soixante...
Tout ceci me fait prendre encore plus conscience du risque important de perte de mémoire collective qu'est la photographie numérique. Toutes ces photos que l'on conserve sur nos disques durs à la fiabilité proche de zéro. Toutes celles qui disparaîtront au prochain crash du disque dur, faute de sauvegarde fiable et d'impression systématique, comme c'était le cas pour la photo argentique. Le risque que nos enfants ne puissent regarder plus tard, et montrer à leurs propres enfants, la vie de parents qu'ils n'ont pas connus, est particulièrement élevé. Nous sabordons inconsciemment notre mémoire future en n'imprimant pas actuellement toutes nos photos numériques. Combien en restera t'il de visibles dans seulement dix ans? Ce matin de noël, j'ai montré à ma fille des images de son grand-père qu'elle n'aura jamais connu, des images de moi à son âge et même plus jeune. Des images de mes parents bien avant ma naissance. Je me suis dit qu'il fallait absolument que j'imprime les photos traînant un peu partout sur différents supports numériques, pour qu'elle aussi, un matin de noël, puisse faire la même chose avec ses enfants.
vendredi, décembre 22, 2006
139 Could you stop the noise : Low : Lullaby (Album : I could live in hope 1994)



J'ai toujours trouvé assez étranges les quelques jours qui précèdent ces fameuses fêtes de fin d'année. Cette atmosphère d'agitation vaine. Comme si on allait effacer la vacuité d'une année par cette gesticulation stérile. Je trouve plutôt que ces jours là sont propices au calme, au repli sur soi, au silence complice, au plaisir d'être à deux tranquillement en se parlant avec la peau.
J'ai eu l'impression cet après-midi, de ne pas avoir eu de moment calme comme cela depuis pas mal de temps. Comme du temps chapardé. J'ai allumé un des bâtonnets d'encens que j'avais achetés en rentrant ce midi, puisque je ne travaillais pas. Il y en avait d'essences assez variées. J'ai rempli deux sachets en prenant à chaque fois deux bâtonnets de chaque parfum dont le nom me faisait envie. Ylang-Ylang, Opium, bois d'orient, gingembre, bois de santal, j'en oublie plein. Sans noter le parfum correspondant à la couleur du bâtonnet. Pour les choisir au hasard. Je me souvenais juste que celui au cannabis était mauve. C'est un de ceux que j'ai allumé avant de me faire un thé à l'orange. Je pensais naïvement que cet encens aurait l'odeur si caractéristique du haschich de bonne qualité. Mais non. Le bâtonnet a dégagé une odeur d'encens classique, pas désagréable mais loin de ce que j'espérais...
J'ai écouté des disques, tranquillement, comme ça, en prenant bien soin de ne rien faire. J'ai mis le son fort, pour que les notes remplissent la pièce, comme une grosse bulle avalant tout l'espace, prête à craquer. J'ai repris du thé. Pour profiter de cet instant apaisé. Avec la voix de Mimi Parker figeant le temps, comme le bruit du vent sur les ailes d'un oiseau haut dans le ciel.
jeudi, décembre 21, 2006
138 Oh no : Animal Collective : Winters love (Album : Sung tongs 2004)



Voilà.
C'est l'hiver.
45 tours.
Et puis s'en vont...
lundi, décembre 18, 2006
137 Fatigue : Fujiya & Miyagi : Ankle Injuries (Album : Transparent things 2006)



Lundionretourneaubureaujen'enaipasenviepasdéjàpasmaintenantjevoulaisresteraulitdormirunpeurêvertedésir
eretpuisnonseleverencoretoujoursducoupj'étaisd'unehumeurdechienirascibleetbiensûrbiensûrlesgensdéfilentce
sjourslàcommes'ilslesavaienttousdessadiquescematinjevoulaisdormirunecentained'annéesdanslevelourssouter
rainencoreplusquandj'aivucecielsuintantmaisonyvac'estlundionretourneautravailmêmetrajetmêmegestestoujou
rspareilmêmesimoij'avaisenviedepeinturedecouleurjecroisparfoisetpeutêtreàtortqu'ilyaenmoideschosesquidoive
nts'exprimermaisjesuislentsilentqu'ilmefautdutempsmaisaulieudeçaleslundisjeretourneaubureauparcequ'ilfautb
ienmangeretpouvoiracheterdesdisquesdeslivresalorsonselèveetonyvamaissansenviel'envieestailleursbiensûrai
lleursletravailm'empêchedepenseretpasmoyendenerienfaireaujourd'huipasmoyencommesic'étaitfaitexprèslundi
onretourneaubureauunenouvellesemainedeperdueelleestàpeinecommencéemaisdéjàperduejeneferairiendeplu
squelasemainedernièrepourtantjecroisquesij'avaisletemlpsderespirerjepourraisétalermespenséessiçasetrouve
cen'estqu'unprétextebienentedujenesuispasfaitpourletravaildetoutemanièrejelesaisdepuislongtempslundilundi
onrepartaubureaudemauvaisehumeuralorspourquoijeferaisuneffortpourquetoutcecisoitlisiblenonvraimentnonlu
ndilundimoijevoulaisresteraulit.
dimanche, décembre 17, 2006
136 Neverland : Pit er Pat : Solstice (Album : Pyramids 2006)



C'est le solstice d'hiver dans quelques jours. Le jour le plus court. J'écoute Pit er Pat et leur nom me fait penser à Peter Pan qui ne voulait pas grandir.
Je ne sais pas si c'est à cause du rythme du piano électrique, mais c'est une chanson cinétique. A vrai dire, je ne sais pas si cela a un sens. A part que cette chanson illustrerait bien des images passées en accéléré. Des images de voyage. En couleur. En noir et blanc. Délavées. Ou éclatantes. De jour. De nuit. Des images de voyage, d'un voyage sans départ ni arrivée. Juste le voyage. Et les images qui tournent, tournent, tournent sur le rythme du piano électrique. Un drôle de disque. Une chanson cinétique. C'est idiot bien sûr. N'empêche. Un voyage. Sans départ. Sans arrivée. Juste le voyage.
Voilà. Le solstice, dans quelques jours. Et je pense à Peter Pan, qui ne voulait pas vieillir...
vendredi, décembre 15, 2006
135 Fog again : Stereolab : Les aimies des mêmes + French disko (Album : Oscillons from the Anti-sun 2005)

     

Je vais me répéter mais la brume de ce matin était belle.
Levés et partis tôt, les lampadaires peignaient la nuit dans un souffle orange. Stereolab en volutes dans la voiture. Ces matins d'hiver ont une ambiance un peu fantomatique. Je ne sais pourquoi mais cela me fait souvent penser à ces films de vampires, avec ces images de châteaux dans les Carpates, perdus dans un brouillard qui se veut inquiétant. Encore un cliché mais c'est étonnant de voir que ces images finissent par s'inscrire dans nos esprits comme un inconscient collectif. Comme l'image en contre plongée de la maison de Norman Bates dans Psycho et la silhouette d'Anthony Perkins en contre jour.
Hier soir au restaurant (foie gras, pinot noir en carafe, le reste...), j'avais l'impression que l'on fêtait quelque chose même si c'était juste hier soir, la fête d'hier soir. La fête d'être tous les deux et puis c'est tout, ça suffit finalement comme fête. Et les prémisses de la brume estompaient la gravité habituelle de la capitale. Peut être à cause de la fête sans raison d'hier soir aussi. Les fêtes sans raison ce sont peut être les plus belles mais ce n'était même pas une fête. Juste un moment. Heureux. Mais c'est peut être ça la fête. Et justement hier soir, au restaurant, en mangeant ce foie gras, il n'y a pas de rapport bien sûr mais c'est ça aussi qui me plait, les bifurcations brusques et subites de la pensée, je me suis dit il fallait que je le fasse pour elle, pour ma fille. Ecrire ces bouts de mémoire de ma vie. Comme ces rock memories de l'autre jour ou d'autres jours. Laisser une mémoire écrite. Juste pour elle. Faire ça. Ecrire au moins ça.
A moins que ce ne fut les vapeurs du vin, mais je trouvais cette idée belle...

"On voit bien mieux les yeux fermés
J'avais prévu de contempler la Terre avec mon espoir"
mercredi, décembre 13, 2006
134 Fog : The Fiery Furnaces : Black-Hearted Boy (Album : Bitter tea 2006)



Le brouillard me fait rêver. Je crois que c'est pour cela que je l'aime, c'est l'écran de tous les possibles. Il masque la décevante réalité du quotidien. Je pensais à ça, hier matin en glissant dans le coton sur ce bout de route entre la zone d'activité à droite et le terrain vague à gauche. Sûrement une coïncidence, mais hier soir, je commence, alors qu'il m'attend déjà depuis plus d'un an, W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec. Je l'ouvre et trouve cette citation de Raymond Queneau, en bas à droite de la page 11 qui n'est pas numérotée : Cette brume insensée où s'agitent des ombres, comment pourrais-je l'éclaircir? Il n'y a pas de hasard tu sais. Ca sort juste du brouillard.
Depuis hier j'écoute deux ou trois fois de suite cet album superbe des Fiery Furnaces. On ne sait jamais ce que l'on va trouver derrière la brume des notes. Parfois il y a deux ou trois chansons dans une seule. Imbriquées. Cela s'arrête. Ca repart. Des sons bizarres. Des synthés fous. Des jolis accords au piano. De la musique comme un monstre de carnaval à la démarche syncopée, crachant de la fumée. Comme du brouillard bizarre.
Ce matin il n'y avait plus de brouillard. Dans la voiture, sur cette même route, je te dis que je n'en peux plus de faire ce trajet tous les jours. De voir ce paysage mi urbain, mi industriel, le long du port de Bonneuil, ces tas de métaux rouillés empilés en vrac comme autant de cadavres, ces fumées blanches crachées par ces cheminées priapiques et ces cortèges de voitures tristes comme des corbillards. Toi, tu dis, sur le pont plus loin, au-dessus de la Marne, c'est beau quand le soleil se reflète dans l'eau. Je crois que je préfère le brouillard...
lundi, décembre 11, 2006
133 The Fall : Hood : September Brings The Autumn Dawn (Album : The cycle of days and seasons 1999)



C'est peut être ça le plus effrayant. Que décembre ne soit que le début de l'hiver. J'en ai trop empilé des hivers. Sombres, noirs, écrasants, étouffants. On n'a pas vécu cet automne. Pas comme je l'aurais voulu. Sans faire craquer les feuilles mortes de nos deux pas sur des rues pavées. Ou le long d'une rivière déjà en tumulte. Ou en écoutant Bryter layter de Nick Drake en buvant un chocolat chaud. Cet automne est passé, sans pouvoir vraiment respirer.
samedi, décembre 09, 2006
132 Rock memories Chapitre x : Lou Reed : Kicks (AlbumBootleg : Leave me Alone 1976)



Rory Gallagher... j'ai pas écouté ça depuis... pffff plus que ça même... pas loin de trente ans... ça semble tellement loin... l'album qu'écoutait Abraham, c'est un live de 74 enregistré en Irlande, la terre natale de Rory... c'était un foutu alcoolique ce type, il en est mort d'ailleurs. Il s'était même fait greffer un nouveau foie, pour recommencer à picoler comme jamais...
je me souviens de cet été, 77 ou 78, 77 plus probablement, où la 2ème chaîne avait diffusé assez tard un film sur la tournée Irlandaise de 74 où a été enregistré ce disque. Mes parents étaient couchés depuis longtemps, j'étais tranquille.
Il faisait chaud et en même temps que je regardais les images baignant la pièce dans un halo de lumière dansante, je n'arrêtais pas d'aller sur le balcon ouvert de l'appart familial pour mater la voisine de l'autre coté des deux rues parallèles nous séparant, et qui venait, elle aussi, par moment sur le balcon pour prendre la fraîcheur. Je crois que j'étais un peu amoureux de cette fille qui devait avoir plus de 10 ans que moi (j'en avais 16).
En tout cas elle me faisait bander. On peut dire ça comme on veut, en y ajoutant tout le romantisme que l'on souhaite mais la réalité c'était ça. Elle me faisait bander cette fille lorsque le soir elle regardait les voitures passer sous son balcon, écoutant les bruits du bistrot juste sous son appart et qui restait ouvert tard, draguant tous les poivrots du coin venant se finir avant de rentrer chez eux. Je crois que ce soir là elle avait une jupe blanche, un peu longue mais ample, une jupe d'été, et un petit débardeur marron. Peut être que ça me vient de là finalement les débardeurs. A cause de cette voisine qui me faisait bander et fantasmer grave cet été là...

Il jouait sur une vieille strato toute pourrie le Rory. Toute usée, avec le vernis complètement écaillé. C'était pas une star à paillette. Juste un p'tit gars Irlandais qui picolait pas mal et jouait du blues sur sa guitare écaillée. Il y a une chanson qui s'appelle Too much alcohol sur ce disque d'ailleurs. Toute sa vie résumée dans ce titre en fait. A Ris Orangis, dans la banlieue parisienne, la banlieue lointaine, la pourrie, celle qui a poussée dans les années 60/70 au milieu de rien, il y a un club rock au milieu d'une zone commerciale et industrielle déprimante. Le Plan. C'est connu. Ils ont baptisé la rue devant le club, rue Rory Gallagher. Après sa mort. En Irlande, sa vielle strato écaillée est devenue une sculpture en bronze...
Et moi je loupais la moitié du film de la tournée de Rory pour essayer de mater ma voisine sur son balcon. A l'époque il n'y avait pas de magnétoscope, tu penses bien que j'aurais enregistré tout ça sinon, pour me le passer et repasser. J'enregistrais juste le son de la télé sur mon mini K7, un cadeau pour ma communion quelques années auparavant. Mais l'appel de la fille à la jupe blanche sur le balcon de l'autre coté des deux rues était parfois plus fort que la musique.
Deux rues parce qu'il y en avait une en contrebas, juste devant chez moi, et une au-dessus, parallèle, plus large montant vers le pont au-dessus des voies de chemin de fer. Je guettais pour voir si elle venait fumer une cigarette sur son balcon. Et je faisais pareil tu penses bien. Torse nu, en jean, la clope au bout du bras, pendant nonchalament le long du balcon. J'espérais qu'elle me voit. Les poivrots finissaient par sortir un à un du bistrot. Le documentaire s'est terminé et j'ai arrêté le magnéto K7 sur lequel j'enregistrais le concert. Si je n'avais pas l'image il me resterait au moins le son. Et puis je crois que la fille a dû aller se coucher mais comme elle avait laissé le balcon ouvert à cause de la chaleur, je n'en étais pas certain. Je suis resté un bout de temps en espérant la voir revenir ce soir là mais c'était peine perdue.

Je me réécoutais le concert, et quand j'ai pris conscience du fait qu'elle devait dormir il était sûrement très tard. Du coup je l'ai imaginée nue dans son lit et j'ai dû me remettre à bander. Je suis allé me coucher à ce moment là mais je me suis pas endormi avant d'avoir fantasmé sérieusement sur la voisine à jupe blanche et débardeur marron. Walk on hot coals, walk on hot coals, marche sur des charbons ardents, il avait une chanson qui s'appelait comme ça Rory, marche sur des charbons ardents, je l'écoutais tout le temps et il faisait chaud cet été là, peut être aussi parce que je n'arrêtais pas de bander dès que je pensais à la voisine sur son balcon. Alors nu sur mon lit, j'oubliais mes frustrations en longs jets nacrés sur mon ventre.

La fille sur son balcon je ne l'ai jamais croisée dans la rue. J'aurais bien voulu. Mais non. Jamais croisée. Ca n'aurait pas changé grand chose d'ailleurs parce que je lui aurais dit quoi? Je crois que j'espérais qu'elle m'ait vu de son balcon et qu'elle m'aborde en me disant Ah vous êtes le type d'en face, sur son balcon, qui écoute de la musique cool. Même si parfois lorsque les parents n'étaient pas là j'écoutais la musique fort, fenêtres ouvertes, ce n'était jamais à ce point là et je doute fort qu'elle ait entendu quoique ce soit (je me serais fait lyncher pas les voisins). Mais au moins je ne doutais pas de ça. Si je la croisais dans la rue, j'espérais qu'elle me dise ça. J'espérais bien plus forcément ensuite. Elle m'inviterait chez elle et après un verre et quelques mots, elle me sauterait dessus et nous ferions l'amour comme des bêtes sur son canapé ou sur le tapis (j'avais des variantes dans le scénario).

Je ne l'ai jamais croisée. J'ai continué à la regarder cet été là sur son balcon. Et puis un jour elle est venue sur le balcon avec un type qui m'a tout de suite déplu. Elle a déménagé quelques mois après. C'était sûrement ce qu'elle avait de mieux à faire. Elle ne me faisait plus bander. Et moi je n'écoutais plus Rory Gallagher...
Durant les vacances qui avaient suivies, j'avais fumé un joint avec le fils d'un collègue de mon père en écoutant There's a world de Neil Young en boucle. Ce type m'avait impressionné en m'expliquant qu'il lisait Nietzsche aux chiottes. Je trouvais ça tellement hallucinant, tellement original, et surtout tellement démentiellement cool, qu'en rentrant je m'étais précipité pour acheté Ainsi parlait Zarathoustra pour faire la même chose que lui. Durant des semaines j'ai lu quelques pages de Nietszche à chaque fois que j'allais aux toilettes. Je crois bien que je n'ai rien compris à ce livre que j'ai toujours. C'était un drôle d'été...
jeudi, décembre 07, 2006
131 Madness : Peter Paker Experience : Schizophrenia (Sonic Youth cover) (Album : Lp, EP's and bonus 2004)


"A quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer"
Emil Cioran : De l'inconvénient d'être né






(Vidéo de La maman et la putain de Diabologum (dont faisait partie Michel Cloup, (le Peter Parker de Peter Parker Experience si l'on veut) sur les images du film éponyme de Jean Eustache)
mercredi, décembre 06, 2006
130 Avez vous joui? : The Mountain Goats : In the hidden places (Album : Get lonely 2006)



C'est peut être parce que j'écoutais Le goût du jour cet après-midi en alignant des chiffres fatigués, avec cette chanson, Mieux vaut se taire, et j'adore ce disque et cette chanson (et Michel Cloup a un blog). C'est peut être pour cela que je n'arrive pas à trouver trois mots intelligents, ou pour le moins reflétant la sensibilité de cette belle chanson, sans tomber dans les poncifs classiques de la critique musicale. Alors je me tais. Et puis je tombe sur un billet improbable émergeant dans l'agrégateur, quelqu'un qui me demande si j'ai joui aujourd'hui. Il ne parle pas spécifiquement de sexe. J'ai été désarçonné par la question au premier abord. Ensuite je me suis dit non. Pas eu le temps. Et puis, en écoutant une troisième fois cette chanson, en essayant vainement de trouver quelques mots dérisoires à mettre sur cette musique, je me suis rendu compte que j'avais un petit frisson, invisible, caché, à chaque fois que j'entendais la montée des cordes après les mots in the hidden places et la respiration instrumentale qui suit, jusqu'à la reprise de la voix. Est-ce que j'ai joui, aujourd'hui?
lundi, décembre 04, 2006
129 Forgotten song : L'Altra : Soft connection + Certainty (Album : In the afternoon 2002)

    

J'ai pris ce disque aux coquelicots par hasard ce soir. Surtout parce qu'il était rangé près du Cold House de Hood, qui est un vrai disque d'hiver, pour demain dans la voiture, sous le ciel gris de décembre et je n'aime pas ce mois qui me fait vieillir et ses fêtes qui ne m'amusent plus. J'avais oublié qu'il était si beau ce disque. Ou sa beauté se découvre peut être uniquement certains jours, alors qu'on l'avait oublié depuis longtemps sur l'étagère, au milieu des autres, et je pensais aux disparu(e)s, aux oublié(e)s aujourd'hui. Un peu comme ces fleurs qui ne fleurissent que tous les quatre ans ou quand elles veulent. Il y a des beautés qui s'épanouissent dans la rareté...
J'avais écrit ce matin, en un seul jet, un grand texte, commentaire évaporé, qui deviendra peut être un chapitre de quelque chose pouvant éventuellement s'appeler rock memories mais qui finira plus sûrement aux oubliettes de la procrastination. Ou ici. Par paresse. Je n'ai pas de rigueur. Je n'ai pas de constance. Je préfère fermer les yeux sur de la musique aux coquelicots. Avec cette petite tristesse impuissante. Fermer les yeux. C'est tout.
dimanche, décembre 03, 2006
128 Forbidden song : David Byrne & Brian Eno : Qu'ran + The Jezebel spirit (Album : My life in the bush of ghosts 1981)
    

Dimanche. Il pleut du gris.
Qu'ran est une chanson interdite.
Il y a plus de 25 ans, David Byrne et Brian Eno enregistraient un album essentiellement essentiel, mêlant à leur musique des samples de voix de différentes provenance (un chanteur des montagnes Libanaises, un télé évangéliste, un chanteur populaire Egyptien...) à une époque où le sample était plutôt inconnu (et même si Holger Czukai l'avait déjà fait en 1969 sur Canaxis).
En 1981 sortait donc cet album extraordinaire dans tous les sens du terme qu'est My life in the bush of ghosts. Mais dès la première édition Cd (et peut être même sur certaines éditions vinyles), la première piste de la 2ème face, Qu'ran, est remplacée par un autre morceau (Very, very hungry). La voix samplée que l'on entend sur Qu'ran est celle d'un musulman Algérien chantant le Coran (Qu'ran). Mais le conseil Islamique de Grande Bretagne aurait demandé à la maison de disque de retirer la chanson sous prétexte que la musique serait haram (interdite) et contre les préceptes du Coran. Et Qu'ran a donc disparue. Inutile de dire qu'on ne la trouve pas non plus sur la (belle) réédition de cette année.
Comme j'ai du mal à concevoir que pour des prétextes religieux rétrogrades on ampute un chef d'oeuvre de la musique contemporaine, je l'ai enregistrée directement à partir de mon vinyle (d'où les petits craquements). Et comme il semblerait que religion et musique profane ne fassent pas bon ménage, The Jezebel spirit avait également eu droit à quelques tracas. Le sample original utilisé était celui d'un évangéliste illuminé (et mort) dont les descendants ont refusé l'utilisation d'un sermon. A la place on trouvera celui d'un exorciste inconnu. Le son de ma version pirate d'origine étant trop pourri, je mets la version officielle (et puis je ne vais pas me fâcher avec tout le monde le même jour).
Dimanche. Il a plu du gris. Je voulais raconter ça. Qu'ran est toujours une chanson interdite.

NOTA : Si vous voulez vous amusez, vous pouvez remixer entièrement Help me somebody et A secret life, Byrne et Eno mettant à disposition l'intégralité (respectivement 20 et 22 pistes) des différentes pistes des morceaux. Initiative assez rare pour être remarquée.
samedi, décembre 02, 2006
127 Flash back : Fred Frith : Morning song (Album : Step across the border 1990)


Je m'étais dit (je me dis beaucoup) que j'allais faire durant ce mois de décembre, une petite rétrospective de mon année musicale. Et puis, j'ai déjà raté le 1er jour. Tout ça part à vau-l'eau avant même d'avoir débuté.
Je me promenais sur mes mots éparpillés au fil des jours de cette année tout au long de cette page et... elle a commencé en mars mon année finalement. Le samedi 4 mars, après une nuit plutôt courte, j'écrivais je t'ai imaginée dans ton train. Je crois que c'est la suite que je n'aurais pas imaginée... On avait écouté le dernier Cat Power ce soir là...
Une rétrospective... Je me dis (je me dis beaucoup) que ce n'est pas mon truc. Ca demande trop de rigueur. Tout le monde fait ça. Ou va le faire. Je ne sais pas écrire sur la musique non plus. Juste l'écouter. C'est déjà beaucoup. Et puis hier je découvre cette chanson magnifique qui date de 1990 alors je la vole honteusement.
Hier soir, avant de m'endormir, je lisais ce livre de Douglas Coupland qui me fait penser à une chanson des Smiths et je me disais (je me dis beaucoup) que c'était là dessus que je devrais écrire un peu plus, sur ces histoires à la charnière de l'enfance et de l'adolescence et de l'adolescence et de la vie supposée adulte. Sur ces tournants de l'existence qui restent gravés dans les mémoires. Un truc dans le genre. Et puis je me suis endormi. Je devrais noter tout de suite les idées du soir, celles qui passent comme des étoiles filantes dans le sommeil qui s'installe lentement.
Finalement on ne va rien "rétrospecter" du tout. Ou alors n'importe comment. Il n'y a qu'à écouter la radio sinon. Je préfère me disperser... mais je me disais juste (je me dis beaucoup) que j'avais bien fait de t'imaginer dans ton train...