jeudi, novembre 30, 2006
126 Kafka on the shore : Beirut : The canals of our city (Album : Gulag Orkestar 2006)


Que me reste t'il de Kafka? Je me suis posé cette question en écoutant Josef K qui ne collait pas à l'instant.
Que me reste t'il de Kafka? Je crois que ça m'est venu en lisant cet article d'Assouline.
Le Château. C'est la réponse. Le Château. Parce que son ambiance me fascine. Pour l'environnement, le décor, le château en lui-même, des personnages à part entière. Plus que Le Procès, qui me donne trop envie d'hurler, ou tout autre. Il me reste aussi son journal que je n'ai pas encore lu. L'image brumeuse en noir et blanc de Jeremy Irons avec le château, toujours le château, en arrière plan, dans ce film sûrement mineur. Un peu comme à Paris hier soir, où le toit du Panthéon se perdait dans la brume, comme les quais de Seine avec ces halos de lumière orange autour des lampadaires. Et l'envie d'aller à Prague. Même si c'est devenu d'un banal maintenant. Il aurait fallu braver le rideau de fer pour avoir une vision réellement Kafkaïenne de la ville, grise des cendres de Jan Palach.
Il faudrait que je relise Kafka. Je l'ai lu il y a si longtemps. Mon regard, a tellement changé depuis, je perçois les choses plus intensément sans cette gangue de torpeur mièvre qui m'étouffait, ma métamorphose... Le relire avec des yeux plus ouverts.
Mais où trouver le temps pour lire tous livres en écoutant tous ces disques, avant de finir en poussière… j'ai posé au moins cent fois cette question déjà… penser à acheter le Journal de Kafka. Une lecture d'hiver peut être. J'ai arrêté Josef K. Mis Beirut, plus judicieux.
Relire L'insoutenable légèreté de l'être de Kundera aussi, parce que j'en garde entre autre le souvenir d'un vieux cimetière juif situé sur une colline dominant Prague, et c'est étonnant parfois les paysages imaginaires révélés par la lecture. Même si je confonds peuy être et que ce n'est pas dans ce livre là je ne sais plus. Et puis je ne suis pas certain de l'avoir compris ce livre...
Prague malgré tout, peut être un jour, un jour ou deux, même si c'est trop tard…

Il est tout de même étrange qu'en se réveillant le matin on retrouve tout, du moins en général, exactement à la même place que la veille. On a été pourtant dans le sommeil et dans le rêve, dans un état tout différent de celui de l'homme éveillé, et il faut une présence d'esprit infinie, un sens étonnant de la riposte, pour situer tout ce qui est là, dès qu'on ouvre les yeux, à la même place que la veille. Aussi le moment du réveil est-il le plus risqué de la journée et une fois ce moment surmonté sans qu'on ait été changé de place on n'a plus à s'inquiéter le reste du jour.
Franz Kafka : Le procès
lundi, novembre 27, 2006
125 Emily play : Wire : I should have known better (Album : 154 1979)
125bis : Joanna Newsom : Emily (Album : Ys 2006)
     

C'est peut être bien vrai. La société du spectacle. J'ai toujours rêvé de ça. Me donner en spectacle. Là. Au milieu. Le centre de l'attention de tout le monde. Peut être qu'écrire ici était bien entendu une manière de le faire un peu. Un Spectacle. Inconsciemment.
Je dis ça parce que le nombre de lecteurs de cette page se réduit comme peau de chagrin. Et pour être totalement honnête cela me chagrine un peu quelque part. Comme toujours c'est dans l'absence que l'on se rend compte des présences nécessaires. C'est parce que Google ne m'envoie plus grand monde. Même si ce n'était que pour la page de la radio. Un public qui n'était qu'illusoire certes, mais il est parfois agréable de se bercer d'illusions.
Peut être aussi parce que cette page est moins un spectacle depuis quelques mois. En même temps, lorsque l'on ne cherche pas l'audience, il est peut être logique de ne pas en avoir. Surtout quand l'intérêt de ce que je peux offrir est relativement inexistant. J'ai toujours dit que j'écrivais pour moi. Par besoin. Pendant longtemps. Maintenant sûrement plus par plaisir. Mais entretenir l'illusion d'un regard extérieur comme témoin muet de mes divagations participait quand même au liant de la sauce aigre-douce de mes misérables éjaculations verbales égocentriques.


Il y a une certaine désaffection de cet endroit. J'avais écrit quelques phrases là dessus ce matin, dans le bureau un peu froid parce que le chauffage ne fonctionne pas le week-end. J'avais tout jeté. Et puis finalement je biffe. C'est plus juste.
J'ai froid, une sensation acérée, cruelle presque avec le ciel bleu de ce matin. Un matin Wire. Je dis ça comme ça mais c'est la musique qui m'est venu à l'esprit. Un matin Wire et je prends bien conscience que plus le monde me fait peur et plus la musique m'obsède. Mais au bureau je n'ai que Pink Flag alors que l'atmosphère est à 154 ou à Chairs Missing. Pour donner une idée de l'obsession.

Alors je mets trois fois de suite la belle Emily de Joanna Newsom parce que c'est d'une beauté étrange hors du monde actuel, avec sa harpe de conte de fées qui pleure des larmes amères. A l'opposé de Wire et pourtant proche, en un sens que je suis peut être le seul à voir sans pourtant l'expliquer. Les cordes chatoyantes de Van Dyke Parks contre les guitares glacées du post punk en mutation. A moins que cela soit en raison du mix de Jim O'Rourke. Dans quelles circonvolutions de mon cerveau se perd ma pensée pour trouver Emily proche de Wire. Ou bien sont-ce seulement des inepties du lundi. Ou juste son and I'm not ashamed to say I know you better en écho au I should have know better. Reste qu'Ys va bien avec le froid du bureau du lundi matin à défaut des plaques d'acier glacé de Wire. J'ai remis une nouvelle fois les 12 minutes et 8 secondes d'Emily et ses météorites parce que ça me donnait une drôle de sensation d'élévation, puisqu'il fait froid autant s'envoler. Je crois bien que j'écris n'importe quoi...


NOTA : Le nouveau player, s'il est moins esthétique que le précédent, a l'avantage d'être plus fonctionnel. La barre blanche en haut à droite du lecteur permet de régler le volume. De plus, la petite icone à droite avec le rectangle et la flèche vers le bas permet de télécharger le fichier. Il suffit alors de le renommer en .mp3 pour en faire ce que vous voulez en sachant bien entendu que tout cela n'existe pas et est interdit bla bla bla...
samedi, novembre 25, 2006
124 Sampled : Isaac Hayes : Medley: Ike's Rap II/Help Me Love (Album : Black Moses 1971)


J'ai mis ce disque en rentrant de l'école ce matin. C'était étrange, ce vent et les couleurs jaune et rouille des feuilles. Presque chaud. Le vent. J'ai mis ce disque. Pas fort. Pour ne pas te réveiller.
Tout le monde connait Ike's rap II, le début de ce medley. I'm so tired, of playing, Playing with this bow and arrow. Joli sample. La pochette de ce disque, le vinyle, forcément le vinyle, est étonnante. Elle se déplie dans tous les sens, pour faire une sorte de poster assez grand en forme de croix, montrant Isaac Hayes en Moïse, les bras écartés. Un bel objet.
Tu dors toujours. Pour une fois je suis content de mon samedi matin à cause de la lumière tout à l'heure et de ce vent. Une sorte de vent jaune. Je ne sais pas. Ca m'a rappelé quelque chose certainement. Quelque chose d'agréable. Je pourrais aller me glisser dans le lit pour sentir ton corps chaud contre le mien mais je veux te laisser dormir. Tout à l'heure...
J'ai mis un disque improbable qui n'existe pas. Pour un instant improbable. Un samedi matin au vent jaune et rouille. Tiens un peu comme dans des romans Japonais. Je ne sais pas pourquoi. Mais un peu ça. Haruki Murakami. Ou Yoko Ogawa. D'autres encore. Des écrivains au vent jaune du samedi matin.
Je vais peut être me refaire un thé. Un piano déglingué résonne faiblement. Une voix papier de verre qui rape la peau encore endormie. Des limbes en évaporation. Comme le vent jaune. La lumière change derrière les rideaux. Toute en contraste.
Tu dors toujours.
jeudi, novembre 23, 2006
123 Saved : The Gun Club : Sex beat (Album : The fire of love 1981)


Trop de texte. Faire court.

Le 22 décembre. (First Annual Solstice Synchronized Global Orgasm for Peace)
Faisons l'amour et... SAUVONS LA PLANETE !!!
(on peut aussi commencer avant)(tout le temps en fait)
mercredi, novembre 22, 2006
122 Long goodbye : Mark Kozelek : What's next to the moon (*) (Album : What's next to the moon 2001)


Altman en poussière. Vision de Tom Waits en chauffeur indélicat. Sa femme repassant tout en faisant du téléphone rose. C'est dans lequel? oui, Short cuts. Et The long goodbye. D'après Chandler. Le Privé. Le revoir, juste pour Elliott Gould et son appart' étonnant avec ces filles hippies à coté ou bien est-ce juste ma mémoire... Cette vision de Los Angeles, décalée, Chandler… Garnier en avait écrit un superbe articleNashville aussi, pas revu depuis, depuis… Et forcément. M.A.S.H. Mais peut être faut-il avoir grandi dans les seventies… Suicide is painless... mais Le Privé... je ne saurais trop dire, j'étais ado, je n'avais pas encore lu l'article de Garnier quand j'ai vu le film... Philip Marlowe sous les traits d'Elliott Gould m'avait fait rêver par sa nonchalance naturelle... ou peut être juste la vision fugitive de filles aux seins nus... je me suis souvenu de ça... ce matin...

Mais malgré tout ça, malgré toutes les contingences, « The Long Good-Bye » est un film merveilleux et toxique. D'abord c'est un long poème à Los Angeles, comme « Taxi Driver » est un long poème à la nuit new-yorkaise. Comme avec «Taxi», la caméra de Vilmos Zsigmond est constamment en mouvement. De plus, Zsigmond utilisait - et pour la première fois - un procédé développé par Technicolor appelé «post-flashing », une méthode de développement et d'exposition de la pellicule qui réduit l'intensité des couleurs, leur donne un côté suranné; et la qualité de la photographie souligne à merveille le thème réel du film : le porte-à-faux. C'est une histoire des Années Cinquante qui se passe dans le L.A. de 1974. Marlowe est un déphasé. Il roule dans une vieille Lincoln de 1948 (ironiquement, il y a un passage dans « The Little Sister » où Marlowe peste contre les movie-stars et leurs Lincoln Continental). Tout le long du film il porte le même costume étriqué et la même cravate. Il est le seul à porter une cravate. Il est le seul à fumer à la chaîne dans cette époque de santé diététique et de bouffe biologique. Il est le seul à se raccrocher à son code de conduite. Plus dans le coup, Marlowe...
[...] Il y a tellement de private-jokes dans « Le Privé » qu'on croit souvent que les intentions d'Altman étaient purement satiriques; un aspect du film accentué par la campagne publicitaire du second lancement du film (qui, après un début catastrophique d'une semaine à Los Angeles et des critiques au vitriol, a bel et bien failli ne jamais quitter les coffres de United Artists. « The Long Good-Bye » fut lancé une seconde fois avec une campagne publicitaire axée sur la comédie et la satire - les affiches montraient Gould et son chat - et les critiques de New York tombèrent cul par dessus tête pour le film). En fait je crois que le propos d'Altman était plus ambitieux qu'on ne pense et qu'il y transparaît dans la version coupée. Et puis on oublie les procédés de maître employés dans le film: comme quand on voit Wade se suicider, on le voit reflété par la baie vitrée éclairée de l'intérieur; on voit Marlowe qui parle à Eileen Wade. Honnêteté fondamentale du metteur en scène : on ne peut pas (vraiment) voir ce que Marlowe ne voit pas.
[...] Ce qui a mis le plus de sel sur les plaies, en ce qui concerne les fidèles de Chandler, c'est qu'il ne reste rien des dialogues de Chandler, des fameuses comparaisons dévastatrices pour lesquelles il est célèbre. Gould se traîne tout le long du film en marmonnant des propos souvent inaudibles. « It's okay with me » est le seul leitmotiv reconnaissable. Mais là encore Altman est après tout fidèle, sinon à Chandler, du moins au roman de 1951. Dans le livre, Chandler se fait plaisir et, comme l'écrivain Wade, s'écrivait des petites notes à lui-même et se moquait de ses propres excès: « Encore quatre jours avant la pleine lune et il y a un carré de clair de lune sur le mur et il me regarde comme un gros oeil aveugle et laiteux, un oeil mort. Connerie. Foutues comparaisons idiotes. C'est ça les écrivains : faut que tout soit comme quelque chose d'autre... »


Philippe Garnier : Le long au revoir (Rock & Folk n° 146 Mars 79, collection personnelle KMS)

(*) : (Remarquable reprise d'AC/DC)
lundi, novembre 20, 2006
121 Délirium très mince : Dashiell Hedayat : Chrysler Rose (Album : Obsolete 1971)


Il y a des choses, des gens, des souvenirs, des lieux qu'on n'arrache pas du coeur... comme des restes d'affiches s'accrochant au mur...
J'ai une chrysler tout au fond de la cour, elle ne peux plus rouler mais,c'est là que je fais l'amour.
Je pensais à ça dans ce matin de novembre humide. Le vent balayait les feuilles jaunies sur la route et les trottoirs. Une sorte de poisse ruisselait sur les vitres de la voiture. Les Stones à peine adultes chantait Ne disparais pas, quelque chose d'un autre temps, une époque dont on a enterré depuis bien longtemps toutes les illusions. Ne disparais pas. Il faisait froid, il était trop tôt de toute manière, mal dormi. Je me demande parfois si les matins de novembre ne sont pas les pires.
Des vieux rêves, comme des restes d'affiches collés sur des vieux murs de banlieues grises, ou sur ces artères Parisiennes des arrondissements populaires et bigarrés. Des vieux rêves comme des choses qu'on n'arrache pas du coeur. Des bouts d'affiches. Je pensais à ça. Roulant sans réfléchir. Ne disparais pas. Des pensées comme des petites bouts de fil sur lesquels on n'arrive pas à tirer. Les pelotes que l'on voudrait bien dévider mais qui restent bloquées.
Les vieux rêves sont des carcasses rouillées, abandonnées sur des cales en bois au fond de cours aux pavés disjoints où l'herbe lutte pour survivre, derrière des portes de bois jaune vermoulu qui branlent sur leurs gonds. Des rêves rouillés mais pas oubliés. J'ai viré les Stones. Ne disparais pas. J'ai mis Pere Ubu à la place. Industriel et urbain. Comme les paysages que je traverse. Une odeur de caoutchouc brûlé venu de je ne sais où. J'ai tourné à droite.
Peut être qu'on cherche juste les jardins de notre enfance. Ceux où l'on s'écorchait les genoux, où les orties nous piquaient les chevilles et les mains. Où ces endroits, au fond des banlieues, cours, hangars, où l'on parquait des voitures, qu'on appelait peut être encore automobiles, celles qu'on ne sortait que le dimanche, et qui laissaient des traces d'huile comme des jets d'urine pour marquer leur territoire. Il y en avait un près de chez moi lorsque j'étais enfant, gardé par un vieux avec une jambe de bois qui me terrorisait.
Les vieux rêves...
Et puis le soleil s'est levé, le ciel est devenu rose et bleu.
Rose comme une chrysler.
Pas encore rose poussière.
Chrysler, chrysler rose, Elle repose sur jantes, abandonnée, Deux de ses roues sont voilées, Sa capote est déchirée.
Plus tard le rose a viré au gris fuyant. Jusqu'à ce que des gifles de pluie viennent claquer sur les trottoirs et sur les vitres, précipitant dans le caniveau, le suicide collectif des feuilles jaunies se jetant des branches.
C'est novembre.
Il y a des choses, des gens, des souvenirs, des lieux qu'on n'arrache pas du coeur... comme des restes d'affiches s'accrochant au mur.
C'est novembre.
Tu vois comme le temps passe.
Je n'ai pas de Chrysler mais je te fais l'amour pendant que le monde se décompose autour de nous.
Une Chrysler rose, Au 7ème ciel, A travers la capote déchirée
Je n'ai pas de Chrysler et je jouis en toi pendant qu'il en est encore temps.
Et au moment de monter Sally me dit, Ta Chrysler, Ouais ma Chrysler, Ta Chrysler est salement défoncée
Oui mais tout le Monde est défoncé...
samedi, novembre 18, 2006
120 Crazy time : Kevin Coyne : Lunatic (Album : Dynamite Daze 1978)


C'est fou.
Je n'ai même pas le temps de raconter.
Que je n'ai pas le temps.
C'est fou.
Pas le temps de parler de Kevin Coyne.
Un type un peu fou.
Pas assez connu.
Voire même.
Pas du tout.
Qui avait été infirmier.
Dans un asile de fous.
Qui jouait de la guitare à plat sur ses genoux.
J'avais trouvé ça fou.
Mais pas le temps.
De raconter que je n'ai pas le temps.
A devenir fou.
jeudi, novembre 16, 2006
119 Post Coïtum : Tom Waits : 2:19 (Album : Orphans 20/11/2007 (oui je sais)(c'est pas bien)(on a rien vu))


Bagarreurs, braillards et bâtards. C'est le sous titre. Brawlers, Bawlers, Bastards. Du disque. Enfin des trois disques. Qui n'existent pas. Sauf dans une déchirure du continuum spatio-temporel pour le moment. J'adore cette expression. Une déchirure du continuum spatio-temporel. Je ne suis pas certain de bien savoir ce que cela veut dire. Mais j'aime bien.
Bagarreurs, braillards et bâtards. Là j'ai mis un bagarreur. J'aurais pu mettre un braillard. Pas un bâtard. Pas eu le temps d'écouter les bâtards. Mais je me suis souvenu que j'ai découvert Tom Waits en même temps que Bukowski. Vers 77 je crois. A cause de Philippe Garnier qui avait traduit pour la première fois le deuxième, à peu près en même temps qu'il avait écrit un article sur le premier dans Rock & Folk, où il racontait, de mémoire, sa rencontre avec un Tom Waits (qui n'avait pas dû vendre plus de 17 disques en France à l'époque), dans un motel délabré avec un chic désuet d'un quartier interlope de Los Angeles. Piscine sale et cocktails forts. Dans le genre. Peut être que ce n'était pas la même année finalement, mais peu importe. De toute manière, la musique de l'un, avec sa voix éraillée par l'alcool et le tabac, va parfaitement avec la musique de l'autre, à la voix éraillée par le tabac et l'alcool, des gueules incroyables...
Et hier soir je me suis rendu compte d'une chose. Je lisais Bukowski après l'amour. La veille au soir également mais cela m'avait juste effleuré. Tandis que là. Hier soir. Après l'amour. Ca m'a frappé. Bukowski n'a pas la même saveur. Après l'amour. Sa lecture est plus douce. Mais en même temps plus vivante, plus présente. C'était une évidence, Bukowski se révèle post coïtum. Ca a l'air idiot dit comme ça, mais c'était ça, hier soir, après l'amour, éclairé par la petite lampe de chevet blanche posée à même le sol, pendant que tu t'endormais contre moi. Une évidence. Post coïtum, la lecture de Bukowski est plus savoureuse. Il faudra que j'essaye avec Tom Waits...
Ce soir je me demandais si les militants socialistes allaient voter avant ou après avoir goûté le beaujolais nouveau et en quelle quantité. Ca tient parfois à un coup de rouge une élection. Surtout à gauche...
Tout ça méritait bien un petit bagarreur, sale comme un poivrot, dans une déchirure du continuum spatio-temporel...
lundi, novembre 13, 2006
118 Body Haze : Modest Mouse : Heart cooks brain (Album : The lonesome crowded west 1997)



(Photos : KMS 2006) (il faut cliquer sur les photos...)

Les installations d'Ernesto Neto me font souvent penser à une végétation mutante envahissant les villes après l'extinction de l'espèce humaine. Comme une reconquête par la beauté. Avec cette petite part de rêve supplémentaire que constitue les odeurs généralement associées à ses formes, même si au Panthéon celles-ci se sont malheureusement évaporées. Mais j'ai le souvenir de l'odeur entêtante de clou de girofle de We stopped just here at the time, l'installation du musée d'art moderne.
Dans le Panthéon, on a parfois le sentiment de pénétrer dans une jungle rose et blanche, avec ces excroissances de chair molle et oubliée et ces ramifications tentaculaires envahissant l'espace (un Sculpteur d'espace comme le dit joliment ma chérie...). Une sorte d'invasion extra-terrestre pacifique et vaporeuse...

Note énervée : Je trouve totalement scandaleux que l'on fasse payer 7,5€ pour visiter le Panthéon, ce lieu qui abrite les grands hommes de la République selon l'expression consacrée, si les corps de ces hommes de lettres ou de science sont réunis à cet endroit, c'est pour le souvenir et l'exemple, cela me désole qu'ils aient un prix. D'ailleurs je trouve scandaleux d'une manière générale, que l'on doive payer pour entrer dans un musée public, la culture a malheureusement un prix et celui-ci est bien souvent trop élevé pour être à la portée de toutes les bourses et accessible à tous, ce qui devrait être sa vocation première
samedi, novembre 11, 2006
117 Folie ordinaire : Swell Maps : Gunboats (Album : A trip to Marineville 1979)


Il devait être un peu plus de 14h lorsque j'ai mis Trip to Marineville. Je n'aime pas les vendredis excités et là c'était un vendredi excité sans que je sache pourquoi. Les gens qui courent dans les couloirs et toutes ces questions qui me fatiguent. Je balayais les albums stockés sur le disque dur. C'est toujours difficile d'expliquer pourquoi on choisit tel album plutôt que tel autre. Vendredi. Les gens dans les couloirs et cet album qui sort des haut-parleurs. Ca avait commencé dès le matin, l'excitation, les questions, les gens pressés et moi comme eux finalement. Ca c'est juste calmé quand j'ai mis cet album. Et puis, doucement, je ne sais pas pourquoi je me suis dit que cela faisait longtemps que je n'avais pas lu Bukowski. C'est étrange d'avoir pensé au vieux Hank. Parce que la musique des Swell Maps me fait plus penser à Burroughs. Un peu à la bande son du Festin nu.
"La prolifération cellulaire totale débouche sur le cancer. La démocratie est cancérigène par essence, et les bureaux sont ses cancers vivants. Bureaux, services, offices, sections… Un bureau prend racine au hasard dans l’Etat, se mue bientôt en tumeur maligne, comme la Brigade des Stupéfiants, et commence à se reproduire sans relâche, multipliant sa propre souche à des dizaines d’exemplaires, et il finira par asphyxier son hôte, au sens biologique du terme, si on ne réussit pas à le neutraliser ou à l’éliminer à temps. Les bureaux, qui sont de nature purement parasitaire, ne peuvent subsister sans leur hôte, sans leur organisme nourricier…"
Il faut que je le relise ce livre je me suis dit. Et Bukowski aussi. Parce que c'est à lui que je pensais au départ. Le journal d'un vieux dégueulasse. J'avais oublié le bureau. Cette chanson à la ligne de basse entêtante avait gommé le reste. A chaque grincement de la guitare je plongeais un peu plus dans une dimension impalpable. Je me disais que dans un roman de Burroughs, mon esprit pourrait s'évader tandis qu'un homoncule gluant et lubrique prendrait ma place derrière l'écran. Je souriais à cette idée. Bukowski lui aurait sûrement déjà vomi sur le clavier. C'est ce que je me disais quand mon chef est entré. Ca m'a fait sourire il a dû se demander pourquoi. Mais l'image de ce vieux poivrot de Hank effondré sur le clavier au moment où mon chef rentre c'est un peu le choc des mondes. Il n'est pas resté assez longtemps pour trop brouiller mes pensées. Un vendredi excité, il a couru ailleurs. Moi je ne bougeais plus de ma place depuis que j'avais mis ce disque. J'ai remis cette chanson pour la deuxième ou la troisième fois de suite. J'étais bien, dans le ronronnement hypnotique de la basse, à penser aux livres de ces deux vieux cinglés. J'avais oublié les chiffres, les papiers et les guitares rouillées des Swell Maps sonnaient toujours à pas trop feutrés dans le bureau...
jeudi, novembre 09, 2006
116 No time : Gil Scott-Heron : The revolution will not be televised + Lady Day and John Coltrane (Album : Pieces of a man 1971)
   

Je crois que je voulais parler des débats télévisés des trois présidentiables socialistes… je n'en ai vu que des extraits, mais j'ai lu la retranscription de leurs propos… je me dis que la désignation du futur candidat socialiste sombre totalement dans l'irrationel... mais je ferme la parenthèse que je n'avais pas ouverte… pendant ce temps là le nain hargneux doit déjà se voir avec l'écharpe autour du coup... tout ceci est inquiétant...
Je pensais à ça à cause de cette chanson de Gil Scott-Heron sur cet album magnifique que tout le monde devrait posséder...
Je crois que je voulais parler également de L'attentat de Yasmina Khadra, terriblement dans l'actualité... et puis, et puis... l'esprit bridé par le travail, par la fatigue, mes pensées ne quittent pas le plancher où elles sont écrasées, il faudra attendre l'appel d'air qui me rendra le souffle qui me manque...
Alors du coup je mets deux chansons Une politique et une musicale (ça se dit ça? Des chansons musicales? C'est étrange de dire ça comme ça mais peu importe…). Parce que j'adore les sonorités de cette soul des seventies (ah la flute traversière de The Television will not..., ah le son du Fender Rhodes sur Lady Day...).
dimanche, novembre 05, 2006
115 Music memory : XTC : Senses working overtime (Album : English Settlement 1982)


On écoutait l'ipod en shuffle hier soir, ce matin, tout le temps en fait. Le moyen le plus simple d'emmener de la musique lorsque je suis chez ma chérie. Et puis j'aime les associations étonnantes qu'il fait parfois. Où sa manière de sortir une chanson à laquelle je n'aurais pas du tout pensé. Je regardais son petit écran et j'ai vu : 3 441 chansons. Mon ipod (rempli aux deux tiers) a dans son ventre trois mille quatre cent quarante et une chansons. Plus de 9 jours de musique. Et là je me suis posé la question.
Combien?
Combien de chansons?
Quel est le nombre de chansons que je connais, que j'ai écoutées?
Sur itunes j'en ai 18 000 environ. Avec des doublons forcément en raison des versions live etc. Disons 17 000.
Je ne sais pas combien j'ai de disques. Je ne les collectionne pas alors je ne les compte pas. Je les écoute.
En gros il est possible que j'aie, vinyles et cd's confondus, au vu de l'encombrement et des piles qui envahissent mon salon, dans les 3000 albums au maximum (on est bien loin des plus de 25 000 albums de John Peel).
En comptant une moyenne de 12 chansons par album cela ferait, 3000 x 12 chansons, 36 000 chansons. Evaluons grosso-modo à 12 000 les chansons sur itunes que je n'ai pas en cd ou en vinyle. On arrive environ à près de 50 000 chansons. Sans compter toutes celles que j'ai déjà entendues, que je suis capable plus ou moins de reconnaître, mais que je ne possède pas.
Et là, une autre question me vient à l'esprit :
Comment fait le cerveau pour enregistrer la plupart de ces chansons et me permettre de les reconnaître plus ou moins rapidement (mais pas dans tous les cas non plus)?
Je me suis alors demandé ce qui me permettait d'identifier une chanson :
La mélodie.
Les orchestrations, les harmonies.
Le rythme.
Le son.
Le timbre de la voix du chanteur.
Les paroles.
La tonalité de la chanson (???).
Les émotions ressenties (???).
Et surtout, comment le cerveau analyse le contenu d'une chanson et le "classe" pour qu'il puisse m'indiquer le titre, ou pour le moins, l'interprète de la chanson?
Il semblerait à la lecture de cet article paru dans la revue Nature, que le cerveau dispose d'un cortex auditif primaire, secondaire et tertiaire. Le cortex auditif primaire traiterait la hauteur et le volume des sons perçus par l'oreille et n'aurait pas d'autre fonction. Le cortex auditif secondaire lui, identifierait (et enregistrerait???) les séquences harmoniques, mélodiques et rythmiques de la musique. Le cortex auditif tertiaire intègre lui, ces éléments dans une perception globale de la musique (dois-je comprendre les émotions?)(voir également ici et cette somme d'articles). Il semblerait de plus que les musiciens aient un hémisphère cérébral droit plus développé que les autres. Donc je stockerais la musique à droite... Ca serait cette partie du cerveau, ce cortex auditif, qui me permettrait de reconnaître les chansons. Même si tout ça ne me dit pas comment le cerveau dissèque, classe et stocke quelque part ces informations et permet de les recouper avec la musique que j'entends à un instant donné...
Le plus important est peut être, plus que ces considérations en soit assez techniques, la diversité des émotions ressenties en écoutant ces chansons, quels souvenirs, quels sentiments elles stimulent, quelle chimie elles mettent en oeuvre dans le cerveau pour finalement me faire ressentir du plaisir. Parce que la finalité est bien là, au niveau du plaisir.
Du coup, j'ai commandé sur amazon This is your brain on music de Daniel J. Levitin qui semble traiter plus de cette question.
Pour, peut être, comprendre un peu mieux les plaisirs divers et variés que peuvent faire naître en moi près de 50 000 chansons...

one, two, three, four, five senses working overtime
trying to taste the difference 'tween the lemons and limes
the pain and the pleasure and the church bells softly chime
jeudi, novembre 02, 2006
113 Tortured souls 1 : Xiu Xiu : Watermelon Vs. The Pineapple (Album : The Air Force 2006)

114 Tortured souls 2 : Xiu Xiu : Crank Heart (Album : Fabulous muscles 2004)

Il fait froid.
Un froid mordant ce matin.
Nous offrant des cieux très clairs, très purs, et très beaux.
J'écoutais ces disques tout à l'heure, en remplissant des cases de chiffres ennuyeux, regardant le ciel magnifique, drapé dans des jaunes, des oranges, des ors, un crépuscule étincelant, en harmonie avec la pénombre du bureau, faiblement éclairé par la lumière jaune de la lampe de bureau.
Les chansons de Xiu Xiu ont une beauté particulière. Violente. Organique. Un peu cruelle. Dérangeante. Une musique belle et grinçante à la fois. Des chansons comme des morsures parfois.
Qui me fait penser à la peinture de Francis Bacon.
Encore une association.
Mais j'aime bien les associations.
Comme celle des couleurs embrasant le ciel ce soir...






Francis Bacon : Head VI, 1949
Nota : Le système de commentaires chie dans la colle dysfonctionne à priori. J'en ai installé un nouveau mais de ce fait, les anciens commentaires n'apparaîssent plus...
mercredi, novembre 01, 2006
112 Pet cemetery : Tom Waits : Yesterday is here (Album : Frank's wild years 1987)


En passant devant le cimetière ce matin, avec ces fleurs aux couleurs ternes étalées devant le mur gris, je pensais aux mauvais novembre noirs de ces quatre dernières années...
Le soleil servait de linceul à ce passé enterré.
Yesterday don't matter if it's gone