mardi, août 29, 2006
85 Rain song : Harry Nilsson : One (Album : Aerial ballet 1968)


Il pleuvait. J'écoutais cet album dans la voiture comme un parapluie. Je me suis dit que je devrais mettre plus de musique, même si probablement peu de monde écoute mes chansons. La voix d'Harry Nilsson avait l'avantage d'adoucir légèrement l'amertume de cet automne qui s'annonce déjà bien assez long pour ne pas être précoce. Parler plus des chansons. Je pensais à ça hier soir tard en lisant Je, la mort et le rock'n roll, pendant que tu dormais contre moi. La pluie brouillait ma vision au travers du pare-brise et les petits accords répétitifs du piano étaient tout simplement parfaits, là, tout de suite, sur le pont de Sully. J'aimerais pouvoir un jour capturer, d'une manière ou d'une autre, la fusion qui peut s'opérer entre un instant précis, les sentiments qui l'accompagnent, l'atmosphère générale, comme de toucher une peau douce avec des doigts humides, et des notes de musique écrites dans un contexte totalement différent il y a un bon paquet d'années. Juste essayer de fixer la fusion des molécules impalpables qui s'opère dans ces moments et vient déposer des sédiments granuleux sur les plaques de la mémoire. Parce que je sais que lorsque je repasserais le pont de Sully un autre jour pluvieux, je repenserais à cette chanson. Comme lorsque l'on associe un disque à un livre lu. Enfin du moins, c'est le genre de chose qui m'arrive souvent. Alors plus de chansons, comme des instantannés un peu flous, collés, enchevétrés, sur un panneau de liège, et je crois que je vais faire ça aussi, au-dessus du piano. Parce qu'every picture tells a story. Comme les chansons...
lundi, août 28, 2006
84 200 songs : The Byrds : Eight miles hight (Album : Fifth dimension 1966)


On a écouté les 200 greatest songs of the sixties de Pitchfork ce weekend (il y a des manques)(terrible)(pas de Pale Blue Eyes, pas de Hey Jude, pas de Ballad of the thin man)(do you Mister Jones?)(il en manque plein)(mais c'était bien quand même) (je mets des parenthèse à cause d'Abraham)(il fait ping alors je fais pong), en partant de la 200ème jusqu'à la première.
Il pleut gris ce matin. Gris pourri. Ou gris vide. C'est sûrement ça, gris vide.
Il y a un solo Coltranien dans cette chanson, à la Rickenbacker 12 cordes (109ème place)(ça méritait mieux)(nettement). C'est tellement bien les oyseaux. Surtout quand il fait gris vide.
On approchait de la 50ème chanson hier après-midi. On en a loupé quelques unes, il a fallu revenir en arrière. On entend moins bien de la chambre. Pourtant on ne dormait pas...
jeudi, août 24, 2006
83 Dylan Dream : Bob Dylan : Absolutely Sweet Marie (Album : Blonde on Blonde 1966)


C'est étrange cette période un peu hors de tout et pourtant je ne voudrais pas qu'elle se termine déjà que la folie habituelle vaine inutile étouffante recommence là bientôt malheureusement sous peu trop vite avec les gens qui rentrent la rentrée c'est le truc la rentrée je n'en veux pas de la rentrée moi je voudrais rester comme ça même si c'est une période un peu hors de tout qui étonne parfois et on peut respirer peut être juste qu'on en perd l'habitude justement de respirer et je crois que j'ai de plus en plus de mal au fil des années à supporter ça. La rentrée.
C'est étrange. Cette période. Un petit sentiment de liberté supplémentaire ou tout court. Une pointe de goût qui relève et change tout. Comme ce vinaigre particulier dans ta salade au restaurant samedi soir.
J'ai "Yo La Tangué" toute la journée. Journée passée comme ça. Semolina pilchard et têtes d'œuf l'autre soir. Je pensais bientôt trop tôt tu ne seras plus là tous les soirs. Pain aux abricots. Rêve de guitare au soleil. On tremble parfois parce qu'il faut trembler un peu pour ne pas s'endormir. Ou s'oublier.
C'est un bel été.
Avec ton ventre doré.

Et puis j'ai rêvé de Bob Dylan la nuit dernière. David était là également. Bob était silencieux, un peu taciturne. Il avait sa tête des années 70. Le visage quand même plus marqué. Curieusement nous étions dans mon ancienne chambre chez ma mère. Tous les trois, dans cette petite pièce, avec Bob assis sur mon petit lit une personne. Je n'en revenais pas. Bob à la maison !!!
Il a attrapé mon exemplaire de Blonde on blonde, a sorti un des vinyles de la pochette et a marmonné de sa voix unique un "Ya… ya mono version… the best… ya… mono the best…ya" et s'est mis à le signer avec de grands gestes sans avoir à lui demander. On a joué de la basse ensuite, une vieille Fender bleue fatiguée, avec des cordes oxydées, détendues, effilochées, sans la brancher. Ca faisait ploc ploc avec le buzz caractéristique des cordes frisant sur les frettes. Bob restait de marbre. Il me demandait si j'avais internet et si je pouvais faire des recherches google pour lui, il pointait du doigt sur l'écran les sites qu'il voulait voir. On a ramené Bob à la gare ensuite. Ca nous faisait bizarre de le voir partir. Comme si un fantôme nous avait visité. A mon réveil, j'ai failli aller regarder mon disque, pour vérifier si par hasard…

Ce matin, tu m'as dit tu as fait des bonds cette nuit. Peut être à cause de Bob dans ce rêve. Je ne sais pas. Tu as dit aussi je ne veux pas que ça passe trop vite.
Time is a jet plane, it moves too fast chante Dylan justement.
Je crains que si.
Ca passe trop vite…
lundi, août 21, 2006
82 Sunday afternoon : Dick Annegarn : Coutances (Album : Mireille 1975)

Des rêves en carton. De la maladresse touchante. Ou parce que les rêves et la maladresse me touchent. Par certains aspects, La science des rêves m'a évoqué Haruki Murakami.
Et puis, dans le film et pendant le générique on entend Coutances de Dick Annegarn. Une sorte d'extra-terrestre Belge aux mains de géant. Ca m'a touché encore plus, d'entendre cette chanson oubliée, comme sortie d'un vieux coffre au trésor. Des envies de Bruxelles avec toi qui flottent doucement dans ma tête. Le souvenir de Mireille, à la radio, assis à l'arrière de la D.S de mes parents, un dimanche en fin d'après-midi. Il y a tant d'années.
Parfois je me dis que le monde serait un peu différent si l'on avait un peu plus de goût pour des chansons comme celles d'Annegarn. Je rêve sûrement.
Ca m'a donné envie de faire des choses. Coutances et Gondry. Avec mes doigts. Avec mes mains malhabiles. Des notes. De la couleur. Des traits. Des images. Que sais-je. Des mélanges. Des choses imparfaites. Des idées dont la procrastination aura probablement raison.

Et puis on a cherché vainement la tombe de Caillebotte hier, dans les allées aux pavés disjoints du Père Lachaise...



(On clique pour voir en grand le dessin de David Scrima)
vendredi, août 18, 2006
81 Voyelles : The Beatles : While my guitar gently weeps (acoustic) (Album : Anthology 3 1996)

Il disait E blanc… I rouge…
E, candeurs des vapeurs et des tentes…
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
.
Je pensais comme le vent a soufflé en un an, de manières tellement différentes.
Difficile d'en comprendre le sens.
Et puis, maintenant.
Des couleurs.
Et ces moments d'apaisement.
Dans ces jours hors du temps.
Aux plaisirs renouvelés.
En découvrir d'autres.
Des nouveaux.
De nouveau.
Sans les mots, dans des silences éloquents. Bavards.
Aux sédiments reposés.
On regardait hier soir, ce DVD, avec les Beatles, gamins, dans les rues chaudes de Hambourg, ou à la recherche d'un accord de Si7 dans les rues de Liverpool. Et tu souriais. Tiens si j'avais les bras assez grands je repousserai le temps pour qu'il nous laisse là, tranquille, encore un peu plus longtemps.
Je pensais à une place de village sous les arbres. On était là.
Ca ressemblait à tout ça.
Beau comme cette chanson.

   Photo ©KMS
mercredi, août 16, 2006
80 Swedish delight : Charles Mingus : Better git it in your soul (Album : Mingus Ah Hum 1959)


Et puis le disque s'est arrêté et je suis resté dans le silence relatif du bureau. Stockholm est toujours aussi jolie. Même sous un peu de pluie. Je voulais que tu vois, je voulais te montrer. Dans l'avion qui nous ramenait hier soir, je repensais aux photos, envoyées l'année dernière. Et le temps qui coule inexorablement. J'écrivais ma vie, maintenant je la vis. C'est peut être ça aussi. J'ai des musiques qui reviennent parfois, sans explication, et pendant que l'on déambulait sur les chemins de Skansen j'avais ces notes qui tournoyaient. Peut être juste parce que cette musique brille et explose comme ces lueurs dans tes yeux. Un été teinté jazz. Juste parce qu'il est différent. Comme ces maisons typiques de bois rouge. Cet après-midi là j'ai photographié des fenêtres comme des sourires, même si ça ne veut rien dire.
jeudi, août 10, 2006
79 Aube free jazz : Ornette Coleman : Lonely Woman (Album : The shape of jazz to come 1959)


"Et maintenant des mares de sang barrent le courant de mes pensées et le sud halète dans ma tête et si je la remue tout le temps c’est pour le bercer.
Les plantes de mes pieds n’arrêtent pas de pousser, sur mes chevilles des oiseaux sont perchés dans leur hurlement immobile, et leur duvet déchu tapisse la douleur de défricher l’exil.
Mes pieds poussent vers toi déjà il m’est difficile d’avancer, et pourtant j’aimerai danser en ces temps où mêmes les jours sont d’obscures vendanges, taper de mes pieds écraser tuméfier jusqu’au jus sucré le butin de la colère, briser piler les bracelets de vignes les seins de raisins noués à tes hanches Jérusalem, j’aimerai tant danser car je suis la mariée, mes villages en noces sont de noirs cimetières, les caveaux de mes proches sont des tonneaux de sang ardent.
Comme un astre révélé par la combustion des éléments, mon corps se lève écartelé entre deux continents ; toutes ces terres paisibles s’étendant en dessous font d’étranges bûchers, ma peau lente ne finit pas de se séparer de mes os de se consumer et s’imprègne fossile sur la coquille des airs. D’être si loin de toi, je deviens quelquefois un inquiétant labyrinthe où les larmes mêmes sont dévorées par un monstre affligé. Lequel ?
Mes pieds poussent vers toi, suivent les fines lueurs de l’amour qui suintent à travers tes cloisons d’arbres et de vent, tes cellules d’océans que les lunes tourmentent, tes îles habitées par des mangeurs indifférents.
La nuit je suis fusée j’incendie une étoile en agonie et contemple à distance la douce rotation du présent. L’espace porte la terre comme un sac poubelle."


Ritta Baddour parmi les bombes (Allez lire)


"Je n’ai pas connu Dieu avant les satellites
A présent Dieu se mouche devant moi tout le temps
L’après-midi dans mon lit je gonfle mes prothèses Libanaises
Je me sens femme parmi les bombes."

Ritta Baddour : Fajr free jazz
mercredi, août 09, 2006
78 Entre les boutons : The Rolling Stones : Complicated (Album : Between the buttons 1967)


J'étais entre les boutons hier soir. D'habitude il y a sa peau. Entre les boutons de ses robes. J'attends. Cette semaine n'avance pas. Du temps inutile. Entre les boutons. En boucle. La superbe photo de Gered Mankowitz. Je pensais automne et manteau noir. Brume. Je pensais futur. Puisque ces jours je n'ai pas de présent. Entre les boutons.
Je pensais ce disque. Qui se révèle au fil des ans. Leur plus beau peut être. Je pensais. Figer l'instant. Les instants. A photographic memory for all he had heard. Je pensais. Je n'aime pas quand tu es loin.
Entre les boutons. La version Anglaise. Celle avec Back street girl. Sans les tubes. Un disque discret. Des chansons comme des fleurs séchées entre les pages d'un vieux livre.
Entre les boutons. Entre deux saisons. Yesterday don't matter, if it's gone. Entre les boutons. Et moi qui rêve de les défaire...

lundi, août 07, 2006
77 Strange day : Caetano Veloso : A little more blue (Album : Caetano Veloso 1971)


Ce matin j'ai remis des chaussettes pour la première fois depuis trois semaines. Ca peut paraître anodin. Je traîne mon ennui dans les bureaux quasi déserts. What am I doing here. Ils ont mis dans les toilettes une bombe bleue de désodorisant avec inscrit dessus Pacific breeze. La messagerie du bureau m'a automatiquement envoyé un mail disant Heureux de vous revoir. Pas moi. Je n'avais rien reçu me disant bonnes vacances avant mon départ. Ca peut paraître anodin. J'écoute de la musique sur les petits haut-parleurs du bureau. Ta peau que je ne peux toucher durant quelques jours, invisible et impalpable, glisse en souvenir sous mes doigts. Je veux changer les murs de la chambre. Comme effacer un peu plus le souvenir d'un moi disparu sans regret. Ca peut paraître anodin. Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime particulièrement la photo de la pochette de ce disque. Il y a l'exil en filigrane dans cette photo. Un déracinement. Une tristesse profonde. Une colère aussi. Là. Sous jacente. Il m'obsède depuis plusieurs jours. C'est étonnant parfois. Ces disques que l'on connaît déjà pourtant, et qui soudain semblent émerger d'une sorte de nébuleuse pour briller plus intensément. Et puis j'ai ressorti les deserter's songs de Mercury Rev aussi. Ca peut paraître anodin. Lorsque j'était enfant, je profitais du désoeuvrement aoûtien pour relire ma collection de Pif gadget, ado, celle de Best et Rock & Folk. Des après-midi, allongé dans la pénombre de la chambre, à relire ces magazines. Un par un. Chronologiquement. Je passerais bien mes après-midi à réécouter ma discothèque, méthodiquement, refaire un voyage dans le temps avec toutes ces musiques. Plutôt que d'attendre en espérant que cette eau veuille bien bouillir. Ca peut paraître anodin.
samedi, août 05, 2006
Carte postale #6

Rentrer. Rentré. Passé trop vite. L'élasticité du temps m'étonnera toujours. J'ai commencé à tirer sur le poil de la barbe de Robert Wyatt. Doucement. Un poil pousse lentement. Arthur's gone. Sale été pour les troubardours félés des sixties. Alone again. Ou bien. Forever changes. C'est peut être ça. Changer. Tout le temps. Ne pas s'arrêter.
Rentré. Repartir. Bientôt. Le temps passera encore trop vite.









mercredi, août 02, 2006
Carte postale #5

Rain down
Rain down
Come on rain down
On me
From a great height