jeudi, juin 29, 2006
69 So tired : The Gun Club : Brother and sister (Album : Miami 1982)


Le Gun Club et la voix de Jeffrey Lee Pierce. Je glisse dans la circulation comme un fantôme. La fatigue. Le métal glisse sur les cordes d'aciers. Je voudrais me débarrasser de mon corps. Le poser sur une chaise. Pour quelques heures. Retrouver un peu de force. J'ai le soleil dans les yeux, la fenêtre ouverte, je passe un court instant dans la forêt. Notre mère la terre, étonnez moi. Pas eu un moment pour toi ce matin. Course inutile. Les chansons défilent. Je me dis que je suis content de retourner dans cette ville avec toi. Virages. Croisements. Je remonte la vitre. Et cette voix, terrible. Les pavillons défilent. Guitares. J'ai besoin de la musique. Tout le temps. Des réminiscences d'hier soir, à peine le temps d'oublier ma destination. A gauche. A droite. Machinalement. Le poids de l'habitude. Je n'abandonne pas le soleil. Je le vois derrière le pare-brise. La rampe du parking. Déjà. Stop.
lundi, juin 26, 2006
68 Regard moderne : The Modern Lovers : She Cracked (Album : The Modern Lovers 1976)


Je regardais tes seins tout à l'heure, je les imaginais autant que je les regardais, légèrement découverts par ton tee-shirt, mais peut être que ce n'est pas un tee-shirt, j'ai du mal à nommer les habits c'est étrange d'ailleurs, peut être une malformation du cerveau, quelque chose comme cela, une zone d'ombre qui fait que je confonds toujours robe et jupe. Alors les vêtements hybrides je ne sais pas les nommer. Une sorte de tee-shirt décolleté. Voilà. Mais pas vraiment un tee shirt en fait. Il y a sûrement un joli nom. Peu importe. L'important c'est que je voyais la naissance de tes seins, un peu plus même. Je resterais longtemps comme ça à regarder ton décolleté.
J'ai mis le premier album des Modern Lovers de Jonathan Richman ce matin dans la voiture. Pas un mot sur cet album dans Please kill me. Pourtant une merveille de proto-punk Velveto-Stoogien. Un disque énorme. Peut être parce qu'il est sorti trop tard. 1976. Alors qu'il a été enregistré entre 71 et 72. Bien avant le premier n° de Punk, celui avec la caricature de Lou Reed en couverture. She cracked est la plus grande chanson à écouter le casque sur les oreilles en marchant dans la rue sous le soleil en regardant les filles. Je l'avais dans la tête ce disque hier soir, dans la pénombre de la chambre, peut être parce qu'on avait écouté Rock'n roll with The Modern Lovers dans l'après-midi. J'ai de la musique dans la tête après t'avoir fait l'amour. Je me disais c'est quoi des amants modernes. Je n'ai pas de réponse. Je n'ai jamais de réponse à ce genre de question. Est-ce que les amants modernes sont ceux qui ont conscience de l'importance et de la fragilité du désir? Je me disais je te désire modernement. Je ne sais pas ce que cela signifie mais je m'en fiche après tout pourquoi doit-il toujours y avoir un sens à nos pensées alors moi je te désire modernement juste parce que ça me plait. Je te désirais modernement tout à l'heure aussi en te regardant. Perdu dans les envies modernes que m'inspirait la vue de tes seins...
jeudi, juin 22, 2006
67 Can the can : The Fall : I am Damo Suzuki (Album : This nation's saving grace 1985)




Parfois je rêve. Souvent même. Je me dis que j'aurais tellement aimé, entre 15 et 25 ans (après aussi, bien sûr, mais surtout entre, lorsque j'avais du temps, le temps...), avoir à disposition, toute cette somme de musique, de culture, tout ce partage que permet internet...
mardi, juin 20, 2006
66 How to disappear : Thom Yorke : The Eraser (Album : The Eraser 07/2006 (hum))


Je crois que je ne suis plus capable d'écrire grand chose. J'allais dire, d'intéressant. Comme si tout ce que j'avais pu écrire avant l'était. Quelle prétention. D'intéressant pour moi. C'est ça. Pour moi. J'ai toujours écrit pour moi. Par besoin. On retrouvait ça dans l'évidence du caractère exutoire de cette (ces) page(s). Je n'avais rien à dire mais j'avais besoin de l'écrire. Le besoin a disparu et je n'ai toujours pas grand chose à dire. Tu m'apaises naturellement. Je redécouvre le plaisir d'une histoire simple.
Ils m'usent au bureau. Ils m'usent à refaire vingt fois la même chose. Ils m'usent par leurs questions incessantes. Ils m'usent et le répit n'arrive pas. Je voudrais qu'ils m'oublient, disparaître, juste pour eux. Une invisibilité sélective. M'effacer de cet environnement étouffant, de ce piège du toujours plus. N'y être que pour toi.
vendredi, juin 16, 2006
65 Do you wanna dance? : Danielson : Ship The Majestic Suffix (Album : Ships 2006)


C'est un détail me dis-je, j'aime les détails, mais l'autre soir, Ron Sexsmith a dessiné sur notre nappe chez Justine. Des détails. Je ne vis que pour les détails. J'adore ça. Les petits riens qui font les gros tout.
Ah me dis-je encore, je n'ai pas le temps. J'écoute le joyeux bordel foutraque et jouissif de Danielson, pour oublier tous ces gens dérangeants, contrariants au bureau. Jamais personne ne me demande ce que j'écoute, ils entendent pourtant parfois, souvent, le temps que je stoppe le lecteur après qu'ils soient entrés, ou parce que c'est un peu fort et que l'on entend du couloir, en passant. Jamais ils ne demandent. Sauf toi. Mais toi… Mais les autres. Au lieu de m'interroger sur des chiffres sans âme dont tout le monde se moque plus ou moins, ils pourraient me demander qui chante. Ils n'aiment pas la musique? Ils s'en fichent? Alors celle là tu penses bien. Pourtant c'était parfait pour ce vendredi ensoleillé. De quoi faire des farandoles dans le couloir. Mais ça ne se fait pas. Au bureau. Dommage. Un jour je mettrai Metal Machine Music. Fort. Juste pour le plaisir de voir leurs mines déconfites et lire l'incompréhension sur leurs visages. L'incompréhension. Au lieu de l'indifférence.
mardi, juin 13, 2006
64 Summer dress : Buzzcocks : Ever fallen in love? (Album : Lovebites 1978)


On est le 13 juin ça ne change rien. J'ai vu ton nom ce matin sur l'écran de l'ordinateur portable dans le camion de la médecine du travail. J'ai souris c'était idiot il n'y avait pas de raison mais j'ai souris juste en voyant ton nom, coincé entre deux autres dont je me moquais éperdument. Il y a des choses comme ça, des détails. Dans la voiture ce matin je repensais à l'année dernière et à tout ce désir rentré, ces mots cachés, je me suis dit que tu n'avais pas encore mis ta robe verte. J'en oublie certainement mais maintenant je pose mes mains sur ton ventre, tes fesses, ailleurs partout et parfois je n'ai pas de mots, juste des gestes, des phrases invisibles tracées par mes doigts sur les courbes de ton corps et c'est étrange parce que j'avais écrit cœur avant de me corriger. Les courbes de ton cœur c'est joli aussi...
L'année dernière tu étais déjà là tu ne le savais pas, alors quand j'ai vu ton nom sur l'écran de l'ordinateur portable dans le camion de la médecine du travail j'ai souris et je me suis dit que ce soir je te serrerai contre moi, je te ferai l'amour. L'assistant, celui qui fait passer les tests oculaires (il m'a dispensé), me parlait foot, le match d'aujourd'hui, les choix de l'entraîneur (il aurait mis trois attaquants)(lui)(l'assistant) dont je me contrefous. Moi je regardais ton nom, ta date de naissance, en lettres noires sur un fond bleu-verdâtre de mauvais goût mais je me suis dit qu'il ne fallait pas en espérer plus dans un camion de la médecine du travail. Je crois que juste de lire ton nom comme ça, ces onze lettres, ça m'a donné envie de toi. Et on entendait la radio, une radio périphérique sûrement, je ne sais même plus si on dit encore radio périphérique, quel est le nom du Dieu de la mer pour les Grecs a demandé l'animateur à la candidate au téléphone, j'ai dit Poséïdon et l'assistant m'a dit ah bon j'ai dit oui mais il ne m'a cru que lorsque l'animateur a donné la réponse.
Je suis sorti du camion de la médecine du travail j'étais apte, apte à passer trop de temps au bureau, pas besoin de voir un médecin pour ça. Et puis je t'ai vue dans le couloir avec ta robe flottant autour de tes jambes. J'ai regardé tes fesses dessinées par le tissu, tes hanches, j'ai pensé à cette chanson, Summer dress makes you more beautiful than the rest, voilà, c'était juste ça, juste comme ça. Alors c'est quoi sinon une belle journée aujourd'hui, on est le 13 juin et ça ne change rien il faisait 35° ce midi j'écoute Love bites, ça tombe bien, ça tombe bien…
Juste une belle journée.
lundi, juin 12, 2006
63 Blowin' in the wind : Talking Heads : Listening wind (Album : Remain in light 1980)


Combien de fois me suis-je assis, quelque part, solitaire, le regard perdu vers l'horizon, avec le vent courant sur ma peau, espérant un ailleurs meilleur...
C'est peut être pour cela que j'ai toujours aimé cette chanson sur ce magnifique album (dans mon top 20 sans hésitation).

Ils lui ont brûlé son histoire à cet indien.
Ils lui ont brûlé ses souvenirs.
Ils lui ont détruit sa dignité.
Il ne lui reste plus rien.
A part la poussière qui emplit son coeur.
Alors il s'assoit.
Et il écoute le vent.

He feels the presence of the wind around him
He feels the power of the past behind him
He has the knowledge of the wind to guide him...on.

The wind in my heart
The dust in my head
Drive them away










Zao Wou-Ki : Vent (1954) (Cliquez pour le voir en grand)
(Toujours à l'exposition l'envolée lyrique au Musée du Luxembourg)

vendredi, juin 09, 2006
62 Modern parade : Wolf Parade : Modern world (Album : Apologies to the Queen Mary 2005)


Luis Feito : Sans titre (1956)Il y a un trou dans ma vie.
C'est par là que je me suis enfui.
Pour quitter le gris.
C'est idiot, mais j'ai pensé à ça en regardant ce tableau avec toi.
Ce tableau qui me faisait penser à un désert de broussailles.
Balayé par le vent.
Avec un ciel lourd.
Chargé.
Inquiétant.
Peut être ce que j'ai laissé.
Derrière moi.
Quand je suis passé dans ce trou.
Le trou par lequel je me suis enfui.


Luis Feito : Sans titre 1956
(A la très belle exposition l'envolée lyrique au Musée du Luxembourg (jusqu'au 6 août))
mardi, juin 06, 2006
61 Old friends : Pavement : Embassy row (Album : Brighten the corners 1997)


Combien d'années qu'on ne s'est pas vu? Dix ans, plus, douze. Ou treize. Une éternité finalement. Les questions habituelles. D'usage. La famille. Les enfants. Le travail. "Tu travailles toujours là?". "Ce n'est pas important le travail pour toi alors". Non. La réponse est non. Alors elle demande "Mais qu'est-ce que tu fais à coté?". J'ai répondu Je vis. Je l'ai sentie déroutée par ma réponse. Son visage sur lequel les années ont laissé leur marque, a reflété son interrogation. Cela ne semblait rien signifier pour elle. Je vis. Ou du moins ces deux mots semblaient porteur d'un sens bien éloigné de son quotidien. Je la sentais, au fil des mots, toujours sur les rails de la vie qu'elle s'était tracée depuis longtemps, depuis ses études, alors que j'ai fait dérailler le train de mon existence depuis bien longtemps. Il s'est évaporé ailleurs, dans la nature, sans direction précise. Je vis. Ca veut dire des douleurs, ça veut dire des échecs. Mais ça veut aussi dire des joies, des plaisirs, des rencontres, des sensations intenses...
On s'est quittée sans promesses de se revoir ou de déjeuner ensemble, conscients de l'éloignement de nos deux mondes.
Souvent ce genre de rencontres nous fait sentir la morsure du temps passé. Etrangement, hier midi, devant cette boulangerie, face à cette fille que je n'avais pas vu depuis combien d'années, dix, plus, douze, ou treize, je me suis senti plus jeune…
jeudi, juin 01, 2006
60 Ah, she said : Jason Falkner : I live (Album : Presents author unknown 2003)


Je suis parfois légèrement désemparé devant cette sérénité nouvelle. Comme de ne plus sentir la gravité. Dans tous les sens du terme. Je n'ai plus la solitude introspective pour faire tourner les pensées, telle une dynamo diabolique. Je crois également que j'ai plus la pudeur du bonheur que de la tristesse.
Alors je vais monter le son de la musique pour couvrir le silence...