dimanche, mai 28, 2006
59 Légèreté : Death Cab for Cutie : Lightness (Album : Transatlanticism 2003)


Peut être juste que la vie devient plutôt douce comme cette chanson. Peut être que je n'ai pas le temps de penser à écrire. Peut être que j'aurais pu parler de Lunar Park de Bret Easton Ellis, excellent au demeurant. Peut être que mes mains se posent tout naturellement ailleurs que sur ce clavier...
mardi, mai 23, 2006
58 Painted by numbers : The Apartments : Paint the days white (Album : A life full of farewells 1995)


C'est peut être parce que j'aligne des chiffres toute la journée, sans qu'ils ne donnent de sens à mon existence, que je suis resté, un peu fasciné, devant une toile de Roman Opalka à l'exposition La force de l'art. Autant les toiles d'Opalka s'éclaircissent au fil du temps, pour atteindre le blanc infini, autant mes chiffres semblent s'assombrir jour après jour, déteignant trop souvent sur mon humeur par capillarité.
Ou bien était-ce seulement la beauté du fin canevas blanc tissé par ces chiffres dont on ne distingue l'existence qu'en s'approchant de la toile...

"Je voulais manifester le temps, son changement dans la durée, celui que montre la nature, mais d'une manière propre à l'homme, sujet conscient de sa présence définie par la mort : émotion de la vie dans la durée irréversible."

[...]J'ai donc pris la décision en 1972, après avoir dépassé le premier Million, d'éclaircir progressivement (1% environ) le fond gris foncé de chaque prochaine toile pour arriver, par cette osmose progressive entre le fond et les chiffres, au moment où les deux blancs vont se fondre, abolissant la différence entre une toile vierge et le Détail rempli d'un blanc pictural, le transformant par la durée en blanc mental-blanc mérité."
Roman Opalka
jeudi, mai 18, 2006
57 Penny Lane : The Go-Betweens : Streets of your town (Album : 16 lovers lane 1988)


Parfois j'ai peur. De rien, de tout. Juste du monde ou des gens. Ou juste de moi.
Je repense parfois à ma banlieue natale. Ces murs en déshérence, ces trottoirs toujours un peu défoncés, les arbres miteux, le gris toujours présent, les pierres effritées des murs, les pavillons de rien, de plus en plus rafistolés au fil des années, ces plaques d'herbe galeuses qui s'étendaient dans ces cours minuscules.
Je voudrais revoir cet arbre sur le chemin de l'école qui avait un noeud sur le tronc, à la hauteur de mes genoux d'enfants, et qui me permettait de grimper un peu le long de celui-ci. A quelle hauteur se trouve-t-il maintenant? L'arbre semble toujours être debout, je l'aperçois lors de mes rares visites chez ma mère. Je courais souvent le long de cet alignement d'arbre qui ne couvrait que la moitié de la rue, comme si la fin des arbres signifiait une ligne d'arrivée imaginaire. J'ai gagné bon nombre de sprints contre des coureurs fantômes sur cette portion de trottoir, matin midi et soir. Je courais même contre les voitures, en prenant de l'avance pour être certain de gagner.

A l'époque, il y avait quatre boulangeries dans le quartier, il n'en reste même pas une. La cité rouge au bout de la rue et je tournais à droite juste avant pour aller à l'école. Il y avait une boucherie, là, au coin, disparue depuis tellement de temps, avec son étal ouvert sur la rue et sa grille rouge métallique. L'odeur de la viande aussi. Surtout l'été. En face il y avait la boulangerie où l'on n'allait jamais sauf si on était obligé (la boulangère a les ongles noirs me répétait ma mère, elle est sale et pommadée, elle cache sa crasse sous son maquillage, je ne veux pas manger son pain).
Un marchand de couleur au croisement suivant. Même le nom est tombé en désuétude. Marchand de couleur. Pourtant c'était un joli métier marchand de couleur, presque un vendeur de rêve. La devanture du magasin n'était pas très large, en bois vert, du moins je la revois ainsi dans ma mémoire. Au travers des vitres poussiéreuses on apercevait les boîtes métalliques des pots de peintures empilés. On ne vend plus de couleur. On ne vend plus de rêve. Et puis une autre boulangerie, et dans ma mémoire il devait y avoir une petite épicerie accolée, sombre comme une cave, puis un café, un peu plus loin, qui lui existe toujours, repère des miséreux du coin, avec une cour encore plus pouilleuse qu'avant. Et puis là, je traversais pour accrocher le mur extérieur de l'école, avec mes doigts qui glissaient sur la rigole en béton du rebord. Il y avait une mercerie en face, juste avant de tourner à l'angle, étroite, façade jaune pisseux, mais c'était là où l'on achetait les rubans pour mettre autour des livres pour la remise des prix de fin d'année, le samedi après-midi, dans la cour, en présence des parents. A cette époque il y avait encore école le samedi après-midi et le mercredi était le jeudi.
Et puis, après avoir longé la façade de pierre avec ces grandes fenêtres trop hautes pour que l'on puisse voir à l'intérieur des classes, on arrivait sur la rue où était l'entrée de l'école. L'école des filles d'abord. Puis celle des garçons. Passé le porche et le hall minuscule avec son carrelage fatigué beige et bordeaux, on entrait dans la cour carrée. Un autre monde. Il faisait quoi ce chemin? 400m, 500m tout au plus. Combien de fois l'ai-je parcouru?

Parfois j'ai peur, alors je repense à ces rues, à ce chemin, sans trop savoir pourquoi, ni comprendre la raison de la résurgence de ces images passées.
mardi, mai 16, 2006
56 Plaques sensibles : The Black Heart Procession : Not just words (Album : The Spell 2006)


Pablo Picasso : Portrait de Dora MaarLa difficulté est finalement de ne pas parler de soi. De laisser de coté cet égo qui n'a même pas la surdimension qui justifierait un tel étalage. Nouvel exercice. Après avoir été le sujet quasi unique de mon écriture, mon moi s'efface. J'ai trop examiné mon nombril, il ne mérite plus tant d'égards. La difficulté est également de ne pas parler de nous. Je parlais de besoins, d'envies, là, juste en-dessous. L'écriture a longtemps été un besoin. Elle doit devenir une envie.

A l'exposition Dora Maar au musée Pablo Picasso, on peut voir des tirages photographiques obtenus à partir de plaques de verre sur lesquelles Picasso a peint des portraits de Dora Maar à la peinture blanche. Les plaques posées sur le papier photo et exposées sous la lumière de l'agrandisseur font office de pellicule. Le tirage obtenu ressemble à un négatif. Quelque chose d'inversé mais pas totalement. Juste le jeu de la lumière au travers des transparences plus ou moins marquées qui modifie la perception. Une réalité en contrepoint.
Après avoir longtemps fondu mes écrits au noir, je devrais peut être tenter de modifier les zones de transparences afin de donner un éclairage nouveau.

"Il faisait tellement noir à midi qu'on voyait les étoiles"
Pablo Picasso : Poème à Dora Maar
samedi, mai 13, 2006
55 Maggie's farm : Gang of four : Return the gift (Album : Entertainment 1979)


"Je trouve qu'un travail, ça doit rester purement alimentaire sinon c'est l'invasion. Le type qui prend son travail à coeur, qui adore ce qu'il fait pour gagner sa vie, il est foutu, il n'a plus envie de rien faire d'autre que de gagner sa vie. Il ne peut plus aller dans les bars, lire des tas de livres, parler et baiser avec sa fiancée, jouer aux courses. Il s'intéresse à son travail. Il est foutu."
Philippe Jaenada : La grande à bouche molle

Please send me evenings and weekends. Une semaine pourrie. Englouti sous le stress du bureau. Mes mots ont besoin d'errances de l'esprit la journée, pour parvenir à germination. Mes idées. Ma vie. Tout simplement. La machine me broie ces derniers temps. A finir par sombrer dans une sorte de déprime s'il n'y avait son sourire et tout le reste, hier soir, pour tout effacer. Il est temps que cette période se termine. J'ai envie de désirs. Pas de besoins. Et les désirs demandent du temps.

"L'Homme est un être de désir. Le travail ne peut qu'assouvir des besoins. Rares sont les privilégiés qui réussissent à satisfaire les seconds en répondant au premier. Ceux-là ne travaillent jamais."
Henri Laborit : Eloge de la fuite
mardi, mai 09, 2006
54 Sexual healing : Giant Drag : Smashing (Album : Hearts and Unicorns 2005)


Le petit motif au synthé tournait en boucle, obsessionnel, au même rythme que les gouttes d'eau venant s'écraser sur le pare-brise. Je me suis dit c'est un temps à faire à l'amour, lentement, sur le rythme de cette chanson. Peut être juste parce que j'avais juste envie de te faire l'amour. Peu importait le temps ou la chanson. Mais le rythme me plaisait. Je me suis demandé si mon rêve étrange de cette nuit ne venait pas de ce désir que j'avais pour toi hier soir. Je suis resté quelques temps, le regard flou, avant de démarrer, imaginant nos corps presque au ralenti, des gestes lents mais amples. Le bruissement de ta peau contre la mienne. J'ai rêvé, un instant, un après-midi langoureux, au bord de la mer, te faisant l'amour au rythme des vagues...
samedi, mai 06, 2006
53 Promenade Lisboète : Archie Bronson Outfit : Got To Get (Your Eyes) (Album : Der Dang Der Dang 2006)


J'ai vu Lisbonne et ses sept collines. J'ai vu les maisons jaunes, roses, bleues, les façades couvertes d'azulejos. J'ai marché en te tenant la main dans les rues étroites et tortueuses d'Alfama. J'ai grimpé des escaliers abrupts dans des travessas. J'ai vu de vieux Lisboètes assis silencieusement dans des cafés improbables, classés patrimonio municipal. J'ai pris l'eléctrico 28 pour monter au Castelo São Jorge qui domine toute la ville. J'ai marché le soir dans le Bairro Alto en grimpant la pente raide de l'elevadore Gloria qui était fermé. Je suis retrourné le soir dans Alfama pour y dîner en terrasse, près de l'igreja São Miguel où les enfants jouaient encore au football sur le parvis. J'ai vu le linge aux fenêtres et les vieilles femmes en noir. J'ai entendu s'élevant dans la nuit, la voix puissante de la chanteuse de Fado. J'ai vu un chien nonchalant traverser devant l'elevadore da Bica et ces gens assis sur des chaises devant leur porte. J'ai vu les merveilles de la Fundação Calouste Gulbenkian. J'ai mangé de la bacalhau grillée et du lapin frit aux coques. J'ai entendu des notes de guitares s'envoler dans le vent d'une cour du Castelo São Jorge. J'ai vu le Mosteiro dos Jeronimos (fermé)(primer de Maio). J'ai vu la mer de paille et le Tage se jeter dans l'océan. J'ai vu tes yeux bleus comme le ciel, briller comme des étoiles. J'ai goûté des pâtisseries croustillantes dans le Baixa. J'ai glissé sur les petits pavés de grès blanc et noir qui couvrent les trottoirs. Je n'ai pas osé en prendre un. Je me suis assis sur la praça do Principe Real. Je n'ai pas eu le temps de pousser jusqu'à Campo de Ourique pour y croiser un des personnages d'Antonio Lobo Antunes. J'ai revu les rues étroites et colorées, les travessas, les becas, les ruas où le temps semble s'arrêter. J'ai senti l'odeur des sardines que l'on fait griller dans la rue. J'ai senti le soleil me brûler la peau. J'ai aperçu tout ce que je n'ai pas encore vu, et qui fait que je reviendrai à Lisbonne. (et cliquez sur les photos).

     

  

     
mercredi, mai 03, 2006
52 Rua de Lisboa : Milton Nascimento : Dos Cruces (Album : Clube da Esquina 1972)



Lisbonne : Elevadore de Bica (Photo ©KMS 2006)