vendredi, avril 28, 2006
Intermède Lisboète et éphémère

Elliott Smith : : Supersonic (Oasis cover)  

Elliott Smith : Jealous guy (John Lennon cover)  


"Aujourd'hui encore, à quatre-vingt-un ans, car j'habite seul depuis que ma femme est morte dans une partie de maison à un quatrième étage sans ascenseur rue Ivens, quand je vais place Camoens tout en haut de la rue Alecrim pour regarder le Tage, aujourd'hui encore, quand je me promène dans Loreto jusqu'à l'ascenseur de la Bica et que vois la ville descendre au soleil vers les entrepôts la Ribeira, aujourd'hui encore, disais-je, je connais pas Lisbonne."
Antonio Lobo Antunes : L'ordre naturel des choses

L'art de la reprise avec Elliott Smith, le temps d'un long week-end sous d'autres cieux (bleus et ensoleillés)(normalement), dont un magnifique Jealous guy.
Une exposition à voir, à voir et à entendre pour ceux qui restent ici (sous la pluie).

mercredi, avril 26, 2006
Gone with the wind 51 : Casiotone for the painfully alone : Young shields (Album : Etiquette 2006)


J'écoutais cet album hier soir. Tard. A plus d'1h00 du matin. En mangeant des toasts grillés avec de la confiture de griottes. Puisque le sommeil ne venait pas. Il y a des musiques qui collent parfois parfaitement au moment. J'ai trouvé que celle-ci était idéale la nuit dernière. Dans la pièce seulement éclairée par l'écran. Comme deux faisceaux qui se croisent à un instant propice. Un disque c'est parfois une rencontre.
C'est étrange aussi. La tristesse. Elle laisse aussi un vide parfois quand elle s'en va. Ce n'est pas qu'on la regrette non loin de là. Pas du tout. Et il y a tellement d'autres sensations plus agréables qui ont pris plus que sa place. Mais c'est peut être juste un peu l'inquiétude de la voir réapparaître un soir. On se demande où elle a bien pu partir, si vite, subitement. Les séparations c'est souvent un peu comme ça. On pense à l'autre. On se demande ce qu'il devient. Même si on ne reviendrait pas en arrière.
Je parle de la tristesse. Pas de la mélancolie. Ca peut sembler subtil comme différence. Toujours est-il qu'elle est partie vivre sa vie ailleurs la tristesse. Je me disais ça hier soir, en écoutant ce groupe au nom improbable. Elle est partie. Elle a emmené une partie de mes mots avec elle. J'ai du mal à trouver les autres. C'est bien la seule chose embêtante.
lundi, avril 24, 2006
Memory can't wait 50 : Sonic Youth : Mote (Album : Goo 1990)


L'orage est venu subitement, comme si le ciel voulait nous surprendre. Des gouttes d'eau, lourdes, épaisses, lentes au début, puis le vent, en rafale, les nuages qui se vident violemment et la pluie qui fait des bulles. Je dis parfois, souvent, que cette page est ma mémoire. Des petits détails de rien, juste l'étincelle qui ranime le souvenir, le vrai, celui caché derrière le décor. Comme nos sourires trempés, les gouttes coulant sur nos visages et ce n'étaient pas des larmes ou juste celles du plaisir. Ou comme ces personnes au corps maladroit prenant un cours d'arts martiaux quelconque, samedi sous le soleil, dans le square du Bataclan. Je devrais raconter tout ça, en mots cachés subtils, pour ne rien découvrir, comme un drap noir recouvrant une sculpture dont on ne devine que les formes. Je devrais trouver ces mots, comme des instantanés dans un album d'un moment de vie. Je devrais aussi, raconter les guitares de Sonic Youth au Nouveau Casino l'autre soir, ce Mote en dernier rappel apocalyptique, l'impression de les voir jouer dans mon salon. Les dessins de Raymond Pettibon, dimanche encore, au milieu de cette exposition. Je devrais aussi dire, ses gestes, ses regards, ses... tellement... nos rires, sourires à regarder High-Fidelity, les pieds qui se frottent... Je devrais écrire tout cela si l'hydre du travail, avec ses têtes repoussant sans cesse ne m'étouffait pas en ce moment, dévorant les instants de vagabondage dont mon esprit a besoin... voilà, je devrais écrire tout ça, et même plus, pour ne pas perdre la mémoire...

i'm down in the daytime out of sight
coming in from dreamland i'm on fire
i can see it's all been here before
dream a dream that lies right at your door
vendredi, avril 21, 2006
Intermède publicitaire (et amical)

On est samedi (ou un autre jour)(c'est comme tu veux)(même dimanche, selon l'humeur). Tu t'ennuies. Tu vas te balader dans Paris. Vers Oberkampf. Et tes pas hasardeux te mênent rue Jean-Pierre Timbaud. Ca tombe bien. Tu vas jusqu'au 92 de la rue Jean-Pierre Timbaud, à la librairie-galerie En Marge. Histoire de voir l'exposition de David Scrima. Après avoir regardé les dessins, et ses (bientôt célèbres) belles pochettes peintes, tu en profites ensuite pour feuilleter (et acheter)(à prix modique), son livre La B.O de mes jours, où tu y trouveras plein de fabuleux dessins sur le rock.
On est samedi (ou un autre jour)(c'est comme tu veux)(même dimanche, selon l'humeur). Tu as acheté La B.O de mes jours, cela te donne envie d'écouter les disques et des artistes évoqués dans ce livre. Tu ne t'ennuies plus.



lundi, avril 17, 2006
Wet dreams 49 : My Bloody Valentine : Come in alone (Album : Loveless 1991)


Dans le demi sommeil.
Je te voyais dans un short orange. Rêvais-je encore.
Pourtant tes longues jambes.
Je pouvais presque les sentir. Sous mes mains.
Embrasser ton ventre doux.
Ton nombril.
Descendre.
Doucement. Plus bas.
Le short orange avait déjà disparu.
L'orange ce n'est pas persistant comme couleur.
Surtout dans les limbes du matin.
Demi-sommeil. Ou demi rêve.
Qui sait.
Le désir à fleur de sexe.
Descendre. Plus bas.
You know down there, where it counts comme dit Prince.
Et mes lèvres, ma langue...
Les ondulations de ton ventre.
Au gré de ma langue.
Comme une danse.
Encore. Plus.
Encore. Plus.
La pointe insistante sur.
Jusqu'à.
Et remonter.
Lentement.
Ton ventre.
Plus haut.
Attraper au passage.
Dans ma bouche.
Chair érectile.
Sentir ton ventre qui palpite.
Et mon.
Tendu.
Contre le tien.
Juste avant de.
Lentement.
Lentement.
Glisser un peu plus.
Entre tes cuisses.
Comme une fleur qui s'ouvre.
Cette sensation là.
Juste.
A ce moment là.
Lorsque je te.
Et puis.
Les reins.
En mouvement.
Dans mon esprit. Corps immobile.
Les yeux fermés.
Dans le demi-sommeil.
Ce matin.
Entre mes draps rouges.
Sans toi.
Des pensées obsédantes.
J'ai envie de toi.
samedi, avril 15, 2006
New reflection 48 : The Flaming Lips : Slow nerve action (Album : Transmissions from the satellite heart 1993)


Boire un thé à l'orange. Un deuxième. Ecouter les Flaming Lips. Un album. Puis un autre. Placer mes doigts malhabiles sur les cordes en acier. Chanter. Un peu. Regarder des trains pour Avignon. Regarder des maisons, près de la mer. Juste laisser courir le temps, comme ses doigts sur ma peau, sur mon ventre, sur... Le manque aussi. Le dernier Yeah Yeah Yeahs. L'impression d'avoir nettoyé le miroir dans lequel je me regarde parfois. Découvrir un nouveau reflet. Quelque chose d'enfoui, d'oublié, ou quelque chose de neuf, fait avec des vieilles sensations accumulées, des expériences passées, un collage avec des papiers hétéroclites de récupération, une construction en strates, plus épaisse, plus consistante. Des vieux Pulp. Ou bien. Une image pourtant plus nette, plus juste, comme d'avoir épousseté la terre poussiéreuse qui me recouvrait. Les Black Heart Procession. Son sourire et ses yeux en persistance rétinienne j'aime cette image. Samedi, comme les eaux tranquilles d'un fleuve, légèrement agitées en surface, sereines dans leur cours paisible en profondeur, se gonflant petit à petit, jusqu'à se fondre dans la mer. Métaphore sexuelle peut être. Assis sur le quai je l'ai regarder passé, perdu dans une rêverie blonde et bleue...

It’s all a waste of time again
vendredi, avril 14, 2006
Other words 47 : Sophia : Oh my love (Album : People are like seasons 2004)


"[...] quand un un doigt pervers s'enfonça impérieusement entre ses omoplates, os saillants et triangulaires dont la forme attestait son passé d'ange, dissimulant sous l'étoffe de sa veste ses origines divines avec la pudeur et la modestie, comme les gens bien nés rotent à la fin du repas pour faire une bénévole concession sociale à un monde de péquenots.
[...] Est-ce que je m'aime ou est-ce que je ne m'aime pas, pensa-t-il, jusqu'à quel point est-ce que je m'accepte et où commence en fait la censure de ma révolte?
[...]Tant que je ne le fais pas, je peux toujours croire que, si je le faisais, je le ferais bien...
[...]Ces conversations , genre caravelle miniature en filigrane, pensa le psychiatre, provoquent en moi l'exaltation admirative qu'éveillent les napperons de crochet et les peintures de manège, amulettes d'un peuple qui agonise dans un paysage résigné de chats juchés sur des rebords de fenêtres au rez-de-chaussée et d'urinoirs souterrains."

Antonio Lobo Antunes : Mémoire d'éléphant

J'aimerai, écrire comme lui, Antonio. Mélanger le passé, le présent, dans des répétitions intemporelles, dans la spirale du doute et de l'incompréhension du monde environnant. La ville aussi. Alors Lisbonne bientôt. Avec toi. Parce que peut être dans l'air de la ville flottent les particules de l'essence de son écriture je ne sais. Ou simplement pour retrouver les lieux, avenues, murs et parcs dont il truffe ses lignes. Ou dans l'espoir d'y croiser la silhouette d'un de ses personnages au coin d'une rue. Pour capturer un peu d'impalpable.

Toute la semaine, le premier album de Sophia au réveil, et je sentais son corps souple et chaud sous mes mains là, tout de suite, sans le chercher. Tout à l'heure, dans l'immeuble en face, je voyais danser les images cathodiques derrière les voilages des fenêtres, comme des manifestations fantomatiques, l'illusion entrenue de fausses présences sans relief. Comme pour me rappeler que demain matin je ne sentirai que du vide contre moi...
mercredi, avril 12, 2006
Music of chance 46 : Patti Smith : Babelogue/Rock'n roll nigger (Album : Easter 1978)


I haven't fucked much with the past, but I've fucked plenty with the future...
Laisser peut être, les mots, couler au hasard, au hasard qui n'existe pas, sur la page, comme la peinture industrielle de Jackson Pollock, sur la toile... laisser, en abstraction hallucinatoire, les mots, en courbes perdues... I seek pleasure. I seek the nerves under your skin... Patti Smith revenant parfois comme la marée, j'ai vu quatre tours pointant vers le ciel tout à l'heure avec ces trouées dans les nuages... le désir ce matin contre ses courbes, tout se mélange, un peu, parfois, comme ces lignes de peinture, la toile horizontale sur le sol mais je regardais le ciel, le ciel, ton goût sur mes lèvres encore, la merveilleuse photo de Mapplethorpe sur Dream of life, alors je vais t'attendre, là, ce soir, je marchais sur un coussin d'air peut être juste parce que mes doigts, mes doigts sur ta peau, juste les mots du hasard, Babelogue, ce texte m'a toujours fasciné, comme ça, juste, en passant, comme un peu de peinture sur le sol...

Jackson Pollock : Number 1 (Lavender mist) 1950
Jackson Pollock was a nigger...
[...]Outside of society, if you're looking, that's where you'll find me.
lundi, avril 10, 2006
Runaway time 45 : Stereolab : Double rocker (Album : Sound-dust 2001)


Excuse-moi, j'ai tant résisté
Notre miroir, m'a tant apeuré

Voilà c'est ça, c'est quoi, le temps, tellement, autant que faire se peut, autant, tout le temps...
Je n'ai pas compris ces barrières métalliques fermant la rue de la Sorbonne, la rue St Jacques, hautes, effrayantes, d'un autre régime politique, comme s'il fallait isoler une zone contaminée, avec ces silhouettes casquées, bottées, et toujours ces grilles de démarcation... ça sent la honte à plein nez, ça sent 1984 de plus en plus, juste avec quelques années de retard...

La chaleur monte dans l'abdomen, Tu l'alimentes et le feu se réveille
Je m'évade à la lisière du nylon noir de ses jambes, dans ses courbes douces, je m'évade bien plus loin, je plonge dans le soleil de son ventre, les jours deviennent trop courts, le doigt malicieux qui les étiraient à la rupture a relâché sa pression. Je m'évade bien plus loin...
La chaleur grandissante, m'a faite fondre, me délivre.
J'ai inversé le sens du temps, je vois des images d'avenir. Je me suis demandé si je n'étais pas enfin repassé du l'autre coté du miroir. J'ai laissé des mots de l'autre rive, il me faut le temps de trouver ceux qui se cachent ici. Le temps finalement, toujours autant, tout le temps...
mardi, avril 04, 2006
Cliffhanger 44 : Perry Blake : Sandriam (Album : Still life 1999)


"Je me demande parfois si tout ce que j'ai oublié s'est logé quelque part. Si tous ces évènements, ces mots, ces sensations, ces gestes accumulés me constituent un peu, me font une manière de socle, ou bien si j'ai grandi sur du vide, un sol qui se dérobe."
Les falaises, le ciel, la mer scintillante sous le soleil, le vide, le vent, la chaleur. Nos désirs, entremêlés. La peur, désagrégée.
Je repense à ce livre d'Olivier Adam. Ces falaises. Suivant les instants. Vouloir voler. Ou vouloir chuter. On tourne comme un miroir à facettes.
Je voyage dans le temps tu sais parfois. Je ferme les yeux et je nage dans le passé. Tu dis l'âge ce n'est rien.
J'aime ces aplombs de calcaire blanc sur cette mer verte, bleue, grise, suivant les fonds marins et le voyage des nuages. Et le ciel, toujours, comme tes yeux, pur et ton vide m'attire. Le son des galets roulants au gré des vagues, tes lèvres, c'était beau ce son, je parle de son, pas de bruit, c'est différent et j'ai des pensées comme des rêves parfois, comme dimanche matin, au soleil, près du port, thé au lait, je ferme les yeux et quand je les rouvre tu es toujours là, le bleu c'est la couleur de la sérénité.
Mots incohérents poussés par le vent, comme s'ils partaient avec ces lambeaux de peau morte, s'envolant comme des papillons éphémères. Tu me nettoies des toxines de l'existence. Comme un gommage. Juste des images. Mais c'est ce que l'on garde. Des images. Des images bleues. Comme la terre orange de Paul Eluard.
Ces falaises. Je l'ai lu il y a quoi, 6 mois, ce livre, moins que ça. Souvenirs de tourmente.
Tu dis, le désir… les désirs… Tu dis je m'en étonne... tu dis j'ai aimé faire... tu dis on était emmêlé cette nuit, nos jambes, tu ne t'es pas réveillé.
Parfois c'est comme de découvrir une vieille malle enfouie dans le grenier de nos passés agités. La malle où j'avais enfermé les sensations de ces instants maintenant présents.
Le reste, les étincelles, la nuit bleue, toujours, les corps, imbriqués, le doux, le chaud, les mots, sourires, la peau, le plaisir, le reste, l'indicible, les regards, toi, tes émotions, cette sensibilité que je peux palper, par instants. Le reste. L'indicible.
La vie, c'est juste un équilibre.

"Ne rien oublier. Ne rien perdre. Tout conserver à l'intérieur et que rien ne s'échappe."
Olivier Adam : Falaises