mardi, janvier 31, 2006
Flashback 16 : Lou Barlow : Legendary (Album : Emoh 2005)


Je me souviens de la lumière sur le golfe. Je me souviens de ces nuages sombres le dimanche soir avec la trouée du soleil. Je me souviens des espoirs qui germaient alors. Je me souviens des notes de guitare qui s'envolaient dans la nuit étoilée. Je me souviens des mots sur l'écran étriqué du téléphone. Je me souviens des moqueries gentilles des amis dans la maison. Je me souviens que j'avais gonflé uniquement avec le souffle cet énorme matelas pneumatique. Je me souviens que j'avais aimé ce week-end, qu'il y avait eu un ciel superbe en dehors de ce dimanche soir, comme si la pluie était venue pour nous dire au revoir.
Je me souviens de la plage du Kerver et des mots griffonnés dans mon carnet pendant que les autres se baignaient dans l'eau trop froide pour moi. Je me souviens que j'avais rêvé revenir ici à deux. Je me souviens des jours heureux qui ont suivis. Je me souviens de cette histoire écrite encore un an plus tôt, que je situais dans mon imagination, sur une des îles du golfe. Je me souviens que je retournerai bien par là, au bord du golfe, pour regarder la lumière sereine du soleil couchant et le calme de l'eau apaisée.
Je me souviens qu'un ressort est cassé là, au fond. Je me souviens que je ne dois pas me souvenir... ou si peu...

I know you've given all that you could give to me
I know there'll come a day I understand
Until then i'll be trying to solve your mystery
And wonder why I couldn't make you stay


                                       (il faut cliquer sur l'image...)
dimanche, janvier 29, 2006
Deep voice 15 : Johnny Cash : Wichita Lineman (Album : Unearthed 2003)

J'ai toujours voulu avoir une voix.
Je me dis toujours ça lorsque j'entends celle du Man in black. Surtout les derniers enregistrements sur la fin de sa vie, lorsqu'il avait le souffle usé par le cancer qui le rongeait, avec sur les cordes vocales toute la poussière des chemins rocailleux parcourus. J'ai toujours voulu avoir une voix. Chaude, grave, vibrante, pour faire battre le coeur des filles une fois la nuit tombée. Quelque chose qui ressemble à la chaleur d'une nuit d'été avec la fraîcheur d'un vent d'automne qui fait naître des frissons sur la peau. Celle de Cash porte en elle les usures de l'existence mais charrie des tonnes de tendresse.
J'ai toujours voulu avoir une voix, comme la sienne ou comme d'autres, pour émouvoir et faire briller les yeux des filles comme des étoiles. Une voix pour dire sous le voile des notes ces mots qui restent trop souvent bloqués dans la gorge. Une voix pour effacer l'insignifiance. Une voix qui fait trembler les pierres.

And I need you more than want you
And I want you for all time

(un clic pour...)
vendredi, janvier 27, 2006
Vertigo 14 : Deerhoof : Wrong time capsule (Album : The runners four 2005)


Il fait froid, très froid, il y a du vent, un ciel de promesses neigeuses. C'est mon hiver tu sais et il est triste. J'ai encore voulu t'écrire aujourd'hui, ça me tiraille à l'intérieur alors je le fais ici. Je voudrais savoir ce que tu penses. Je voudrais savoir si parfois le soir tu pleures. Et le dimanche après-midi, ou sur cette route lorsque le soleil se couche sur le lac. Mais on ne pleure jamais que sur soi je le sais bien. Il ne faut pas que tu pleures, parce que tu vois les larmes elles sont pour moi.
La vie est étrange depuis quelques temps tu sais, ce matin dans le ciel, le soleil ressemblait à une grosse orange sur un tapis de coton. Je la voyais dans mon rétroviseur.
J'ai perdu mes émotions je crois, elles ont été chassées par le vent. Ou bien pire. Je me disais ça hier soir en rentrant après ce bar enfumé et sympathique et les rires qui résonnaient dans le brouhaha.
J'ai des vertiges. Sur la moquette bleue du couloir, tout à l'heure, la tête me tournait j'avais l'impression de marcher sur un nuage ça m'a donné le sourire. J'ai des vertiges, je ne sais pas ce que c'est mais au moins le corps parle un peu ou bien est-ce simplement l'esprit qui se désagrège peut être qu'un jour je flotterai entre les murs. Je l'ai croisée sur la moquette bleue, et il y avait son sourire pour moi, un instant j'ai cru que j'allais rester figé là, dans l'air des vertiges de son sourire et je repensais à ce que tu avais dit, juste du désir, c'est déjà ça, c'est déjà ça tu sais...
Je suis retourné dans le couloir plus tard, je voulais retrouver mes vertiges et son sourire, parce que tout à l'heure c'était étrange, sur la moquette bleue du couloir, on aurait dit qu'il pleuvait des anges.
Je ne sais plus quoi faire de mes mains, elles ne parlent même plus tu vois, tout ces mots c'est inutile et n'a aucun sens mais j'ai de plus en plus peur du vide. Alors j'épluche encore des mandarines. L'écorce laisse un léger voile orange sur l'ongle et la pulpe de mon pouce ou de mon index lorsque je l'enlève. Tout ça n'a pas de sens tu t'en rends bien compte, d'ailleurs le reste non plus n'a pas de sens. Peut être que je deviens fou, mais je ne voudrais pas que tu pleures...


Mark Rothko : Untitled 1968
(il faut cliquer sur l'image...)
mardi, janvier 24, 2006
Love minus zero 13 : Stereolab : Cybele's reverie (Album : Oscillons from the anti-sun 2005)

-2°, Stereolab dans la voiture. Matières sensuelles et sans suites. Tu parles d'ange mais tu m'as déjà arraché les ailes comme un enfant arrache celle d'un insecte sans penser à mal, il n'y a plus rien, pas la peine de tirer à nouveau. Dans le rêve, je tendais la main à cette jolie fille brune, je l'avançais vers elle, espérant qu'elle la prenne, pour sentir ses doigts mêlés aux miens. Elle me regardait, faisait non de la tête en souriant un peu tristement. Je pensais aux ciels du sud en hiver. J'ai repris Cioran. Il le faut parfois. Que faire quand on a tout fait, tout lu, tout bu, tout mangé. Assis sur la table, je la regardais sortir de la salle où les autres personnes continuaient à s'agiter. Je regardais cette fille qu'elle m'avait désignée, mais ma main n'était pas pour elle, juste pour toi. Le gourou des dépressifs est mort de vieillesse à plus de 80 ans, le désespoir conserve. Elle bougeait au rythme de la musique, ses cheveux tournoyant autour de son visage. "Ce n'est pas la peine de se tuer puisque l'on se tue toujours trop tard". J'aime leurs albums aux noms souvent improbables, j'aime leur musique dans la voiture sous le soleil et je regardais vers la porte par laquelle elle était sortie. Dehors le village était désert. Juste ta main dans la mienne tu vois, je ne voulais rien d'autre. Quand on a crié sur tous les toits, pleuré et ris dans les villes et en campagne. Les collines toujours vertes, se détachant sur le bleu profond du ciel. Quelque chose d'irréel un peu ou bien est-ce juste les souvenirs qui le sont, comme les vieux murs cet automne avec cette lumière magnifique.
                   Marlene Dumas : The Passion (Cliquez)
Quand je revenais il n'y avait plus personne, juste l'écho d'une musique répétitive, de la poussière de sons. J'ai regardé ma main. J'ai rêvé de ton visage collé contre le mien mais je n'ai plus d'ailes pour voler. Ce n'était peut être que l'annonce de mon crépuscule ce ciel coloré et ces pierres vieillies. Assis de nouveau sur la table je rêvais dans mon rêve, a dream within a dream, elle est entrée, a dit elle ne viendra plus, mais je sentais dans le rêve, l'illusion de la chaleur de ton visage contre le mien. Tu m'as laissé là. -2°, peut être -3°. Je pensais aux routes dans les collines pour effacer l'ange, j'ai tendu la main vers la bouche du chauffage et le silence, me pénètrera...
lundi, janvier 23, 2006
Dirty dreams 12 : Jay Munly : Dar He Drone (Album : Jimmy Carter syndrome 2002)

J'ai rêvé de chiens de l'enfer, noirs, aux crocs démesurés et menaçants, me fixant de leurs orbites vides et creuses. Ils m'empêchaient de sortir du pavillon de mes grands-parents, assis sur la margelle du puits. Je n'ai jamais aimé cette maison sans âme, remplie de vide. Je préfère oublier la suite du rêve, pour ne pas dire cauchemar... lundi matin, je crois que j'avais envie de mourir encore, cela devient une habitude, on commence à se saluer comme des voisins se croisant régulièrement, dans une indifférence polie et distante. Des voisins qui ne s'inviteront jamais mutuellement. Le soleil glacé avait les allures d'un pantin ironique dansant sur le pavé grisâtre des trottoirs poussièreux. Je crois que j'ai envie de printemps...
dimanche, janvier 22, 2006
Chien noir 11 : Dashiell Hedayat : Long song for Zelda (Album : Obsolete 1971)

"Je suis à la fenêtre, toi tu es dans la baignoire". Un dimanche dans l'indolence. Les images d'hier, tournant encore. Les images de ces corps de femmes, suspendus parfois, ces sexes ouverts, offerts, ces villes aux rues désertes, ces fleurs turgescentes, accrochées aux murs blancs du Barbican Centre. Londres. Le parfum d'une autre ville. Une fuite toujours. Comme s'il suffisait de bouger assez vite pour prendre de l'avance sur ces fantômes qui me poursuivent. Je regarde par la fenêtre et il ne s'y passe rien. Finalement ce n'est peut être qu'un miroir. S'inventer un autre monde parfois pour ne plus se satisfaire de celui-ci. J'ai des souvenirs de baignoire oui, un dimanche. "Tout est si vague, le fil des pensées s'est perdu, je ne sais même plus si je pense". Je pensais, j'irai au Japon un jour, un jour ou deux, peut être. Pour m'y perdre un peu plus.
Je crois que j'aime le train aussi. Pour ces paysages qui défilent, pour cette distance, et les épiphénomènes des vies qui s'y côtoient un instant, en surface. Ou bien est-ce seulement pour tenter d'oublier d'autres trains trop présents. Je regarde par la fenêtre et je compte les marches ratées. J'ai repensé à ces petits bonhommes de papier qui gisaient par terre par centaines, j'ai repensé à celui que tu avais sauvé. J'ai laissé retomber le voile du rideau sur la vitre froide des souvenirs encore trop acérés et puis je me suis fais un thé, dans l'indolence d'un dimanche après-midi d'hiver.
"Tes pieds dépassent, je peux les voir, dans la glace de l'armoire".

Nobuyoshi Araki 1993 (Cliquez sur la photo, pour voir...)
jeudi, janvier 19, 2006
Paperhouse 10 : Sonic Youth : Becuz (Album : Washing Machine 1995)

Ils n'ont pas remarqué que les phrases accrochées au mur derrière moi avaient changé. Ils se sont habitués à voir ces feuilles blanches fixées par un aimant sur la paroi métallique. Ils ne voient plus les mots. Je les change pourtant une fois par semaine, parfois plus. Comme on change des fleurs. Avant qu'elles ne soient fanées. Mais ils ne les lisent plus. Les feuilles blanches parcourues de traits noirs traçant des lettres ne sont plus qu'un élément de la "décoration" de ce bureau ennuyeux. Il y a cette phrase... non plus... je la laisse, je suis patient parfois... je voudrais que tu la remarques... je suis naïf, ça sauve parfois la naïveté, mais cela gomme les défenses, cela rend plus vulnérable encore...
Je me dis que je vais pouvoir maintenant afficher des phrases plus provocatrices. Combien de personnes passeront à coté sans les voir, sans les lire. "Has sex really moved you to a different place?". J'ai ajouté ça aujourd'hui. Au milieu du mur, à quelques dizaines de centimètres à gauche de ma tête. Qui osera répondre à cette question? Je pense afficher dès lundi, un truisme de Jenny Holzer, "Labour is a life-destroying activity".
Des feuilles de papier blanc, les mots des autres, comme des pièces d'un puzzle. Futilités dérisoires pour tenter de sortir de l'accablante torpeur du quotidien, pour susciter des réactions, ou peut être juste pour essayer de dire qu'un semblant d'existence s'exprime encore...
mercredi, janvier 18, 2006
Other words 9 : Sufjan Stevens : John Wayne Gacy, Jr (Album : Come on feel the Illinoise 2005)

"There are and have been and will be an infinite number of things on earth. Individuals all different, all wanting different things, all knowing different things, all loving different things, all looking different. Everything that has been on earth has been different from any other thing. That is what I love : the differentness, the uniqueness of all things and the importance of life... I see something that seems wonderful; I see the divineness in ordinary things"



"If as it often said, you can't win, it is perhaps because when you do you have so much to lose"


Diane Arbus in Revelations

Diane Arbus : Masked woman on a wheel chair 1970
lundi, janvier 16, 2006
Screaming cold 8 : Modest Mouse : The cold part (Album : The moon and antartica 2000)
Le lundi matin il fait toujours froid dans le bureau. Le chauffage ne fonctionne pas le week-end. De toute manière aujourd'hui il fera froid, quelque soit la température. Il y a des jours comme ça, un jour rempli de vide. A l'intérieur, profond. J'étais insignifiant dans tes yeux ce matin. Ou plutôt j'étais juste moi sûrement. Je voulais te demander si... et puis tu n'étais déjà plus là, j'ai ravalé ma question.
Il fait froid parce que le week-end le chauffage ne fonctionne pas, c'est une question d'économies et tout à l'heure, je pensais à ces journées d'avril ou de mai, lorsque le soleil amène les premières chaleur, ces jours où l'on reprend espoir, où quelque chose dans le ventre vient réveiller des énergies endormies.


Antony Gormley : LAND, SEA AND AIR II 1982 (Lead/fibreglass)

Ces journées d'avril ou de mai où l'on trouve toutes les filles jolies et... je me disais, tu rêves à des jours différents tu sais pourtant qu'ils seront tristes comme les autres finalement, derrière le sourire de façade, tu sais que les larmes continueront de couler à l'intérieur.
Il fait froid au bureau, je ne suis rien, je ne devrais pas l'oublier. Les traits tirés dans la glace ce matin, je pouvais presque me voir au travers. Je vais tenir combien de temps comme ça, à me vider de l'intérieur, les réserves ne sont pas inépuisables, non, alors combien de temps, combien. J'ai mis Yo la Tengo pour aller avec le froid même si cette phrase ne veut rien dire et je suce un mentos au cassis. Mais qu'est qui veut encore dire quelque chose dans ma vie? Un de ces matins où en passant le pont on se dit qu'on ferait mieux de braquer un grand coup le volant à droite, grimper sur le trottoir, briser la rambarde et plonger dans les eaux froides de la marne. J'ai envie du sud ou bien est-ce juste parce que des souvenirs remontent à la surface. J'ai envie de voir Anvers, j'ai envie de voir Lisbonne. J'ai envie de lèvres douces. J'ai envie d'un peu de tendresse, d'un peu d'amour, d'un peu de sexe, j'ai envie d'ailleurs, j'ai envie que ça s'arrête, j'ai envie que ça continue, j'ai envie de crier, j'ai envie de chaleur, j'ai envie de partage, j'ai envie de peau douce, j'ai envie qu'on me parle, j'ai... je ne sais plus ce que je raconte.
Il fait froid, le chauffage n'y peut rien. "J'ai le sentiment... si je passe à coté de toi, je passe à coté de tout pour très longtemps". Je suis passé à coté. Le reste suit. Je suis un promeneur insignifiant. Tu as vu comme le temps file. Il ne se passe plus rien dans ma vie. Rien d'essentiel. Le reste n'est que vaines agitations. Je n'ai rien à dire. Tu n'oses plus venir me lire. A quoi bon écrire.
dimanche, janvier 15, 2006
Mémoire fantôme 7 : The boy least likely to : Monsters (Album : The best party ever 2005)

Il y avait un spectre magnifique à l'exposition Yokaï. Une femme superbe drapée dans les transparences de sa beauté sépulcrale. Il y a souvent dans la beauté des femmes asiatiques, une dignité qui fait défaut aux occidentaux. Plein de monstres également qui ont fait rire les enfants. Le lécheur de crasse, l'arracheur de durillons...
Ma fille aime bien cet album de The boy least likely to, elle dansait cet après-midi dans le salon sur cette musique à l'innocence acidulée, sur les banjos sautillants et le glockenspiel. Hier elle chantonnait sur ses chansons préférées des trois premiers albums de Blondie dans la voiture. Que lui restera-t-il plus tard de ces musiques entendues durant l'enfance? Quels fantômes ou monstres sonores resteront, flottant dans son esprit?
vendredi, janvier 13, 2006
Tiny cities 6 : Sun Kil Moon : Neverending math equation (Album : Tiny Cities 2005)

Tu me parles de Lyon, de Barcelone, dans ce restaurant aux murs jaune pâle, sur cette grande table à nappe blanche, au milieu de ces gens que l'on n'entendait pas et qui nous accompagnaient de leurs voix fortes et de leurs rires étranges. Tu me parles de Lyon, de Barcelone, et ton sourire efface les échos de l'oubli douloureux que ces lieux ne manquent pas d'éveiller. Tu me demandes pour la Suisse et ce matin je pensais aux rues de Genève en écoutant les Belges de dEUS, en roulant dans les rues grises et tristes du quotidien. Je pleure Européen tu vois, c'est ça le monde moderne. Alors je te raconte et je pense à toutes ces villes qui convergent là en un instant dans le gouffre encore ouvert dans ma poitrine, comme si toutes les distances se raccourcissaient subitement. Je te parle de mes villes, je te parle des chemins et c'est étrange comme parfois tu rentres dans mes mots. Je voudrais avoir la voix de Mark Kozelek, douce, chaude et mélancolique à la fois, pour te dire les mots que je ne sais dire, pour te parler des villes que je ne connais pas encore. Je n'ai pas osé te dire pense à moi demain à Lyon. Je n'ai pas osé...

"And oh my God I feel so damn old
I don't really feel anything
On a plane, I can see the tiny lights below
And oh my God, they look so alone
Do they really feel anything?
Oh my God, I've gotta gotta gotta gotta move on
Where do you move when what you're moving from
Is yourself?"
mercredi, janvier 11, 2006
Fog of loneliness 5 : Smog : All your women things (Album : The doctor came at dawn 1996)

Il y avait du brouillard. Il est arrivé doucement, sur la pointe des pieds, sans se faire remarquer, comme ça, dans la matinée, comme un visiteur inattendu. Remarquer le brouillard qui se lève, ça donne une idée de la vacuité d'une existence. Pas tant le brouillard d'ailleurs, mais juste le regard, vague, rêveur, qui se perd un peu trop souvent par la fenêtre. Ce n'est pas que le paysage soit attractif non. Au contraire. Le brouillard aide à le rendre acceptable, en gommant les contrastes. Le brouillard c'est du flou artistique sur le béton sinistre de nos agglomérations dépressives.
Tu voulais lui dire qu'elle te faisait penser à Twiggy dans sa petite robe courte noire et blanche, très swinging london, avec ce gros bouton près de l'épaule et quand elle passe dans les couloirs avec sa petite robe courte sur ses longues jambes ça ressemble à un vent frais d'automne en fin de journée ensoleillée. Avec une résurgence d'odeur de thym chauffé par le soleil. Pareil. Ou équivalent. Les souvenirs ça perd toujours un peu ses couleurs au fil du temps, comme passent les photos sous les rayons du soleil. En fait elle est bien plus jolie que Twiggy. Tu trouves. C'est personnel. Subjectif. Comme le brouillard. Ca ne veut rien dire. Il s'est épaissit un peu et je distingue difficilement l'autre rive de la Marne. C'est pour ça que j'aime le brouillard, je n'y vois pas plus loin que dans ma vie.
Je ne devrais pas dire ça mais... ça te va particulièrement bien cette petite robe, tu ressembles à Twiggy. A qui? Je te montrerai. Elle a souri, rougi un peu et... je pourrais dire plus oui mais je reste là, plutôt silencieux, juste à regarder son sourire parce que le reste , le reste, c'est comme le brouillard, comme le brouillard. C'est peut être un moyen de disparaître aussi, de cacher ses désirs mais je n'ai pas besoin de brouillard pour ça. Ou juste celui de mes pensées. Il est opaque, épais. Je ne devrais pas dire ça elle dit pourquoi. Pour ne pas chasser le brouillard. C'était la bonne réponse. Pour ne pas chasser le brouillard. Histoire de s'acheter un costume de mystère pour masquer la transparence. Je ne devrais pas dire mais je l'ai dit c'est comme quand on dit si j'osais je... ça veut surtout dire que l'on va oser mais tes yeux osaient certainement plus que tes pauvres mots.
Alors j'ai épluché une mandarine en regardant le brouillard par la fenêtre avec la cime des arbres là-bas sur l'autre rive qui disparaissaient comme estompés par une gomme géante. Je lui ai envoyé une photo de Twiggy, trouvée sur le net, le brouillard était en train de se lever, tu t'es dit c'est dommage, c'est le retour à la réalité. Elle dit elle est pas mal, ça fait plaisir les compliments, c'est rare et le bleu de ses yeux riait. Pourtant, pourtant, si j'en disais un peu plus... Je ne pouvais pas lui dire il n'y a plus de brouillard, je ne peux plus rien dire.

C'était quand tout ça hier demain aujourd'hui, le temps n'a finalement plus d'importance, c'est en ça aussi que la vie s'est perdue à la frontière. En franchissant la Marne sur ce pont que l'on sent bouger lorsque l'on est arrêté dessus, des dizaines et des dizaines de mouettes Hitchcockiennes tournaient dans les airs et se posaient en envahisseurs conquérants sur les eaux du fleuve, ça m'a donné une subite et profonde envie de pleurer et j'entendais les notes d'un piano égrenant des accords mineurs. Mais tout ça c'est du brouillard, du brouillard pour ne pas dire que tu me manques et que... Il n'y avait pas de brouillard ce matin, non, mais j'ai froid, tu sais, non tu ne sais pas, de plus en plus, j'ai froid, et les mouettes n'y sont pour rien.
lundi, janvier 09, 2006
Trois mots 4 : Tindersticks : Raindrops (Album Black-Session : Live à la Laiterie, Clermont Ferrand, 23/10/2003)

Il faut juste trois mots pour enterrer de vagues espérances. Pas beaucoup plus. Il y a des moments il faut lâcher prise, laisser glisser, s'avouer vaincu. Refuser l'acharnement sentimental. Euthanasier les espoirs avant qu'ils ne se transforment en douleur. Suffit.
Je sais c'est de ma faute, tu me l'as dit. Même si je n'ai pas bien compris pourquoi. Mais comment vivre avec ça ensuite. Ca. Le reste. Tout. Je me sens mort mais je ne le suis pas. Non. Ou alors la douleur ne s'efface pas avec la mort. Alors les fausses espérances pour masquer la douleur, pour tenter d'oublier, ce voile d'illusion pour masquer le gouffre insondable de la vérité, à la moindre déchirure autant s'en débarrasser. Ce n'est juste que le limon fertile des tourments à venir. Lâcher prise. Je balaye vainement les trottoirs de mon existence. Qu'ai-je fait pourtant. A part aimer. Trop peut être. Je ne sais même plus écrire. J'ai balancé tous mes rêves à la poubelle, froissés, déchirés, vaincus. Tu ne sais plus te faire aimer. Je pensais ça hier. Et pourtant on ne se fait pas aimer. On l'est ou on ne l'est pas. Parfois c'est comme si j'avais honte de ces échecs, comme s'ils étaient tatoués sur ma peau, comme une marque infâme indélébile.
Il faut juste trois mots pour enterrer de vagues espérances. Pas beaucoup plus. Tu as l'art de te construire des mirages friables qui s'écroulent au moindre souffle, comme si tu espérais celui-ci. Trois mots. Un souffle.

"A kiss, and a spasm of farewell, a moment's orgasm of rupture,
Then along the damp road alone, till the next turning.
And there, a new partner, a new parting, a new unfusing into twain
A new gasp of further isolation,
A new intoxication of loneliness, among decaying, frost-cold leaves."

D.H. Lawrence : Medlars and Sorb-Apples
dimanche, janvier 08, 2006
Scrambled eggs 3 : Xiu-Xiu : I luv the valley OH! (Album : Fabulous Muscles 2004)
"Le fantôme en a marre d'entendre dire qu'il n'existe pas/Il va leur faire voir à tous ces vivants ce que c'est qu'une apparence/Quand elle apparaît vraiment.
Le fantôme a du vague à l'âme/Il ne sait plus très bien où il commence et où il finit.
[...] Le fantôme a horreur des sentiments pourris/Le fantôme aime le vide/Parfois/Comme vous et moi/Le fantôme en a marre de tout ça/Mais plus souvent le fantôme se marre/Il laisse aux humains ce mirage/Croire à la réalité."


Robert Malaval sur les murs de l'expo au Palais de Tokyo.

Des litres de plomb coulent dans les veines. Assis par terre, le coeur secoué, ces pics hérrissés à l'intérieur, les pensées brouillées, j'avais espéré...

And I won’t rest until I forget about it
I won’t rest until I don’t care



Robert Malaval : Secoué
Robert Malaval : Secoué (1977)
vendredi, janvier 06, 2006
Bitter tears 2 : Arthur Russell : See through love (Album : World of echo 1986)

L'hiver sur le quai. Hier les flocons tombaient se noyant dans l'eau noirâtre du fleuve dans un suicide collectif. Sur tes joues, la neige fondant, laissait des traces comme des larmes amères. Ou bien est-ce... écran cotonneux des pensées refoulées... ou est-ce... l'obsession rituelle des corps et des âmes oubliées... en quête de substitution... est-ce vraiment la mort si ce n'est déjà plus la vie...
Dans le couloir ils peignent les murs en gris. Clair, foncé. Gris fantôme. Tu colles des mots sur ton mur, dans ton dos, noir sur blanc, phrases, mots, murmures sur murs, maux inavoués, masqués. Juste pour elle. Substitution. Son visage s'est illuminé en les lisant. Ou bien est-ce tes yeux... ou bien... ou bien...
Tu glisses, sans trace, silencieux, entre les murs gris de l'asile de l'ennui, des musiques aux échos improbables se mêlant silencieusement au fracas des engrenages rouillés de ta conscience brisée.
J'ai eu envie de t'écrire hier, toute la journée, comme une obsession assassine, alors j'ai laissé couler le poison des rêves éveillés dans les fééries de son visage illuminé puisqu'il faut bien espérer. Je n'en ai pas dormi de la nuit, j'ai raté mon sommeil comme j'ai raté des pans de mon existence.
mercredi, janvier 04, 2006
Lost Hopes 1 : Philip Glass : Opening (Album : Glassworks 1993)

Je.
Tu.
Je tu ne sais plus.
Je tu. Le fin miroir fêlé des espérances brisées.
"Vivement lundi... adieu mélancolie" titrait le journal samedi. Les jours. Lundi, mardi, mercredi... les jours. Comme se déroule le noir profond d'un tunnel sans fin.
Je, tu, ne sais plus, de quel coté du miroir tu es tombé.
Je, tu, n'es plus. Il, pourrait le faire. Mais je. Alors tu. On verra bien...
Quelque chose est mort. Quelque part. Au fond. Des atomes essentiels pulvérisés.
Tu colles ta langue sur la vitre glacée au parfum d'amertume.
Ce n'est pas la fin. Ce n'est pas une chanson d'amour. Ce n'est rien. Rien du tout...