Dexter Gordon : Willow weep for me (Our man in Paris 1963)
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Ah, Dexter. Tout le monde l’a déjà vu, ou presque, c’est lui sur cette photo mondialement célèbre d’Herman Leonard, cette photo que n’importe quel vendeur d’images ou de posters propose avec un beau cadre à un prix modique pour mettre dans son salon.
Quelque part, il est dommage que cette magnifique photo soit devenue un (cliché) cliché du jazz pour les gens qui n’en écoutent pas. Le sax, le club enfumé, le jazman noir… Si tous ceux qui ont vu cette photo une fois dans leur vie avaient pu écouter Dexter Gordon…
Dexter. C’est aussi lui que l’on voit dans Round Midnight, le film de Bertrand Tavernier, tiré du beau livre de Francis Paudras, La danse des infidèles (même plus édité chez nous, pour le lire il faut acheter la traduction anglaise ce qui est une honte). Il joue son propre rôle dans le film, puisque Tavernier a transposé l’histoire du pianiste Bud Powell en un saxophoniste, mélangeant la vie de Powell avec celle de Lester Young. Ce qui était assez proche de la vie réelle de Dexter Gordon. Peut-être parce que le sax rentrait plus dans les clichés du jazz justement, que le piano. Mais le film n’était pas si mal et Dexter Gordon y était parfait. D’autant plus simple pour lui qu’il n’avait qu’à être lui-même pour être dans le rôle…
Dexter. Il suffit de le voir, dans le documentaire vidéo ci-dessous, lorsqu’il est sur scène, sa stabilité hésitante, sa diction traînante, pour comprendre aisément que cette nonchalance naturelle avait certainement beaucoup à voir avec la consommation d’opiacés.
Dexter. Un son épais, des notes traînantes, vibrantes, sensuelles, on est loin ici de la furie de Coltrane, Dexter pose une ambiance, joue parfois de grosses notes dans les graves qui font craquer l’air dans le pavillon du sax. Il garde un oeil sur les jolies filles dans la salle, se veut séducteur, souffle des notes comme sa voix, grave, et joue de la même manière qu’il devait parler aux femmes.
Bud. Sur ce disque, Our man in Paris, Dexter joue avec Bud Powell justement. On est en 1963 et les deux n’imaginent pas que 23 ans plus tard un film parlera d’eux et que Dexter y jouera Bud. Bud Powell n’avait déjà plus que trois ans à vivre. Ils auraient probablement ri à cette idée.
Comme beaucoup d’autres jazzmen américains, Bud Powell, Kenny Clarke (à la batterie sur cet album) et Dexter étaient venus trouver refuge en Europe. Our man in Paris a d’ailleurs été enregistré à Paris, aux studios CBS en une seule session, le 23 mai 1963.
Dexter. Après Paris il alla s’installer à Copenhague. Pour la petite histoire, il y sympathisera avec une famille danoise dont il deviendra le parrain de leur enfant né en 1963, un certain Lars Ulricht qu’on retrouvera quelques années plus tard derrière la batterie de Metallica.
Dexter. Il y a, dans le film de Tavernier, un passage touchant, une scène que Bud Powell, comme d’autres (se souvenir du Bird de Clint Eastwood où Forest Whitaker/Charlie Parker se retrouve dans la même situation), aura vécu trop souvent dans son existence, où Dexter/Bud explique à un médecin son obsession pour la musique, pour les notes, peu importe sa santé, des mots que beaucoup d’autres musiciens auraient pu reprendre à leur compte, my life is music, my life is music, and it’s 24 hours a day.






















